Premier chiffre brut : 38 400 euros. C'est le budget total que j'avais bouclé sur tableur en septembre 2025 pour un First 27.7 de 1999, refit moteur récent, en bon état général, prêt à l'eau pour la saison 2026. Achat 24 500, frais d'expertise et papiers 1 800, travaux de remise au goût personnel 7 200, équipement complémentaire 4 900.
Deuxième chiffre brut : zéro. C'est le nombre de bateaux que j'ai finalement achetés cet automne. Voilà pourquoi.
Pourquoi le First 27.7 et pas un autre
Je navigue sur un Oceanis 35 depuis 2020, je l'ai déménagé à Théoule en 2023, j'en suis content. Mais l'Oceanis 35 est un bateau pour sortir une journée à 4-5 personnes. Pas le bateau pour faire du Trans-Quadra le week-end ou pour partir 3 jours avec un copain dans les Lérins en mode cabotage léger. Trop mou, trop confort, trop "famille".
Le First 27.7 est sa contre-proposition. Plan Finot-Conq sorti en 1996, production 1996-2003, environ 800 unités vendues. Quille relevable (1,15 m relevée, 1,90 m descendue), gréement marconi 7/8, surface SP 30 m². Dimensions 8,30 m hors tout pour 2,55 m de bau, déplacement 2 100 kg lège. Transportable sur remorque homologuée double essieu.
L'idée : garder l'Oceanis pour l'usage famille, ajouter un First 27.7 pour les sorties sportives à 2-3 personnes, raids week-end, régates de club. Sur le papier, c'était cohérent. Budget complémentaire à mes 3 400 euros annuels de Théoule pour le First : 1 100 euros à Saint-Raphaël (port qui prenait encore les 8 m hors tout en 2025).
Total annuel deux bateaux : 4 500 euros par an. Inférieur à ce que je payais à Cannes pour un seul, comme je l'ai détaillé dans le retour sur ma place de port à Cannes.
Le marché du First 27.7 d'occasion en 2025
J'ai suivi l'offre pendant 6 mois (de mars à septembre 2025) sur le segment 8-9 m sportif occasion. First 27.7 disponibles : entre 11 et 18 unités sur le marché français à un instant T, avec une rotation qui tourne autour de 1 vente par mois.
Fourchette de prix observée :
- 16 000 à 20 000 euros : unités 1996-1999 avec voiles fatiguées et moteur d'origine non révisé
- 21 000 à 28 000 euros : unités 2000-2003 en état d'usage, refit voiles, moteur révisé
- 29 000 à 36 000 euros : unités tardives ou très bien entretenues, parfois avec lit-haie remis et moteur récent
J'ai visité 6 unités : 2 dans le Sud (Le Lavandou, Saint-Cyprien), 1 à La Rochelle, 1 à Lorient, 1 à Saint-Malo, 1 à Cherbourg.
Ce que j'ai vu sur les 6 unités combiné :
- 4 sur 6 avaient des traces d'osmose au niveau de la quille relevable (point bien connu de la série, je vais y revenir)
- 3 sur 6 avaient un moteur Yanmar 2GM20 de 18 chevaux d'origine fatigué (plus de 3 500 heures, démarrage capricieux)
- 2 sur 6 avaient des traces d'humidité dans le pont au pied de mât (problème de joint d'étanchéité)
- 6 sur 6 avaient des voiles à refaire ou en passe (jeu d'origine ou refit lointain)
Pas un seul bateau "prêt à partir sans rien toucher" sous les 28 000 euros. L'unité que j'ai sérieusement regardée à 24 500 euros (Le Lavandou) avait moteur récent (Yanmar 1GM10 remplacé en 2022) mais quille relevable à reprendre.
