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Réduire la voilure : ris, enrouleur, tactique

Quand prendre un ris, quand rouler le génois, comment équilibrer les voiles. Seuils chiffrés par force de vent et procédure pas à pas.

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La phrase qui tourne sur tous les pontons : « quand tu penses à prendre un ris, c'est qu'il fallait le prendre il y a dix minutes ». Elle est juste, mais elle ne dit pas à quel vent, ni comment, ni dans quel ordre entre la grand-voile et le génois. Cette fiche pose les seuils chiffrés, la procédure terrain et les erreurs classiques, pour un voilier de croisière moderne de 8 à 12 mètres équipé d'un enrouleur de génois et d'une grand-voile à 3 bandes de ris.

Ce qu'il faut retenir en trois lignes

Premier ris vers 15 à 18 nœuds de vent réel au près, deuxième ris entre 20 et 25 nœuds, troisième ris et enrouleur de génois à fond entre 28 et 32 nœuds. Surface résiduelle de la grand-voile : environ 80 % au 1er ris, 60 % au 2e ris, 40 % au 3e ris (source : Hisse et Oh, discussion pourcentages de réduction). On réduit toujours en gardant le bateau équilibré, légèrement ardent, jamais mou.

Seuils de vent : le tableau que personne n'affiche dans le carré

Les seuils dépendent du bateau, de l'état de la mer, de l'allure et du poids d'équipage. Ce tableau vaut pour un croiseur de 9 à 11 mètres type Sun Odyssey 349, Océanis 34 ou First 35 avec un équipage de 2 à 4 personnes, mer formée normale pour le vent annoncé.

Vent réelBeaufortÉtat grand-voileÉtat génois
0 à 12 nœuds0 à 3PleinePlein
12 à 15 nœuds4Pleine, cunningham tenduPlein, écoute bordée
15 à 18 nœuds4 à 51er ris au prèsQuelques tours si ardent
18 à 22 nœuds51er risGénois réduit (équivalent solent)
22 à 25 nœuds62e risRéduit à 70 % environ
25 à 28 nœuds6 à 72e risRéduit à 50 %
28 à 32 nœuds73e risEnrouleur presque à fond, équivalent tourmentin
> 32 nœuds7 à 8GV affalée ou tourmentinEnrouleur à fond, voile d'étai de cape si équipé

Sources : Wikipédia, prise de ris pour l'échelonnement 15-20 / 20-30 / 25-35 nœuds, Filovent, prendre un ris en voile pour le seuil de déclenchement vers 13-15 nœuds, Échelle de Beaufort, Wikipédia pour les correspondances Beaufort-nœuds (Force 6 : 22-27 nds, Force 7 : 28-33 nds, Force 8 : 34-40 nds).

Deux corrections à appliquer au tableau selon les conditions :

  • Au portant, on peut différer de 3 à 5 nœuds. Le bateau reste plat, la pression apparente baisse. Ne pas oublier d'anticiper le ris avant de lofer pour rentrer au port.
  • Mer de vent levée ou clapot court, on anticipe au contraire de 3 à 5 nœuds. 22 nœuds dans 2 m de creux cassant, c'est déjà du 2e ris. La formule « vent + état de la mer » prime toujours sur la seule vitesse du vent.

Procédure prise de ris : automatique ou manuel

Deux écoles, deux sécurités différentes.

Prise de ris automatique (single line reefing)

Une seule drisse par ris, qui parcourt un circuit interne dans la bôme et ressort en bout pour tendre simultanément l'œilleton de bordure et celui d'amure (source : Sparcraft, documentation prise de ris continu). La manœuvre se fait au cockpit, sans personne au mât. Sur un bateau moderne équipé de renvois, c'est le choix par défaut pour naviguer en équipage réduit.

Procédure, 4 étapes, 2 à 3 minutes à deux :

  1. Mettre cap au près, border la grand-voile pour que la bôme soit dans l'axe, dé-bloquer la retenue de bôme si posée.
  2. Choquer la drisse de grand-voile jusqu'au repère de ris (prévu en usine ou tracé au feutre indélébile à la première navigation).
  3. Reprendre la drisse de ris au winch, en tension ferme, jusqu'à ce que l'œilleton d'amure descende sur le taquet de bôme et que l'œilleton de bordure plaque la voile sur le boute-dehors arrière.
  4. Re-tendre la drisse de grand-voile à bloc, puis vérifier que le guindant ne fait pas de plis horizontaux (sinon, la bordure est trop tirée par rapport à l'amure).

