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Mon passage au bateau électrique : 1 an avec un Torqeedo Cruise, le vrai bilan

Un an avec un Torqeedo Cruise 10.0 R sur un semi-rigide de 5,50 m : autonomie mesurée, coût de recharge, pannes, verdict sans filtre.

Résumé

Un an d'usage d'un Torqeedo Cruise 10.0 R (20 CV équivalent thermique) sur un semi-rigide Highfield 540 de 5,50 m, acheté 7 890 euros en mars 2024 avec deux batteries Power 48-5000. 112 heures moteur sur la saison, 38 sorties, autonomie réelle mesurée entre 45 minutes et 3 h 20 selon la vitesse. Coût électricité maison : 63 euros sur l'année. Une panne d'afficheur (sous garantie), zéro maintenance mécanique. Je garde, je ne rachèterais pas tout de suite.

Pourquoi j'ai sauté le pas en 2024

J'habite à Douarnenez, je sors mon bateau depuis la cale de Tréboul ou depuis le mouillage familial à Morgat, selon la marée. Mon ancien 25 CV Honda m'avait lâché une injection en août 2023, réparation devisée à 1 400 euros, et je me suis posé la question honnêtement : est-ce que ça vaut le coup de remettre 1 400 euros dans un bloc thermique qui a 11 ans.

J'avais lu des retours mitigés sur les hors-bord électriques de forte puissance. Beaucoup étaient écrits par des revendeurs ou par des plaisanciers qui venaient de déballer le moteur. Moi je voulais attendre une saison complète avant de dire quoi que ce soit. C'est maintenant.

Mon rayon d'action habituel va du fond de la baie de Douarnenez jusqu'à la Pointe du Van, avec des sorties plus longues vers l'île de Sein quand la mer le permet. Je suis en mer 3 à 5 heures par sortie, presque jamais à pleine puissance, et je pêche au mouillage ou à la dérive 80% du temps. C'est un profil d'usage qui colle plutôt bien à l'électrique. Un pêcheur qui tracte 25 milles aller chaque sortie devrait lire un autre article.

Le matériel exact et le prix payé

Torqeedo Cruise 10.0 R, arbre long, commande au rotacteur, acheté chez un concessionnaire breton en mars 2024. Prix catalogue 6 290 euros hors batteries. J'ai pris deux batteries Torqeedo Power 48-5000 (5 kWh utiles chacune, soit 10 kWh à bord), 1 400 euros pièce. Avec le chargeur Fast 1700 W à 790 euros, la facture finale se monte à 9 880 euros TTC, dont 2 100 euros d'aide régionale Bretagne sur le volet décarbonation pêche-plaisance (à vérifier, le dispositif a changé en 2025).

Net sorti du chéquier : 7 780 euros, plus 110 euros de câblage et disjoncteurs marine chez SVB. Arrondissons à 7 890 euros.

Pour comparaison rapide : un Yamaha F25 thermique neuf tourne autour de 5 900 euros en 2024. L'écart à l'achat est réel. C'est la question du kilométrage, de l'électricité et de la revente qui décide.

L'autonomie mesurée, pas annoncée

Les chiffres constructeur Torqeedo sont honnêtes, mais ils supposent un bateau calibré et une mer belle. Sur mon Highfield 540 avec deux adultes et le matériel de pêche, j'ai mesuré sortie après sortie.

À 3 nœuds (déplacement lent, pêche à la traîne sur maquereau) : 3 h 20 d'autonomie mesurée sur les deux batteries, soit environ 10 milles.

À 5 nœuds (transit tranquille, marche-mouillage) : 2 h 10, soit 11 milles.

À 8 nœuds (vitesse de croisière que j'utilise pour rentrer quand la mer se lève) : 1 h 05, soit 8,5 milles.

À 15-16 nœuds (planning, usage rare, sortie rapide vers l'île de Sein) : 45 minutes, soit 11 milles.

Le paradoxe de l'électrique : la plus grosse distance utile se fait à 5-6 nœuds. À pleine puissance, je consomme 9 kW, c'est une cafetière industrielle, les batteries se vident en un rien. J'ai pris l'habitude de naviguer à 6 nœuds sauf cas d'urgence, et j'ai gagné 30% d'autonomie sans vraiment y penser.

Comparé à ce que Torqeedo annonce dans la doc : mon réel est 10 à 15% inférieur, ce qui me semble normal pour un bateau chargé.

La recharge : facile à la maison, pénible en vadrouille

Chez moi je recharge les deux batteries en 3 h 15 avec le Fast 1700 W branché sur une prise 16 A domestique. Je les laisse sur un plan de travail au garage, porte fermée (lithium, ventilation, tout ça). Pas de routine compliquée : je rentre vers 18h, je branche, à 22h c'est plein.

Le coût électrique, je l'ai calculé précisément sur un compteur Wi-Fi bon marché. Recharge moyenne de 9,1 kWh par cycle complet, soit 1,82 euro au tarif EDF heures pleines 2025 (0,20 euro par kWh, à vérifier selon contrat). J'ai fait 35 cycles complets sur la saison : 63,70 euros d'électricité.

À comparer avec mon ancien 25 CV Honda qui brûlait 4 à 6 litres à l'heure. Sur 112 heures moteur, j'aurais consommé environ 550 litres d'essence, soit 990 euros au prix moyen du sans-plomb 95 à 1,80 euro en 2024. L'économie réelle de carburant est d'environ 925 euros sur l'année.