Les 4 points critiques sur lesquels j'aurais demandé une expertise
J'ai eu 3 expertises sérieuses sur les bateaux retenus, dont une qui a coûté 380 euros pour 4 heures de présence et un rapport écrit. Voilà ce que je retenais comme points sensibles spécifiques au modèle :
1. La quille relevable et son boîtier
C'est la pièce maîtresse du First 27.7 et son point de vigilance numéro 1. Le boîtier de quille s'usait par friction sur les unités 1996-1999, et beaucoup de bateaux ont été ramenés au chantier dans les années 2010 pour reprise. Sur les unités sans entretien suivi, on voit du jeu, parfois des fissures dans la coque autour du puits de quille.
Vérifier : descendre la quille à fond, vérifier le serrage et la verticalité, regarder l'intérieur du puits de quille à la lampe (pas d'éclat, pas de fissure capillaire). Demander au vendeur la trace écrite de la dernière intervention sur le boîtier de quille. Si elle date d'avant 2015 ou si elle n'existe pas, prévoir 1 800 à 3 000 euros de reprise au chantier.
2. L'osmose
Pas spécifique au First 27.7, mais sur des unités de 25-30 ans, l'osmose touche 1 unité sur 2 à des degrés divers. Les traces typiques : cloques régulières sous la flottaison, parfois sous le lest de quille relevée.
Coût d'une reprise d'osmose niveau 2 (cloques mais pas généralisée) : 8 000 à 14 000 euros au chantier en 2025. Niveau 3 (osmose étendue) : 18 000 à 25 000 euros, à ce stade-là on ne rachète pas un bateau de cette gamme.
Sur les 6 unités vues, 4 avaient des traces d'osmose. Une seule était saine (à La Rochelle, mais elle était sortie de saison 2024 dans un chantier qui avait fait un traitement préventif).
3. Le moteur Yanmar d'origine
Le 2GM20 de 18 chevaux est le moteur monté sur la majorité des First 27.7 pré-2002. Réputé robuste, mais sensible au stockage hivernal humide et aux longues périodes sans utilisation. À 3 000 heures, beaucoup ont besoin d'une révision majeure (joint de culasse, injecteurs, parfois embrayage). Coût de la révision : 1 800 à 2 600 euros chez un mécanicien Yanmar agréé.
Demander le carnet d'entretien moteur, vérifier les heures, demander quand a été fait le dernier vidange, le dernier remplacement de courroie alternateur, la dernière vérification injecteurs. Sans réponse précise, supposer le pire.
4. Le pied de mât et l'étanchéité du pont
Sur les unités stockées dehors sous bâche, l'eau s'infiltre parfois autour du pied de mât quand le joint silicone d'origine a vieilli. L'humidité descend dans le contre-mât et endommage le sandwich balsa du pont à cet endroit.
Test simple : appuyer fort sur le pont autour du pied de mât. Si on sent un tassement, mauvais signe. Coût d'une reprise complète du sandwich : 2 500 à 5 000 euros selon étendue.
Le budget réel que j'avais bouclé
Sur tableur, septembre 2025 :
| Poste | Montant (euros) |
|---|---|
| Achat First 27.7 1999 (Le Lavandou) | 24 500 |
| Expertise pré-achat | 380 |
| Frais juridiques (acte vente, mutation pavillon) | 280 |
| Reprise boîtier de quille au chantier | 2 200 |
| Refit voile GV (occasion récente, 2023) | 1 800 |
| Refit voile foc | 1 200 |
| Antifouling + révision saison 2026 | 950 |
| Dossier complet sécurité catégorie côtière | 480 |
| Petit équipement bord (cordages, manilles, bouts) | 950 |
| GPS plotter d'occasion + sondeur | 1 100 |
| Place de port Saint-Raphaël 2026 | 1 100 |
| Assurance tous risques + RC | 580 |
| Provision aléas (10 %) | 2 880 |
| Total | 38 400 |
C'est en regardant ce tableau que ça a commencé à coincer. Pas le montant en soi : j'ai les moyens, j'avais provisionné. C'est le rapport entre l'usage réel projeté et le coût.
