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Stratégie de départ en régate : zone, layline, timing

Lire la ligne de départ, choisir son côté, gérer le top : méthode d'un tacticien pour réussir le start en régate côtière, avec chiffres et cas concrets.

Le départ se joue dans les 90 secondes qui précèdent le top. Si vous arrivez bord à bord avec dix bateaux, lancé à 80% de la vitesse cible, sur le bon tiers de ligne, vous avez gagné un quart de la manche avant la première bouée. Si vous arrivez 4 secondes en retard ou bloqué dans le mauvais paquet, vous passerez le pré à pousser des coques. La différence ne tient pas au talent du barreur, elle tient à la méthode.

J'ai compté sur trois saisons de régate IRC en baie de Quiberon : sur 47 départs, mes 12 meilleurs résultats correspondent tous à un départ dans le tiers favorable de la ligne. Aucun comeback magique sur les 35 autres. Le départ n'est pas tout, mais c'est ce qui se prépare le mieux.

Lire la ligne avant tout le reste

Trois minutes avant le top, vous devez avoir trois informations en tête. La première : où est le côté favorable de la ligne. La deuxième : où est le côté favorable du parcours après la bouée. La troisième : ces deux côtés sont-ils du même bord.

Le test de la ligne se fait en luffant sur la ligne, voile en faseyement. Vous mettez le bateau bout au vent à mi-ligne, vous regardez vers quelle extrémité la proue pointe. Si elle pointe le comité, le comité est favorable. Si elle pointe la bouée, la bouée est favorable. Méthode simple, fiable à 5 degrés près si le vent est stable.

Faites le test deux fois. Une fois 6 minutes avant le top, une fois 3 minutes avant. Si le différentiel a bougé de plus de 8 degrés, la bascule est en cours et vous devez choisir : jouer la bascule attendue ou sécuriser le côté actuel. Sur un parcours banane classique, je sécurise. Sur une rotation de brise thermique connue, je joue la bascule.

Un repère de terrain : à La Trinité-sur-Mer en avril, le vent thermique tourne en moyenne de 15 à 25 degrés vers la droite entre 11h et 14h. Si votre départ est à 13h30, le côté tribord de la ligne sera favorable. Cette donnée vient des relevés Météo-France marine sur la baie de Quiberon, croisés avec ce que les coureurs locaux observent depuis quinze ans.

Choisir son côté

Trois zones de départ existent, et chacune se gagne différemment.

Le comité (extrémité tribord) est dur à tenir mais paye gros si la ligne est biaisée à droite. Vous arrivez en starboard, lancé à 90% de la vitesse, vous prenez le pin du comité à 5 mètres et vous partez en air libre. Le risque : être en dessous de la ligne au top, ou être bloqué par un bateau qui force votre layline.

La bouée (extrémité bâbord) est plus facile à tenir mais demande de gérer les bateaux tribord amure qui défilent. Vous arrivez en bâbord serré, vous virez en starboard 30 secondes avant le top, vous prenez la bouée au culot. Si trois bateaux ont la même idée, le dernier passe à l'eau.

Le milieu est la zone des prudents. Vous y partez rarement gagnant, vous y partez rarement perdant. Acceptable si vous ne lisez pas le côté favorable, ou si la flotte est dense et que vous voulez sortir propre.

Pour un équipage qui apprend, je recommande la zone milieu-comité (entre 30% et 60% de la ligne en partant du comité). C'est le meilleur compromis entre simplicité et performance. La zone bouée demande des manœuvres précises sous pression, et les contacts y sont fréquents. Le retour d'expérience que je donne aux équipages que j'embarque rejoint le guide de l'équipier débutant en régate : commencer au milieu, monter en compétence, oser le comité après dix départs.

La layline du départ

La notion de layline s'applique aussi au départ, pas seulement à la bouée au vent. La layline du départ, c'est la trajectoire qui vous amène à la ligne au top, à la vitesse cible, au cap de bordée optimum.

Calculez-la ainsi : vitesse cible 6 nœuds, distance à la ligne 90 mètres, temps avant top 30 secondes. À 6 nœuds vous parcourez 92 mètres en 30 secondes. Vous êtes dans la layline. Si vous êtes 30 secondes avant le top à 150 mètres de la ligne, vous êtes en retard sur la layline et vous devez accélérer ou descendre. Si vous êtes à 60 mètres, vous êtes en avance et vous devez ralentir, lofer, ou faire un S.

Le bon barreur tient la layline avec une marge de 3 à 5 secondes. Le bon tacticien lui annonce les écarts toutes les 10 secondes : "30 secondes au top, 90 mètres, vitesse 5,8, layline propre". Le mauvais tacticien laisse le barreur deviner.

À l'entraînement, je fais répéter cinq départs de suite à mes équipages débutants, sans course, juste pour caler ce dialogue. C'est l'exercice qui paye le plus rapidement.

Gérer le top

Les 10 dernières secondes décident. Trois cas de figure :

Vous êtes sur la layline, vitesse cible: vous lâchez l'écoute de grand-voile pour bloquer la place, vous attendez le top, vous bordez à la seconde. Le bateau accélère sur la première vague.

Vous êtes en avance: vous lofez 5 degrés, vous laissez les voiles fasseyer 2 secondes, vous repartez à la cible. Pas de S agressif si la flotte est dense, vous risquez de sortir de la zone.

Vous êtes en retard: vous gardez les voiles serrées, vous descendez 5 degrés sous la layline pour gagner de la vitesse, vous remontez au top. Vous perdez 2 longueurs de ligne mais vous partez lancé. Mieux que partir en l'air à zéro nœud.

Le piège classique du débutant, c'est de viser parfait. Un départ correct au top à 95% de la cible vaut mieux qu'un départ génial au top à 60%. Le vent libre dans la première minute compense largement les 4 mètres de retard.

Préparer plutôt qu'improviser

Avant chaque départ, mon équipage suit la même check-list de 8 minutes : tour de ligne, test luffé, observation des étalons (les bateaux qui se sont mis sur place tôt), repérage du courant à la bouée comité, choix du côté, choix de la zone, choix de la layline, brief équipage en 30 secondes. Ça ne se fait pas dans la tête sous pression, ça se fait par habitude.

Pour aller plus loin sur la lecture du vent dans la phase de pré-départ, voir les 5 indicateurs à observer dans le sas. Et si vous courez votre premier Spi Ouest-France, le guide de la régate couvre la partie organisation, jauge, et logistique au quai.

Trois saisons à compter mes départs m'ont convaincu : l'écart entre un bon et un excellent tacticien, c'est 0,5 seconde sur le top et 5 mètres sur la layline. Pas plus.

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