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4 moulinets casting au bar, 3 saisons d'eau salée : mon verdict

Daiwa Saltist, Shimano Tranx 200, Penn Fathom II, Abu Revo Beast. 3 saisons de test en baie de Quiberon et Morbihan. Freinage, entretien, prix : mon retour.

Port-Blanc, 6h10, un jeudi de mai 2025. Je range 4 moulinets dans la caisse étanche de mon Barracuda. Pas parce que je suis un collectionneur. Parce que ce matin-là, je voulais finir un test que j'avais commencé en mai 2022 : vérifier lequel de ces 4 casting tient vraiment 3 saisons d'eau salée sans broncher, sur le bar au leurre dur, en baie de Quiberon et dans les courants du golfe du Morbihan.

Le verdict, je le donnerai à la fin. Avant ça, je dois expliquer pourquoi la question n'est pas "lequel est le meilleur", mais "lequel reste fiable après 150 sorties et autant de rinçages au jet".

Ce que je cherchais vraiment

J'ai 33 ans, je pêche le bar au leurre depuis 10 saisons. Beneteau Barracuda 7 de 2019, 6,95 m, 150 cv. Je sors en semaine, souvent seul, 3 à 6 heures, coefficients 60 à 85 en priorité. J'habite Vannes, je mouille au plus court : Port-Blanc, Le Crouesty, parfois Port-Haliguen quand je pousse vers Houat.

Le casting, je l'ai adopté vers 2020 pour trois raisons. La précision du lancer sur un pan rocheux à 8 mètres de la coque. Le combat direct, bobine dans l'axe, pour sortir un bar de 75 cm d'un champ de kelp. Et la possibilité de pêcher lourd (leurres de 30 à 80 g) sans torsion de tresse comme sur un spinning. Le problème, c'est que le marché du casting est largement pensé pour le black bass américain, le brochet, le silure. Du casting vraiment dimensionné pour la mer, il n'y en a pas 50.

J'ai donc acheté 4 modèles que je considérais comme sérieux en 2022. Budget étalé de 150 à 600 euros. 3 saisons plus tard, j'ai les chiffres et les cicatrices.

Daiwa Saltist, le brouteur réglé

Acheté en avril 2022, 270 euros à l'époque (le modèle MQ de la gamme Saltist saltwater est aujourd'hui en haut de gamme sur les casting tambour fixe chez Pacific Pêche, la gamme casting spécifique mer tourne autour de 250 à 320 euros selon la taille). Corps aluminium Super Metal Body, protection Mag Sealed sur le pignon, frein carbone ATD.

Ce qui m'a plu tout de suite : la récupération. 6,3:1 sur mon modèle, soit 85 cm de fil par tour de manivelle. Sur un jerkbait type Illex Arnaud 138 relancé à la volée dans un banc de bars chasseurs, ça fait la différence. Le frein ATD n'est pas le plus puissant du test, mais il est le plus régulier. Quand un bar part en rush de 10 mètres, la courbe de freinage reste lisse, pas ce ressaut sec qui décroche les hameçons à la sortie.

Le défaut : les ailettes du volant (brake system) sont sensibles au sel. J'ai dû démonter et rincer les 2 billes centrifuges après la première saison. Pas une panne, mais un mini-grincement qui disparaît au nettoyage. À partir de là, démontage complet 2 fois par an (mai et octobre) : 20 minutes, un peu de graisse Daiwa Tournament, et ça repart.

Après 3 saisons (118 sorties au carnet), le Saltist a pris un jeu de roulements de rechange (12 euros en aftermarket) et c'est tout.

Shimano Tranx 200, la brute polie

Acheté en juin 2022, 380 euros sur un shop en ligne français (le Tranx 200 A est toujours disponible à un tarif similaire selon les enseignes, Shimano l'a repositionné sur la pêche côtière et inshore). Corps HAGANE, X-Ship, frein Cross Carbon annoncé à 6 kg sur le ratio 7,2:1.

Le Tranx, c'est le moulinet qui fait le plus "tank" de la sélection. Quand tu le prends en main, tu sens la masse : 295 g sur la balance, contre 269 g pour le Revo Beast. Ce poids, il se paie au lancer long, où il fatigue plus vite le poignet, mais il se rembourse quand un bar de 80 cm décide de plonger sous le bateau. Le couple, c'est du brutal. Le Cross Carbon freine vraiment fort sans chauffer, ce que je ne peux pas dire du Penn Fathom (j'y viens).

