Le mémo en trois lignes
Un seul monocoque de série au catalogue d'un grand chantier français utilise des foils en 2026 : le Figaro Bénéteau 3, mis à l'eau en juillet 2017, produit depuis 2018, annoncé autour de 120 000 euros HT pour les 50 premiers exemplaires et jusqu'à 240 000 euros pour un neuf 2025. Les foils à bord sont de type directionnel : ils ne font pas voler le bateau, ils augmentent le couple de redressement de 15% au portant dès 14 noeuds. Le vrai vol, lui, reste l'affaire des protos Mini 6.50 (Pogo Foiler, Xucia, Brets), de quelques catamarans haut de gamme (Persico Cat 72) et de la Coupe de l'America depuis 2013. Pour un voilier de croisière familial qui décolle en toute saison, il faut encore patienter.
De la Coupe de l'America au ponton de monsieur tout-le-monde
Le déclic public, c'est 2013 à San Francisco. Les catamarans AC72 de la 34e Coupe de l'America, 22 mètres, aile rigide de 260 m², passaient plus de 40 noeuds sur foils en L. Emirates Team New Zealand avait testé le concept en secret sur le lac Arapuni. Douze ans plus tard, l'AC75 monocoque volant de 2021 achève de banaliser l'image.
Entre-temps, les architectes ont travaillé pour des échelles plus petites. VPLP dessine en 2016 le Figaro Bénéteau 3 avec Lauriot-Prévost et la Classe Figaro. Le cahier des charges n'est pas de faire voler un monocoque de 10 mètres : c'est de rendre la course au large monotype plus physique et d'injecter un marqueur d'époque dans un circuit qui tournait au Figaro 2 depuis 2003. On parle donc d'un foil qui aide, pas d'un foil qui fait lever. Cette nuance, la presse généraliste l'a souvent écrasée.
Foil ascensionnel ou foil directionnel : la différence qui change tout
Les deux mots sortent parfois mélangés des essais de magazine. Dans la pratique, tout se joue dessus.
Un foil ascensionnel produit une portance verticale supérieure au poids du bateau. La coque sort de l'eau, la traînée s'effondre, la vitesse grimpe. C'est le principe de l'AC75, de l'AC72, du Pogo Foiler et d'un Moth de compétition. Le bateau vole.
Un foil directionnel (ou foil de rappel) produit essentiellement une force latérale qui vient s'ajouter au couple de redressement. Traduction terrain : à même angle de gîte, le bateau tient plus de toile, donc va plus vite. La coque reste dans l'eau, parfois elle se déleste un peu au vent mais elle ne plane pas.
Le Figaro Bénéteau 3 est dans la deuxième catégorie. À 14 noeuds de vitesse, ses foils produisent 500 kilos de poussée latérale et permettent un gain de 15% au portant d'après les mesures VPLP. Au-delà de 20 noeuds au portant, le bateau saute de vague en vague mais il ne décolle jamais durablement. Même chose pour les IMOCA 60 que tout le monde a vus partir aux Sables-d'Olonne : leurs foils en C ou en V sont directionnels, ce sont les IMOCA qui volent à moitié, pas intégralement.
À retenir quand un chantier vous dit « foils » : posez une question, laquelle ?
Figaro Bénéteau 3, le premier monocoque monotype à foils de série
Les faits techniques vérifiés sur la fiche VPLP et la classe Figaro :
- Longueur hors tout : 10,89 m (coque 9,75 m, flottaison 9,46 m)
- Largeur : 3,48 m
- Tirant d'eau : 2,50 m (quille fine et profonde, sans ballast)
- Déplacement lège : 3 175 kg (dont 1 111 kg de lest)
- Tirant d'air : 15,22 m
- Motorisation : Nanni Diesel N3, 21 CV
- Architecte : VPLP design
- Chantier : Bénéteau, Saint-Gilles-Croix-de-Vie
- Premier bateau à l'eau : 27 juillet 2017
- Série lancée en 2018
Le bateau a été élu Voilier Spécial Européen de l'Année au Boot de Düsseldorf en 2018, ce qui a donné au modèle sa crédibilité initiale auprès du milieu amateur. En course, il a pris la succession du Figaro 2 sur la Solitaire Urgo Le Figaro à partir de 2019.
