National

Ma traversée Lorient – La Corogne : 4 jours, 3 quarts, 1 chute de vent

Récit jour par jour d'une traversée du Golfe de Gascogne en JPK 1010 : préparation, fenêtre météo, quarts, chute de vent au large et arrivée en Galice.

Résumé

Traversée Lorient – La Corogne en JPK 1010, 4 jours et 6 heures pour 410 milles, équipage de trois en quarts de 4 heures. Vent de NE 20 nœuds établi pendant 36 heures, chute totale au milieu du golfe pendant 14 heures, retour du flux de NW en seconde moitié. Trafic maritime du rail d'Ouessant traversé de nuit avec AIS, arrivée à La Corogne en pleine brume de 200 mètres de visibilité. Aucune avarie, deux leçons retenues.

Préparation

Trois mois avant le départ, on a verrouillé les bases. Visite de carène en mars, voiles révisées chez le voilier de Lorient, radeau et balise EPIRB révisés, AIS testé, pilote calibré. La liste de matériel de sécurité hauturière ajoute pas mal de matos par rapport à la côtière : combinaisons de survie, harnais individuels, lignes de vie sur les deux bords du pont, médicaments hauturiers.

L'équipage : trois personnes habituées au bateau, dont une médecin urgentiste. On a fait deux sorties communes de 24 heures en avril pour caler les quarts et la cuisine.

La fenêtre météo, on l'a attendue 9 jours à Lorient. Trois dégradations successives sont passées avant qu'apparaisse une fenêtre de NE 15-20 nœuds suivie d'un calme puis d'un retour de NW modéré. Le pire scénario en Gascogne, c'est la dépression qui se creuse en quelques heures sur le golfe : on ne part pas si la pression chute de plus de 4 hPa en 24 heures sur les modèles.

Jour 1 : Lorient – chenal de Belle-Île – cap au sud-ouest

Départ de Lorient à 6h du matin, marée descendante, vent NE 12 nœuds. On sort de la rade au moteur sur 4 milles puis grand largue sous gennaker. Belle-Île défile à tribord à 9h30. À 18h, on est à 60 milles dans le sud-ouest de Belle-Île, le vent monte à 18 nœuds, on remplace le gennaker par le génois et la grande voile.

La nuit s'installe, ciel clair, lune en croissant. Premier quart de 20h à minuit pour moi. Vitesse moyenne 7,5 nœuds, le bateau marche tout seul sur le pilote.

Jour 2 : la chute de vent

Au lever du jour, on est à 130 milles de Lorient, vent toujours NE mais qui mollit. À 11h, le vent tombe complètement. Mer plate, soleil, dauphins. Belle journée, mais on n'avance pas.

On démarre le moteur. Le réservoir fait 110 litres, on consomme 2,1 litres par heure à 5 nœuds, on a donc une autonomie d'environ 50 heures de moteur. La traversée totale prévoit 90 heures, on ne peut pas tout faire au moteur. On choisit de tracer pendant 8 heures puis de se laisser dériver dans la pétole en attendant le retour annoncé du flux.

La chute de vent dure 14 heures. On en profite pour cuisiner sérieusement (gigot d'agneau au four, pâtes fraîches, deux fois plus de vaisselle qu'au largue). On dort plus que prévu.

Jour 3 : retour du flux NW

À 4h du matin, le vent revient progressivement, NW 8 nœuds, puis 12, puis 16. On hisse le génois, route directe sur La Corogne. Mer un peu croisée par la houle résiduelle de NE et le clapot frais de NW, l'estomac de l'un d'entre nous tousse.

On traverse le rail d'Ouessant en seconde partie de nuit, à environ 80 milles dans le SW d'Ouessant. L'AIS affiche 14 cibles dans un rayon de 6 milles. Tous des cargos qui font 14 à 18 nœuds. On adapte la route pour passer derrière une file de trois navires, puis on reprend la route directe.

Jour 4 : Galice et brume

À 10 milles de La Corogne, la brume tombe d'un coup. Visibilité 200 mètres. Le radar fonctionne, l'AIS aussi, mais il faut écouter en plus du regard. On entend la corne de brume du phare de la Tour d'Hercule à 4 milles, puis on la voit apparaître à 600 mètres.

L'entrée du port se prend à l'estime aux instruments, en suivant scrupuleusement les waypoints du chenal. Le marina Real Club Náutico nous attend, place réservée par radio la veille. Amarrage à 13h45, exactement 102 heures après le départ.

Les deux leçons

Première leçon : on a sous-estimé la difficulté psychologique de la pétole. Ne pas avancer alors qu'on est au milieu du golfe, c'est plus dur que de tirer des bords dans 30 nœuds. La tentation de cramer le gasoil est réelle. Il faut accepter de perdre 14 heures au tableau de marche.

Deuxième leçon : la traversée de nuit du rail d'Ouessant demande un opérateur AIS dédié. À trois en quarts de 4 heures, le quart de barre était saturé. La prochaine fois, on programmera la traversée du rail en début de nuit avec deux personnes éveillées.

Le bilan chiffré

  • 410 milles parcourus, 358 milles à la voile
  • Vitesse moyenne 4,1 nœuds (incluant la pétole)
  • 50 litres de gasoil consommés
  • 0 avarie, 0 incident médical
  • 2 cargos évités à moins de 1,5 mille
  • 1 baleine entrevue à 200 mètres au large d'Ortegal

Pour préparer une traversée hauturière, voir nos guides /blog/preparation-bateau-haute-mer et /blog/quarts-equipage-traversee.

En arrivant

La Galice, c'est un autre monde. La nourriture, la pierre, les rias, l'ambiance. On y reste deux semaines avant le retour.

Sur BoatMap, j'ai pu charger les cartes offline de la côte galicienne avant le départ et consulter les escales possibles sans connexion. Indispensable au large.

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