Mon reproche principal au Tranx, c'est l'étanchéité des roulements extérieurs. Shimano annonce "CoreProtect" mais deux fois en 3 saisons j'ai eu un roulement du pignon qui a rendu l'âme après un épisode de forte pluie (mai 2023) et un autre après une session de traîne sur des vagues courtes (septembre 2024). Changement 15 euros, 40 minutes. Ce n'est pas rédhibitoire, mais ça me rappelle que le Tranx reste à la base un moulinet pensé pour l'inshore tropical, pas pour la Bretagne atlantique où l'humidité colle aux pièces en permanence.

Opinion sans filtre : si tu fais de la traîne lourde ou du jig vertical mer, c'est mon premier choix. Si tu fais 90% de lancer au bar en zone de cailloux, le Saltist est plus adapté.

Penn Fathom II star drag, la tête brûlée

Acheté en mars 2022, 200 euros grand public à l'époque (aujourd'hui la gamme Fathom Low Profile démarre autour de 188 euros chez Leurre de la Pêche et le Fathom 400 LP monte à 349 euros chez le même revendeur). Frein étoile HT-100, construction full metal, spool en aluminium usiné.

Je voulais absolument tester le Penn pour une raison : c'est la seule marque du lot qui a une histoire 100% mer. Pas de passage par le bass américain. Du pur saltwater depuis 1932. La promesse, c'est la robustesse à un prix raisonnable.

La promesse est tenue sur la robustesse. 3 saisons de traitement rude, aucune panne mécanique, le corps est intact à part quelques micro-rayures sur la peinture. Le frein HT-100 tire des bars de 6 kg sans broncher. Vraiment rien à redire côté costaud.

Le problème est ailleurs : le confort de pêche. La récupération est lente (5,5:1, 78 cm par tour), la poignée est moins ergonomique que le Tranx ou le Saltist, et surtout, le frein étoile se règle par demi-crans qui ne sont pas aussi fins que le système à molette du Daiwa. Pour un gros jerk lourd en action "dead stop", ça va. Pour varier la pression pendant un combat avec un bar nerveux qui part en zigzag, c'est frustrant. J'ai perdu 2 bars de plus de 70 cm en 2023 à cause d'un frein mal remis au bon niveau en plein combat.

Verdict : le Penn Fathom, je le garde pour le jig lourd sur épave et la pêche du lieu jaune en dérive. Sur le bar au leurre dur en linéaire, il ne sort plus du caisson depuis 2024.

Abu Garcia Revo Beast, le caméléon

Acheté en août 2022, 260 euros (le Revo Beast est aujourd'hui autour de 263 à 269 euros chez Crankys et Decathlon, tarif stable depuis 3 ans). Corps X-Cräftic alloy, frein Power Stack Carbon Matrix annoncé à 14 kg, 8 roulements.

Ça pique l'œil. Sur le papier, le Revo Beast est au même niveau que le Tranx 200 à 120 euros de moins. Dans l'usage, on comprend pourquoi. Le frein est effectivement très puissant (je n'ai jamais été en limite, même sur un bar taillé), mais il est brutal à enclencher. Pas progressif comme l'ATD du Saltist. Ça passe sur un jerk où tu serres fort, ça pardonne moins sur un leurre souple plombé à 30 g où tu veux du feeling.

La bonne surprise, c'est la longévité. Pas de panne en 3 saisons. Entretien minimal : rinçage, 1 graissage par an, roulements d'origine toujours en place. Pour le prix, c'est le meilleur rapport qualité-tenue du lot.

Le défaut : le volant de frein magnétique mal calibré en sortie d'usine. J'ai dû passer 2 après-midi à trouver mon réglage sur leurres de 14 g contre vent d'ouest. Une fois réglé, ça va. Mais pour un débutant qui n'a pas de tresse de comparaison, c'est un moulinet qui fait "péruque" facile au début.

À qui je le conseille : à un pêcheur confirmé qui sait régler un frein magnétique et qui cherche du robuste pas cher. À un débutant mer, je conseille plutôt le Saltist.

L'entretien eau salée, la vraie question

On parle toujours des specs d'un moulinet, jamais de ce qui se passe entre la 30e et la 150e sortie. C'est pourtant là que les écarts se creusent.

Ma routine, après avoir ruiné une entrée de gamme Shimano en 2019 faute de démontage :

  • Après chaque sortie : rinçage au jet sans pression, frein serré à fond pour éviter que l'eau rentre dans l'axe, séchage chiffon, huile pénétrante WD-40 Marine (12 euros la bombe chez SVB).
  • Tous les 10 sorties : démontage poignée, graisse grade 2 sur l'axe.
  • Une fois par an (novembre, après la saison bar) : démontage poussé, roulements, pignon, frein. 40 minutes par moulinet, ça double la durée de vie.
  • Tous les 2 ans : changement systématique des 2 roulements principaux, 12 à 18 euros le jeu.