Le prix, c'est là que ça se joue. Pour les 50 premiers exemplaires, Bénéteau avait affiché un tarif de lancement autour de 119 500 euros HT, toilé et motorisé standard course. Passé ce lot, la série est remontée dans une fourchette de 125 000 à 238 500 euros selon configuration. Un neuf 2025 est annoncé à 240 614 euros. Pour un bateau de 10,89 mètres, c'est le tarif d'un croiseur performance haut de gamme de 12 ou 13 mètres chez le même chantier. Le foil, c'est au bas mot 50 000 euros de surcoût industriel quand on regarde un Figaro 3 face à un First 36 de taille comparable.
Reste la question que posent les essais Bateaux.com et Tip & Shaft depuis 2018 : est-ce un bateau de plaisancier ? La réponse courte est non. Le Figaro 3 est physique et technique, voilure grande, pas de ballast, solo-duo exigeant, peu de confort intérieur. L'outil sert la course monotype ; si vous achetez d'occasion pour naviguer en famille, vous achetez le bruit, pas la fonction.
Mini 6.50 à foils, le laboratoire volant
Là où le vol complet avance, c'est dans la classe Mini. Règle de jauge souple, protos autorisés à expérimenter, appendices libres dans certaines limites, possibilité de T-foils sur les safrans. Résultat : la Mini-Transat 2021 a vu arriver le premier Pogo Foiler, prototype de série dessiné par Guillaume Verdier, qui a mené un temps le classement général en solo avant d'abandonner sur casse.
Trois chantiers et architectes se partagent aujourd'hui le terrain :
- Pogo Foiler (Pogo Structures) : 6,50 m, T-foils inspirés de l'AC75, quille basculante, carène scow. Pensé comme un proto « clé en main » accessible au budget Mini, autour de 250 000 à 300 000 euros selon équipement d'après les plaisanciers qui en parlent sur Classe Mini et Hisse et Oh.
- Xucia, #1081 (architecte Sam Manuard) : proto radical, premier Mini 6.50 construit sur moules CNC en prototype, T-foils sur safrans et appendices latéraux, one-off.
- Brets (Matéo Lavauzelle) : 14 mois de construction, mise à l'eau prévue en juin 2024 pour la Mini-Transat 2025.
Ces bateaux volent vraiment par conditions de portant. Ils sont aussi la vitrine de ce qui descendra, un jour, vers le marché amateur. Les fonderies carbone, les mécanismes de relevage, les calculateurs de stabilité latérale : tout ce qui est aujourd'hui verrouillé sur un Mini à 250 000 euros finira dans un croiseur de 12 mètres quand les volumes rendront la pièce rentable.
On en est encore loin. Pour commander un monocoque volant de série grand public aujourd'hui, il n'existe tout simplement pas d'offre. Le Persico Cat 72, catamaran foiler de 24 mètres, 40 noeuds au portant, coque carbone prepreg, est un objet à plusieurs millions d'euros. Ce n'est pas un voilier familial, c'est un yacht. Il faut le regarder pour ce qu'il est : la démonstration qu'un engin habitable peut voler à 9 noeuds de vent réel grâce à un RMFoil de 7 mètres, pas un marché.
Pourquoi un voilier à foils reste exigeant à piloter
J'ai essayé un Figaro 3 une journée à Lorient en mai 2024, skipper à bord. Ce qui frappe, ce n'est pas la vitesse (un bon First 40 va au même rythme au près). C'est la charge mentale.
Un voilier classique pardonne. Vous coffrez une manoeuvre, le bateau ralentit, l'erreur s'efface. Un voilier à foils directionnels sanctionne. Le foil dehors change la position du centre de poussée latérale : si vous oubliez de remonter le foil au vent avant un virement, le bateau se met en travers. Les charges passent dans un fond de coque qui n'est pas conçu pour elles. Vous écoutez le bateau parler plus que vous ne le regardez avancer.
Sur un vrai foiler ascensionnel (un Moth, un Pogo Foiler en vol), c'est pire. L'eau passe sous la coque à 25 noeuds, la moindre houle désolidarise le safran, la chute se fait à pleine vitesse. Un plaisancier aguerri s'y fait en trente heures ; un plaisancier occasionnel ne doit pas y aller seul. Ce n'est pas un jugement, c'est un constat physique.