Pourquoi je n'ai pas acheté
J'ai compté le nombre de fois où j'aurais utilisé le First 27.7 dans une saison. Honnêtement, projection sur 2026 :
- 6 à 8 sorties club / régate dans l'année
- 2 ou 3 raids week-end avec un ami (Cavalaire, Hyères, Bandol)
- 1 ou 2 stages de gréement / convoyages courts
Soit 10 à 13 sorties par an, à comparer à mes 28 sorties annuelles sur l'Oceanis 35. À 38 400 euros d'investissement initial plus 4 200 euros de frais courants annuels (port, assurance, antifouling, carburant), le coût par sortie tourne à 350-450 euros pour les premières années. Le calcul s'améliore sur 5-7 ans, mais le retour sur investissement n'est jamais bon en plaisance.
Et surtout, j'ai posé la vraie question : est-ce que ces 10-13 sorties ne pourraient pas se faire en location (en équipier sur un bateau de copain) ou en chartering ?
Réponse : oui. 8 à 10 fois sur 13. Le club nautique à Saint-Raphaël loue un Open 5.7 à 280 euros la journée, parfait pour les sorties sportives. Et j'ai 3 amis avec des First 31.7 ou Surprise qui prennent volontiers un équipier pour leurs régates club.
Coût annuel équivalent en location/équipier : 1 500 à 2 200 euros. Sept fois moins cher que la propriété d'un First 27.7. Pour un usage qui restait par définition occasionnel.
J'ai annulé l'achat en octobre. Je ne regrette pas.
Ce que je dirais à quelqu'un qui veut quand même l'acheter
Si vous êtes sur le profil "régate hebdo + raids saison + transport sur remorque pour aller régater hors zone", le First 27.7 est un bon achat. Ce n'est pas mon profil, mais il existe.
Mes 5 conseils en mode budget réel :
- Vise le segment 24 000 à 30 000 euros. Sous 22 000, tu paies l'achat moins cher et tu paies 8 000 à 12 000 de remise en état de plus.
- Expertise systématique. 380 euros qui en font économiser 5 000 à 15 000 dans 1 cas sur 4.
- Boîtier de quille = priorité numéro 1. Si l'historique n'est pas clair, casse le prix de 2 000 ou passe ton chemin.
- Moteur d'origine au-delà de 3 000 heures = anticiper 1 800 à 2 600 euros dans le prochain hiver.
- Voiles à refaire, c'est normal. Compte 3 000 à 4 000 euros pour un jeu GV + foc en occasion récente.
Pour la dimension "comparatif occasion vs neuf", j'avais regardé brièvement les nouveaux bateaux sportifs de la même catégorie. L'écart est de 1 à 3 minimum (90 000 euros minimum pour un First 27 SE neuf en 2025), donc le débat est tranché : pour ce profil, on achète d'occasion.
Le vrai luxe de la plaisance
Ce que j'ai compris en faisant ce tableur, c'est que la propriété d'un bateau est un luxe, pas un investissement. On ne possède pas un bateau pour économiser sur la location, on possède un bateau pour avoir le bateau quand on veut, comme on veut, et pour entretenir une relation avec lui dans la durée.
Je suis content d'avoir mon Oceanis. C'est mon bateau. Le First 27.7 aurait été un deuxième bateau "fonctionnel", celui qu'on prend pour aller chercher une heure de voile pure. Et la fonction se loue très bien.
Pour les retours sur les ports secondaires de la Côte d'Azur que j'utilise, voir pourquoi j'ai quitté Cannes pour Théoule. Et pour comprendre le marché du First 27.7 sur le papier, c'est l'avis qu'on m'a recommandé avant la chasse.
Source
Données marché occasion : suivi LeBonCoin / YachtWorld / Annonces du bateau, mars à septembre 2025. Tarifs chantier (boîtier de quille, osmose) confirmés auprès de 3 chantiers (Lavandou, Saint-Cyprien, Cherbourg) en septembre 2025. Caractéristiques First 27.7 : fiche constructeur Bénéteau, plan Finot-Conq.