Ce qui tue un casting en mer, ce n'est jamais une prise trop forte. C'est l'oxydation lente qui grippe le pignon faute de vidange. J'ai vu un Tranx de copain prendre 200 euros de réparation pour 2 ans sans démontage. Ça refroidit.

Le budget par usage, pas par marque

On me demande souvent quelle marque acheter. C'est la mauvaise question. Voici comment je le formule quand on me sollicite au shop :

  • 150 à 250 euros, pêche occasionnelle côtière, 20 sorties par an maximum : Abu Revo Beast. Pas besoin de plus.
  • 250 à 350 euros, pêche régulière bar au leurre, 40 à 80 sorties par an : Daiwa Saltist. C'est le meilleur compromis finesse / robustesse du lot.
  • 350 à 450 euros, pêche lourde, traîne, jig vertical, 80 sorties + : Shimano Tranx 200. Tu paies le couple et tu l'utilises.
  • Pêche profonde, épave, lieu jaune ou dorade gros spécimens : Penn Fathom, mais en version Low Profile 300 ou 400, pas le Fathom II star drag que j'ai testé.

Deux choses que je ne conseille plus : un casting "mer" à moins de 150 euros (tu le changes dans l'année), et un casting à plus de 600 euros (tu paies du sponsoring). Le juste milieu est entre 250 et 400, et c'est là que les 4 modèles testés jouent.

Ce que j'ai pas encore dit sur le fil

Le moulinet compte pour 30% du plaisir de pêche. La tresse compte pour 40%. J'ai déjà écrit un guide complet sur le choix de la tresse en mer où je détaille les grammages PE et les marques qui tiennent, tu peux t'y reporter si tu veux recalibrer ton équipement. Pour le fluorocarbone, j'explique pourquoi j'utilise entre 30 et 40/100 en bas de ligne bar, c'est un choix que pas mal de pêcheurs ratent.

Si tu débutes le casting mer, économise 100 euros sur le moulinet et mets-les sur une vraie tresse 4 brins haut de gamme (Varivas Avani, YGK X-Braid) et 3 mètres de fluoro de qualité. Tu sentiras plus la différence que sur un Saltist contre un Revo Beast.

Quelques chiffres qui cadrent le test

Taille minimale du bar en Atlantique Nord : 42 cm (DIRM Nord Atlantique Manche Ouest). Quotas 2026 revus à la hausse pour la pêche de loisir (source : peche.com). Sur 3 saisons, j'ai remis à l'eau 47% de mes bars capturés, no-kill systématique au-dessus de 70 cm.

Bilan test (mai 2022 à juillet 2025) : 214 bars mesurés dont 31 au-dessus de 70 cm, 18 lieus jaunes (la plupart au jig, donc Penn Fathom), 42 maquereaux, 3 casses sèches dont 2 sur nœud raté.

Ce que je garderais si je recommençais à zéro

Si j'avais les 1 210 euros des 4 moulinets à dépenser maintenant pour pêcher le bar en Morbihan, je mettrais :

  • 300 euros sur un Daiwa Saltist casting (outil principal, 80% des sorties)
  • 380 euros sur un Shimano Tranx 200 (jig, traîne, gros leurres lourds)
  • 530 euros restants pour 3 tresses de qualité, 2 bobines de fluoro, un bon ensemble d'entretien et de la marge pour casser un leurre à 25 euros sans pleurer

Le Penn, je ne l'achète pas pour ce que je fais. L'Abu Revo Beast, je le recommande à mon petit frère qui débute et veut un moulinet qui pardonne les erreurs d'entretien.

3 saisons, 4 moulinets, 214 bars. Mon classement tient en une ligne : Saltist pour le confort, Tranx pour la puissance, Revo Beast pour le budget, Fathom pour les pêches profondes. Aucun n'est parfait. Celui que j'emporte en premier le matin, c'est toujours le Saltist.

Je mettrai à jour ce comparatif en août 2026 quand j'aurai rodé le nouveau Daiwa Saltist MQ qui arrive au shop. Si tu veux que je compare un modèle que je n'ai pas ici (Shimano Curado, Daiwa Tatula SV TW mer), écris-moi, j'en ajouterai un au test la saison prochaine.