Résumé
Régler un gréement de voilier de croisière demande deux à trois passes successives, à terre puis en navigation. Quête arrière du mât pour l'équilibre, tension transversale pour la rectitude, tension longitudinale pour la rigidité globale. Les fabricants donnent des plages, à moduler selon le programme.
Le triangle de base
Un gréement classique, dit en tête, comprend trois familles de câbles. L'étai et le pataras tirent le mât vers l'avant et l'arrière. Les haubans hauts et leurs intermédiaires tiennent le mât verticalement vers la côté. Les bas-haubans tiennent le pied de mât latéralement.
Régler ces trois familles, c'est obtenir un mât droit en transversal, légèrement incliné vers l'arrière en longitudinal, avec une tension d'ensemble suffisante pour que les voiles travaillent sans déformer la structure.
Étape 1, la quête arrière
La quête, c'est l'inclinaison du mât vers l'arrière. Sur la plupart des voiliers de croisière, on cherche entre 0° et 2° de quête, soit dix à trente centimètres au sommet, projetés à l'aplomb du pied.
Mesure simple : à quai, accroche un poids à la drisse de grand-voile, laisse pendre comme un fil à plomb. Mesure la distance entre le fil et le mât en pied. Comparée à la longueur du mât, tu obtiens l'angle.
Pour augmenter la quête, raccourcis l'étai (plus de tours de ridoir vers le bas) et allonge le pataras. Pour réduire, fais l'inverse. Manoeuvre par demi-tour à la fois, en équilibrant les deux côtés.
Étape 2, la rectitude transversale
À quai, par jour calme, regarde le mât en te plaçant à l'avant du bateau, dans son axe. Tu dois voir un mât parfaitement vertical, sans courbure latérale.
Si le mât est gauchi à droite, les bas-haubans bâbord sont trop tendus ou les bas-haubans tribord trop mous. Détends bâbord d'un demi-tour, retends tribord d'un demi-tour. Vérifie à nouveau l'aplomb.
Procède par petites corrections symétriques. Une grande correction d'un seul côté décale tout l'équilibre.
Étape 3, la tension d'ensemble
Une fois le mât droit en transversal et avec la quête souhaitée en longitudinal, il reste à donner une tension d'ensemble suffisante.
La règle de pouce pour la croisière : sur un voilier de 35 à 40 pieds, étai à 12 à 15 % de la charge de rupture du câble, haubans hauts à 12 %, bas-haubans à 8 %.
Pour mesurer, le tensiomètre de gréement (Loos Gauge ou équivalent) est l'outil idéal. Il donne la tension exacte du câble. Sans tensiomètre, on règle au son et au feeling : un câble bien tendu vibre franchement quand on le pince, sans son mat.
Étape 4, en navigation
Tout le reste se règle sous voiles. Aux allures de près, pleine charge, bord tribord puis bord bâbord. Observation depuis le pied de mât, regard vers la tête.
Le mât doit rester droit en transversal sous voiles. Si la tête de mât tombe sous le vent au près, le hauban au vent n'est pas assez tendu : il faut retendre. Si la tête tombe au vent (rare), le hauban opposé est trop tendu.
Réglage : un demi-tour à la fois, des deux côtés simultanément (au près tribord puis bâbord pour comparer).
Étape 5, la flèche du mât
À allure portante, le mât peut prendre une légère flèche vers l'avant en milieu de hauteur, ou rester droit. Ça dépend de la conception. Une flèche mesurée, contrôlée, ne pose pas problème.
Une flèche excessive ou mal tenue, en revanche, creuse la grand-voile et détruit le réglage des voiles. Sur les bateaux modernes à profil flexible, on ajuste avec le pataras hydraulique ou le palan de pataras.
Étape 6, le pataras et l'étai
Le pataras tire le mât vers l'arrière en haut. Plus tu tends, plus tu réduis la flèche du mât et tu plats la grand-voile. Tu tends aussi l'étai, ce qui réduit la flèche du génois.
C'est le réglage dynamique principal en navigation. Au près serré dans la brise, on tend pour aplatir. Au largue par mer plate, on relâche pour creuser et pousser.
Tableau récapitulatif
- Quête : 0 à 2° vers l'arrière, mesurée au fil à plomb
- Tension haut : étai 12 à 15 %, haubans 12 %, bas 8 %
- Vérification : mât droit en transversal, sans flèche excessive en navigation
- Pataras : variable selon allure, plus serré au près
Précautions
Avant tout réglage majeur, vérifie l'état de chaque ridoir, chaque cadène, chaque manille. Un gréement fatigué ne tient pas la tension qu'on lui demande, et le réglage devient dangereux.
Goupille tous les ridoirs au final. Une seule goupille manquante, et le ridoir se dévisse sous vibration en quelques heures de navigation.
Réglage en cours de saison
Le gréement perd de la tension en cours de saison sous l'effet du tassement initial des terminaisons. Une vérification mi-saison, généralement après 200 à 300 milles, permet de retrouver le réglage optimal.
Pour suivre l'historique de réglages et noter les valeurs de tension par hauban, BoatMap intègre un carnet de bord.
