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Antifouling 2026 : les résines autolissantes que j''utilise et pourquoi

Quatre antifoulings testés en douze saisons : pourquoi je défends les autolissantes pour un voilier de plaisance. Formulations, prix, retour.

Résumé

Trois familles d'antifouling se partagent le marché plaisance : matrices dures (érodables faibles), matrices tendres dites "autolissantes" (érodables fortes), et hybrides. Mon retour après douze saisons sur la même coque : les autolissantes type International Cruiser One ou Hempel Mille NCT sont les plus simples à entretenir et les moins coûteuses sur trois ans, sauf si le bateau dépasse 12 nœuds en moyenne. À 65 à 95 euros le litre en 2026, l'écart de prix avec les matrices dures est minime, mais l'écart de travail au carénage est énorme.

Ma position en deux phrases

Pour 90 % des plaisanciers en France, en 2026, l'antifouling autolissant est le meilleur compromis. Les matrices dures n'ont d'intérêt que pour les bateaux rapides, sortis souvent, ou conservés en eau saumâtre.

Cette opinion est minoritaire dans les forums : la moitié des plaisanciers que je croise au carénage me parlent de "vraies bonnes peintures matrices dures qui tiennent 3 saisons". Sur le papier oui. Dans la vraie vie, à Saint-Cast, sur un voilier de 11 mètres qui sort 25 fois par an, ça ne tient pas 3 saisons. Ça tient 18 mois et le décollement coûte un week-end de ponçage.

Ce qui a changé en 2026

Trois choses récentes pèsent sur le choix d'antifouling cette saison.

D'abord, l'interdiction progressive des biocides à base de cybutryne (Irgarol 1051) est effective depuis janvier 2025 dans l'Union européenne. Les anciennes formulations qui combinaient oxyde cuivreux + cybutryne ne sont plus en rayon. Les fabricants ont reformulé avec du DCOIT (sea-nine) ou du zinc pyrithione comme co-biocide. Le coût de matière a augmenté, l'efficacité contre les algues filamenteuses est revue à la baisse, et certaines marques de gamme intermédiaire qui marchaient bien en Manche en 2022 sont moins efficaces aujourd'hui.

Ensuite, les autorisations préfectorales sur les zones de carénage se sont durcies. Sur les Côtes-d'Armor, l'arrêté préfectoral de 2024 impose une aire de carénage avec récupération des eaux pour tout chantier dépassant 50 m². Ça veut dire pas de ponçage à sec sur cale dans une commune sans aire homologuée. Le poncage à l'eau humide est devenu la norme.

Enfin, le prix moyen du litre d'antifouling de qualité dépasse 75 euros en 2026, contre 58 euros en 2020. Pour 11 mètres de coque sous flottaison, je consomme 7 à 8 litres en deux couches. Sur l'année 2026, mon poste antifouling coûte 580 à 720 euros pose comprise contre 420 euros en 2020.

Mon historique : 12 saisons, 4 produits, une seule coque

Sun Odyssey 35 de 2008, base Saint-Quay-Portrieux depuis 2014. Eaux froides Manche-Bretagne nord, sortie hebdomadaire avril à octobre, 35 sorties par saison, vitesse moyenne 6,5 nœuds.

2014-2015 : matrice dure Hempel Hard Racing TecCel. Recommandation du chantier qui m'a vendu le bateau. 110 euros le litre à l'époque. Première saison correcte, deuxième saison dégradée, ponçage complet et application d'une 3e couche en 2015. À l'arrache, mauvais souvenir.

2016-2018 : matrice tendre Trilux 33 d'International. 85 euros le litre. Les trois saisons sont propres avec un simple coup de Karcher au printemps. Pas de ponçage entre. Le défaut : la couche s'épuise vers septembre de la 3e saison, je dois mettre une couche neuve avant la sortie automnale.

2019-2021 : autolissante Hempel Mille NCT bleu. 78 euros le litre en 2019, 92 euros en 2021. Trois saisons sans souci de salissure, et la coque "se nettoie" toute seule à 6 nœuds. Pas de couche de fond à 2 saisons. Carénage rapide : Karcher, une couche, fin du chantier en deux jours.

2022-2025 : autolissante International Cruiser One. Le successeur de Trilux quand International a discontinué la gamme. 87 euros le litre en 2024. Comportement très proche du Mille NCT, peut-être un poil moins efficace contre les balanes en eau froide.

2026 : Cruiser One renouvelé. Application courant mars 2026 pour mise à l'eau prévue le 5 avril. Décision de continuité, pas d'envie de retester une matrice dure.

Pourquoi je préfère les autolissantes

Trois raisons concrètes.

