Vingt questions que se pose un plaisancier qui débute, avec des réponses courtes et vérifiées à la date du 19 avril 2026. Pas de roman : des chiffres, des réflexes, des gestes qu'on peut retenir avant la première sortie. Sources officielles (Division 240, Ministère de la Mer, ANFR, CROSS, Cospas-Sarsat) en fin d'article.
Cette fiche couvre : la VHF et le canal 16, le 196 et les CROSS, l'armement de sécurité par zone, l'homme à la mer, la voie d'eau, la brume, la panne moteur, l'annexe perdue et l'orage. Pour aller plus loin, voir le guide sur la balise EPIRB et la PLB et la fiche tactique pour tenir 30 nœuds de vent.
Alerter : VHF, 196 et CROSS
1. C'est quoi le canal 16 de la VHF et je l'utilise comment ?
Le canal 16, c'est la fréquence 156,800 MHz, réservée à la détresse, à l'urgence et à la sécurité. Toutes les VHF marines sont réglées pour le veiller en permanence. En cas de pépin, on émet le message MAYDAY (détresse), PAN PAN (urgence sans péril imminent) ou SÉCURITÉ (avis météo ou alerte navigation), trois fois, puis on attend l'accusé du CROSS.
2. Quelle est la portée réelle d'une VHF fixe comparée à une portable ?
Une VHF fixe de 25 watts, avec une antenne de 1 mètre au sommet du mât, couvre 20 à 25 milles nautiques dans des conditions normales. Une VHF portable de 6 watts, antenne courte, tombe à 3 à 5 milles en pratique. En semi-hauturier, la portable ne suffit pas, elle reste un complément de secours.
3. Je peux appeler le CROSS depuis mon téléphone ?
Oui, avec le 196, gratuit, 24h/24, depuis fixe ou mobile, sur tout le littoral français métropolitain. Il bascule automatiquement sur le CROSS compétent pour votre zone. Le 196 ne remplace pas le canal 16 en mer : il le complète quand la VHF n'est pas disponible ou qu'on est sur la plage.
4. Quelle différence entre MAYDAY, PAN PAN et SÉCURITÉ ?
MAYDAY, c'est la vie en jeu ou le bateau qui coule. PAN PAN, c'est un problème grave mais pas de danger immédiat (panne au large sans menace). SÉCURITÉ, c'est une information utile pour les autres (objet flottant, baigneur, dérive). Dans le doute sur l'intensité, prenez le niveau au-dessus. Le CROSS ne juge jamais un plaisancier qui s'annonce trop inquiet.
5. L'ASN, ça sert à quoi concrètement ?
L'Appel Sélectif Numérique, c'est le bouton rouge sous cache de la VHF. Appuyé 5 secondes, il envoie sur le canal 70 votre MMSI et votre position GPS à toutes les stations à portée et au CROSS. Le gain de temps est net : le CROSS vous identifie et vous localise avant le premier mot. Encore faut-il que la VHF soit reliée à un GPS et que le MMSI soit renseigné.
6. Combien coûte le CRR et il me le faut vraiment ?
Le Certificat Restreint de Radiotéléphoniste coûte 78 euros à l'ANFR, valide à vie. Obligatoire dès qu'on utilise une VHF fixe ou qu'on sort des 12 milles. En usage strictement côtier avec VHF portable, il y a une tolérance. En pratique, si vous investissez dans une VHF, prenez le CRR : 78 euros contre la tranquillité pour toute la vie du bateau.
L'armement de sécurité selon la zone
7. Comment sont définies les zones côtière, semi-hauturière et hauturière ?
La Division 240 découpe en quatre zones, mesurées depuis un abri (port, plage d'atterrissage praticable). Basique : moins de 2 milles. Côtière : 2 à 6 milles. Semi-hauturière : 6 à 60 milles. Hauturière : au-delà de 60 milles. La dotation se cumule : en hauturier, on embarque tout ce qui est exigé en semi-hauturier, plus le matériel spécifique.
8. Quelle est la dotation côtière minimale ?
En zone côtière (2 à 6 milles), il faut à bord : un gilet 100 newtons par personne, un moyen de repérage lumineux individuel, un dispositif d'assèchement (pompe ou écope), un moyen de remorquage, un mouillage adapté, un compas magnétique, une carte marine, une trousse de secours, une lampe étanche, un miroir de signalisation, un pavillon orange, un dispositif antiroulis, et 3 feux rouges à main. Liste complète à l'article 240-2.02.
9. Ce qui s'ajoute en semi-hauturier ?
Passage au gilet 150 newtons, VHF fixe avec ASN obligatoire, harnais et longe par personne, radeau de survie de capacité équivalente à l'équipage, matériel de cartographie, journal de bord à jour. Les fusées parachute et fumigènes flottants, historiquement exigés, ne sont plus obligatoires si la VHF fixe ASN est à bord : c'est le changement de fond de la réforme de 2019.
10. Et en hauturier, que dois-je ajouter ?
Au-delà de 60 milles : une balise de détresse 406 MHz (EPIRB ou équivalent), une VHF portable étanche de secours, le matériel médical complémentaire, un dispositif de réception des bulletins météo longue portée, des moyens de lutte antipollution et un jeu de pièces et outils de rechange. L'article sur la balise EPIRB et la PLB détaille le choix et l'enregistrement.
11. Combien de fusées et feux à avoir, et combien de temps ils brûlent ?
Le feu à main rouge brûle 60 secondes, portée visuelle 3 milles de jour, 6 à 10 milles de nuit. La fusée parachute monte à 300 mètres et brûle 40 secondes à 40 000 candelas. Même si le matériel pyrotechnique n'est plus obligatoire en côtier au-delà des 3 feux à main, j'en embarque systématiquement : un feu à main, c'est un repère de 60 secondes quand les secours approchent, c'est inestimable.