Hors de chez moi, c'est plus sportif. Il n'existe pas de réseau de bornes pour recharger un pack 5 kWh en bord de cale. J'ai tenté une recharge partielle au camping de Morgat en juin : 4 h sur une prise 10 A, 60% récupérés, et j'ai payé 8 euros au gérant qui a bien ri. C'est viable pour un usage local, pas pour un raid.

La panne, la garantie, le SAV

Fin juillet 2024, l'afficheur couleur au poste de pilotage me plante en plein milieu d'une sortie. Plus de vitesse, plus de tension batterie, plus rien. Le moteur tourne toujours, je peux rentrer à l'aveuglette, mais je navigue sans info pendant une heure. À terre, redémarrage du système : rien.

Appel au SAV Torqeedo France lundi matin. Diagnostic en téléconsultation, module d'affichage HS. Envoi d'un remplacement sous 8 jours, échange en 20 minutes par mes soins avec notice envoyée par mail. Garantie 2 ans, pièce et logiciel, zéro euro de poche.

Honnêtement, sur un thermique j'aurais dû démonter carburateur ou injection, quand ce n'est pas le circuit électrique de bord. Là c'est un câble à clipser. Ce genre d'incident m'aurait énervé sur un bateau neuf, là il m'a plutôt rassuré : le moteur reste utilisable sans afficheur, et le SAV a bougé vite.

Ce qui est vraiment différent au quotidien

Le bruit, évidemment. À 5 nœuds, j'entends les goélands, les éclaboussures sur la coque, et parfois mon fils qui parle tout bas à l'arrière. La première fois on a ri bêtement. C'est devenu une habitude, mais je n'en reviens toujours pas.

Le démarrage immédiat sans choc, sans gaz, sans odeur d'essence dans le cockpit quand tu viens de refaire le plein. La fin de la corvée d'hivernage moteur : un rinçage, une décharge partielle des batteries (à 60%, recommandation Torqeedo), et le bateau dort au sec. Zéro vidange, zéro filtre, zéro bougie, zéro impôt mécanique.

Le couple à bas régime est bluffant. Pour décoller un semi-rigide avec deux personnes et glacière pleine, le 10.0 R pousse plus fort que mon ancien Honda 25 thermique. La poussée est constante, linéaire, sans ce temps mort entre "j'ouvre les gaz" et "le bateau décolle" qu'on a sur les thermiques.

Ce qui me manque parfois : le bruit, justement. J'ai mis 3 sorties à entendre mon moteur, et chaque fois j'ai dû vérifier du regard que la commande de puissance était bien engagée. Petit piège ergonomique.

Le coût réel sur 5 ans : la vraie question

L'électrique coûte plus cher à l'achat, il faut le rembourser sur la durée de vie du matériel. J'ai simulé honnêtement sur 5 ans, qui est l'horizon raisonnable pour un bateau que j'utilise vraiment.

Hypothèses : 110 heures par an en moyenne, prix électricité stable, entretien annuel thermique à 300 euros (vidange, bougies, filtres, main-d'oeuvre), revente thermique 40% du prix d'achat à 5 ans, revente électrique 55% (marché en croissance).

PosteÉlectrique TorqeedoThermique Yamaha F25
Achat net d'aides7 8905 900
Carburant / élec sur 5 ans3204 950
Entretien sur 5 ans1501 500
Revente estimée à 5 ans-4 340-2 360
Coût total net4 0209 990

Sur 5 ans, l'électrique me coûte environ 6 000 euros de moins, à usage équivalent. Mais cette simulation suppose une recharge maison gratuite ou peu chère, un usage régulier (pas 30 heures par an) et une batterie qui tient. Les batteries lithium Torqeedo sont garanties 5 ans sur 1 000 cycles à 80% de capacité, ce que je n'ai pas pu vérifier encore. C'est là que se joue le vrai pari.

Ce qui me fait encore hésiter à recommander sans nuance

J'ai déjà raconté ma comparaison entre Temo et Torqeedo sur les petits moteurs d'annexe, et ma conclusion tenait dans une nuance : l'électrique gagne sur un profil d'usage précis, pas partout. Pareil ici. Si vous faites 40 heures par an, l'amortissement n'arrive jamais. Si vous faites 200 heures de raid longs, l'autonomie vous frustre. Si vous n'avez pas de prise électrique à portée du bateau, vous allez galérer.

La recharge reste le vrai plafond de verre. Tant que les ports français n'ont pas déployé des bornes 16 A dédiées avec tarif raisonnable, l'électrique reste un moteur de base locale. J'ai vu le panorama des bateaux électriques 2026 qui pousse les modèles premium, mais sur le terrain du plaisancier normal, c'est le hors-bord posé sur un bateau existant qui fait bouger les lignes.

Mon verdict à un an

Je garde. Je ne rachèterais pas tout de suite un deuxième bateau équipé pareil, mais je ne reviendrais pas au thermique sur ce profil d'usage. Le confort acoustique, la simplicité d'entretien et l'absence d'odeur ont pris le dessus sur mes réticences de départ. La vraie question qui reste ouverte : est-ce que ces batteries tiendront les 1 000 cycles annoncés. On se reparle en 2028.

Pour le plaisancier qui hésite en 2026, voici ce que je dirais sans détour. Faites vos heures avant d'acheter. Si vous êtes au-dessus de 80 heures par an avec un usage côtier, foncez. Si vous êtes à 30 heures avec des raids longs, attendez la prochaine génération de batteries. Et quoi qu'il arrive, calculez sur 5 ans, pas sur l'achat.

Les spots où j'ai testé le moteur en Bretagne sont enregistrés comme marqueurs BoatMap si vous voulez les retrouver.

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