Pour creuser la logique de contrainte et de manoeuvres d'un voilier performance, j'ai déjà posé les bases dans ma fiche sur les courses au large accessibles aux amateurs ; et pour comprendre pourquoi le réglage de voile d'avant compte encore plus sur un bateau à foils, regardez le guide du spi asymétrique au portant.
Budget 2026 et projections 2028-2030
Ce qu'un plaisancier peut raisonnablement acheter aujourd'hui pour naviguer à foils, et ce qu'il pourra espérer demain.
| Format | Prix 2026 neuf | Vol réel | Accessibilité plaisancier |
|---|---|---|---|
| Figaro Bénéteau 3 | 125 000 à 240 000 euros | Non (foils directionnels, saut d'onde) | Aguerri, course |
| Mini 6.50 proto foiler | 200 000 à 300 000 euros | Oui (T-foils) | Aguerri, course océanique |
| Cat 72 foiler (Persico) | > 5 millions d'euros | Oui (semi-foiler) | Yacht, pas plaisance |
| Voilier familial à foils | Inexistant en 2026 | N/A | N/A |
Les projections à 2028-2030 tiennent sur trois hypothèses que j'entends dans le milieu (salons, Classe Mini, Bateaux.com). D'abord, la descente des foils en T vers les Class 40 puis les croiseurs-racers de 11 à 13 mètres de série, avec un premier modèle français annoncé entre 2028 et 2029 si le marché Figaro tient. Ensuite, un surcoût qui pourrait tomber de 50 000 à 30 000 euros sur un bateau de 12 mètres grâce aux procédés d'infusion carbone éprouvés en compétition. Enfin, un foil hybride, directionnel avec relevage complet pour naviguer classique en croisière et sortir l'appendice pour les transats famille. Aucun de ces bateaux n'est en catalogue aujourd'hui.
Mon pari : le premier croiseur volant habitable vraiment abordable (disons sous 500 000 euros neuf en 12 mètres) n'arrive pas avant 2030, et il ne sortira pas des chantiers de grande série. Il viendra de Pogo, Garcia ou d'un outsider type JPK.
Ce qui ne change pas pour le plaisancier en 2026
La plaisance côtière reste dominée par la quille classique. Un propriétaire qui sort 40 jours par an à Arcachon, Perros-Guirec ou La Ciotat a besoin d'un bateau qui tient au mouillage, qui remonte au vent, qui consomme peu au moteur et qui dort à quatre. Le foil n'est pas une réponse à ce cahier des charges. C'est une technologie de vitesse absolue, utile en course, difficile à transformer en argument de croisière tant que le confort, la fiabilité et le prix ne suivent pas.
Un amateur curieux peut toutefois s'approcher du sujet en 2026 : journée découverte à bord d'un Figaro 3 via les centres d'entraînement Figaro (Port-la-Forêt, Lorient, Pornichet) pour 300 à 500 euros, stage sur Figaro 3 d'occasion aux Glénans, ou simplement suivre la Mini-Transat, où le classement des protos donne une lecture fiable du rendement d'un vrai foiler face à un archimédien bien barré. C'est ce qui me rend optimiste pour 2030.
Sources vérifiées
- Fiche technique Figaro 3 : classefigarobeneteau.fr (PDF technique), VPLP Design, Boat-Specs.com, consultés en avril 2026
- Prix Figaro 3 : annoncesbateau.com (neuf 2025 à 240 614 euros), bateaux.com (« Figaro 3, un tarif à deux vitesses »), Youboat
- Pogo Foiler : pogostructures.com, Boat-Specs.com, Guillaume Verdier Architecture Navale, Yachting World « Pogo Foiler: This little racing machine »
- Mini 6.50 protos 2025 : bateaux.com « Le Mini 6.50 Brets », Yachting World « Extraordinary boats: The Sam Manuard foiling mini 6.50 », classemini.com
- Foils ascensionnel vs directionnel : documentationvoile.com, YCF-Club, Multicoques Mag, Foil Magazine
- Coupe de l'America 2013 : Wikipedia AC72, Emirates Team New Zealand, MIT Oceans
- Persico Cat 72 : Yachting World « First look », persicomarine.com, Multihulls World
Fiche à relire fin 2026 : Bénéteau a laissé entendre fin 2025 qu'un successeur du Figaro 3 pourrait être annoncé pour la Solitaire 2028. Ce sera sans doute le premier vrai indice de ce qui descend dans la gamme amateur.