Homme à la mer, voie d'eau, panne
12. Quels sont les 3 premiers gestes quand un équipier tombe à l'eau ?
Un : crier "homme à la mer", ça réveille tout le bord en deux secondes. Deux : désigner un veilleur qui pointe du doigt la victime sans détacher son regard, même pendant la manœuvre. Trois : appuyer sur le bouton MOB du GPS ou du traceur, qui enregistre la position exacte. Dans la foulée : lancer une bouée couronne et tout objet flottant (coussins, fenders), puis alerter le CROSS sur le canal 16.
13. J'ai une voie d'eau. Je fais quoi ?
Trois priorités, dans l'ordre. Un : localiser la source (passe-coque, vanne, drosse, presse-étoupe, choc sur quille) et tenter de colmater avec ce que vous avez (coin de bois, cheville conique, chiffon enduit de graisse). Deux : activer les pompes (manuelle et électrique), démarrer la pompe de cale secondaire si elle existe. Trois : appeler le CROSS au 16 en PAN PAN ou MAYDAY selon l'ampleur, même avant d'avoir colmaté.
14. Un bouchon de passe-coque conique, c'est vraiment utile ?
Oui, et il coûte 5 à 15 euros la pièce chez un shipchandler. En cas de passe-coque cassé, un cône en bois dur enfoncé à la masse gagne le temps nécessaire pour rentrer. Je recommande d'en avoir un par diamètre de passe-coque à bord, rangés dans un sac avec la masse et de l'étoupe. Ce n'est pas dans la dotation obligatoire, ça devrait l'être.
15. Comment je réagis à une panne moteur au large ?
Les quatre gestes : couper les gaz, vérifier le niveau de carburant, regarder le filtre décanteur (eau ou saletés dans la cuve), contrôler la tension des courroies. Si la voilure peut porter, on met à la cape pour réfléchir au calme. Ensuite PAN PAN sur 16 en donnant position, nombre de personnes, type de bateau. Un remorquage SNSM coûte 0 euro en dehors d'une faute caractérisée, mais le bateau doit rentrer sur ses moyens quand c'est possible.
16. Et si je perds l'annexe pendant la nav ?
Si elle est en vue et que la mer le permet, demi-tour, récupération sous le vent, un équipier avec la gaffe. Si elle est hors de vue ou que la mer est formée, on ne s'acharne pas. Signalement au CROSS par PAN PAN avec nom et marque de l'annexe, pour qu'un autre bateau ne s'inquiète pas en la croisant. L'annexe est remplaçable, un équipier non.
Brume, orage, conditions qui basculent
17. Je me fais prendre dans la brume. Quel est mon protocole ?
GPS allumé, cap tracé, vitesse réduite à 4 à 5 nœuds, radar activé si le bord en a un, AIS en émission, feux allumés (même de jour), corne de brume toutes les 2 minutes. Un équipier à l'avant en veille visuelle et auditive, pas de conversation. Si l'entrée d'un port se présente, rester au mouillage en bordure de chenal jusqu'à levée de brume plutôt que tenter le chenal à l'aveugle.
18. Un orage est annoncé, je fais quoi ?
Rentrer si on est à moins d'une heure d'un abri. Sinon, on prépare : capote rabattue, écoutes claires, équipage harnais-gilet, VHF sur 16 à plein volume, objets métalliques sortis de la main. À l'approche du grain, cap au vent, vitesse minimale, pas de contact avec le gréement. Les orages méditerranéens de fin d'été peuvent générer des rafales à 50 nœuds en 10 minutes. C'est la vitesse de changement qui tue, pas la force finale.
19. Quelle règle simple pour décider de sortir ou pas ?
Si le vent moyen annoncé dépasse 20 nœuds pour un plaisancier débutant sur un bateau de 7 à 10 mètres, je reste à quai. Si un BMS côtier est en cours sur la zone, je reste à quai. Si l'équipage comporte un enfant ou une personne qui n'a jamais navigué, je divise encore les seuils par deux. La mer ne va nulle part : elle sera là dimanche prochain.
20. Que garder dans un "grab-bag" accessible à tout instant ?
Dans un sac étanche, prêt à sortir : VHF portable étanche chargée, fusées de rechange, lampe frontale, bouteille d'eau 1,5 litre, couverture de survie, corde de 10 mètres, sifflet, miroir, papiers d'identité photocopiés, trousse de secours compacte, barres énergétiques. En semi-hauturier, j'y ajoute la PLB personnelle. Le sac doit être à portée de main du cockpit, pas au fond d'un coffre.
Un dernier mot
Un bateau sûr n'est pas un bateau bardé de matériel : c'est un équipage qui sait où sont les choses et qui les a déjà manipulées. Faites un exercice homme à la mer au moins une fois par saison avec un coussin, testez votre VHF tous les mois, ouvrez votre radeau chez vous la nuit où il arrive à révision. Le reste, c'est de la lecture.
Sources
- Division 240, Légifrance (arrêté du 11 octobre 2024)
- Matériel d'armement et de sécurité par zone, Ministère de la Mer
- Comment alerter les secours en mer, Ministère de la Mer
- Le 196, numéro d'appel d'urgence en mer, CROSS Gris-Nez
- La balise de détresse Cospas-Sarsat, ANFR
- Registre français des balises 406 MHz, CNES
- Feux et fusées de détresse, Nootica
- Homme à la mer, SNSM
- Cospas-Sarsat MEOSAR, programme international