Le carénage est court. Une matrice dure usagée doit être poncée avant nouvelle couche, sinon la nouvelle couche n'accroche pas et ça pèle. Sur 11 mètres, c'est 4 à 6 heures de ponçage à 2 personnes. Une autolissante usagée est lisse par érosion. Karcher haute pression, séchage 24 heures, repose. 2 heures de travail. À 45 euros heure de main d'œuvre chez un pro, l'écart vaut 200 à 350 euros par carénage.

La couverture est plus uniforme. Les autolissantes pardonnent les coups de rouleau imprécis. Les matrices dures, surtout les hard racing, demandent une application au pistolet ou un rouleau très fin. La première saison sur une matrice dure mal posée, j'avais des bandes plus fines au niveau de la flottaison qui se sont salies en juin déjà.

La coque reste lisse en saison. À 6,5 nœuds en moyenne, l'auto-érosion fonctionne. À mon dernier carénage en novembre 2024, la carène tirée à sec présentait quelques balanes sur la quille bulbe (zone protégée) mais une coque générale propre. Pas besoin de plongeur entre les carénages.

Les contre-arguments que je comprends

Tous les plaisanciers ne sont pas dans mon profil. Voici trois cas où je conseillerais autre chose.

Bateau rapide ou rapide-en-pointe. Au-dessus de 10 nœuds réguliers (semi-rigide moteur, voilier compétition), l'autolissante s'érode trop vite. La couche s'épuise en une saison contre 3 saisons sur un croiseur lent. Là, matrice dure ou hard racing.

Bateau hivernant à l'eau en port salé chaud. Méditerranée, port encombré, bateau immobile, moustaches d'algues qui s'installent en 3 semaines. L'autolissante a besoin de mouvement pour s'auto-laver. Sans mouvement, elle vaut une matrice dure et pas plus. Là, matrice dure forte teneur en oxyde cuivreux ou solution catalysée type silicone (Hempasil X3).

Bateau aluminium. Pas d'oxyde cuivreux possible (corrosion galvanique). Les autolissantes au cuivre sont exclues. Solutions au zinc pyrithione ou silicone uniquement. C'est plus cher, gamme spécialisée.

La question des silicones

Hempasil X3 et International Intersleek sont sortis comme alternatives "vertes" sans biocide. Le principe : surface tellement glissante que rien n'accroche. Coût : 280 à 350 euros le litre, chantier de pose qui demande sablage de la coque la première fois.

J'ai testé Intersleek 1100SR sur le bateau d'un copain à La Trinité-sur-Mer en 2023. Conclusion partagée : ça marche bien sur un bateau qui sort tous les week-ends, mais ça impose 4 nœuds minimum pour rester propre, et un coup de balanes accroché en escale prolongée ne se nettoie qu'à la brosse douce sous-marine, jamais au grattoir. Pas pour moi sur ce bateau-là.

À 11 000 euros de chantier de mise en place + 600 euros de retouches annuelles, le silicone n'est rentable qu'à partir de 8 saisons d'usage régulier. Sur un bateau acheté à 60 000 euros, l'amortissement n'a pas de sens.

Le geste qui change tout

Une chose qu'aucune fiche technique ne dit : la couche d'accrochage entre 2 antifoulings de gammes différentes.

En 2019 quand je suis passé de Trilux 33 (matrice tendre) à Mille NCT (autolissante), je n'ai pas mis de primer d'accrochage parce que les deux étaient compatibles "sans préparation". 8 mois plus tard, des plaques de Mille NCT se décollaient en hiver, sous les amarres. Diagnostic du chantier : le Trilux 33 résiduel n'était pas chimiquement compatible avec le Mille frais en couche fine.

Depuis, je passe systématiquement un primer d'accrochage (Hempel Light Primer ou International Primocon) entre 2 antifoulings différents, même si la fiche dit que c'est inutile. 1 litre suffit pour 11 mètres, 35 euros, et ça évite 2 jours de retouches le printemps suivant.

Ce que je fais en mars 2026

Carénage prévu semaine 12. Cruiser One bleu, deux couches, application au rouleau microfibre de 4 mm. Pas de primer cette année puisque je reste sur le même produit. Volume prévu : 6 litres. Budget total avec dégraissage et matériel : 580 euros, deux jours de chantier.

Mise à l'eau le 5 avril, première sortie le 12 avril. Si la couche tient comme depuis 2022, prochain carénage en novembre 2027.

Les emplacements de carénage de la côte sont enregistrables dans BoatMap si tu veux retrouver l'aire la plus proche pour ta sortie. Pour suivre la suite logique du chantier, mon retour sur les contrôles à faire à l'achat d'un bateau d'occasion explique aussi pourquoi il vaut la peine de regarder l'historique antifouling avant de signer : un fond mal entretenu sur 5 saisons coûte plus cher à remettre à neuf qu'un fond entretenu sur 10.

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