Avantage : rapidité, sécurité. Inconvénient : frottements importants dans la bôme, drisses qui s'usent vite, efficacité dégradée si le système n'est pas parfaitement entretenu.

Prise de ris manuel (double drisse)

Deux manœuvres séparées, une pour l'amure au pied de mât, une pour la bordure en bout de bôme. Nécessite souvent un équipier au mât pour crocher l'œilleton d'amure sur le croc de ris. Plus long (3 à 5 minutes), mais la voile est mieux tendue au final, et en cas de casse on perd seulement une drisse sur deux.

Astuce de terrain : sur mon First 32s5, je tire d'abord la bordure au winch, puis la drisse de mât, puis je reviens retendre la bordure. C'est dans cet ordre que la voile prend sa forme sans faire de poche sous la bôme.

Enrouleur de génois : pas un ris-bis

L'erreur classique du plaisancier moyen : réduire le génois avant la grand-voile. Sur la plupart des bateaux, c'est l'inverse qui marche. On prend d'abord un ris dans la GV, et on ajuste ensuite le génois pour rééquilibrer.

Raison physique simple : un génois partiellement enroulé perd sa forme, devient ventru en haut, creuse et fait contre-gîter le bateau par l'avant. Un premier ris dans la GV, lui, garde une voile à plat, efficace, bien réglable (source : Hisse et Oh, le génois et uniquement le génois).

Quelques règles pour l'enrouleur :

  • Ne jamais enrouler sous écoute bordée. On choque l'écoute, on enroule au winch ou à la main sur un cabestan, puis on reborde. Sinon on use le bord d'attaque et on crame la boîte à roulement.
  • Nombre de tours repère : sur un 40 pieds, comptez environ 3 tours pour passer d'un génois 135 % à un solent équivalent 100 %, 5 à 6 tours pour un équivalent 75 % (source : Hisse et Oh, nombre de tours sur enrouleur). Repérer les tours au feutre sur le tambour la première fois, noter dans le carnet de bord.
  • Au-delà de 50 %, la voile devient un sac creux. Si vous naviguez souvent dans le vent fort, investir dans un génois à coupe d'enrouleur (ou un solent sur étai largable) change la vie.
  • À 28-32 nœuds, on roule à fond. Au-delà, l'enrouleur seul ne suffit plus ; il faut un tourmentin sur étai largable, un solent dédié ou une voile d'étai de cape.

Équilibrage : le bateau doit rester légèrement ardent

Bien réduit, un voilier de croisière garde une barre très légèrement tirante vers le lof. 3 à 5 degrés d'angle de barre, pas plus. La barre neutre (on peut lâcher) est un mythe en croisière : elle n'existe qu'au portant. La barre molle (qui pousse sous le vent) est dangereuse parce que le bateau refuse de lofer dans une risée.

Principe de base : on réduit à l'arrière (GV) si le bateau devient trop ardent, on réduit à l'avant (génois) si il devient mou ou si on veut soulager la barre sans perdre de puissance (source : Discount Marine, forum réduction de voilure avant ou arrière).

Conséquences concrètes pour le pilote automatique : un bateau équilibré demande moins de correction à la barre, donc moins de consommation (30 à 50 % d'économie sur la batterie selon les systèmes) et une durée de vie rallongée des pistons ou moteurs. Un pilote qui zigzague dans 20 nœuds, c'est neuf fois sur dix un problème de voile, pas de pilote.

Bordure tendue, cunningham, hale-bas : ne pas oublier les réglages

Ris pris, voile réduite, le boulot n'est pas fini. Une grand-voile sous ris mal réglée creuse comme un sac et fait gîter sans avancer. Trois gestes immédiats après chaque ris :

  • Tendre la bordure à fond. Ce qui était souple devient raide. La voile s'aplatit, la gîte diminue de 2 à 4 degrés.
  • Mettre du cunningham (ou tirer la drisse de ris qui fait office de cunningham sur certains systèmes). Objectif : casser les plis obliques qui partent du point d'amure vers le haut.
  • Border le hale-bas de bôme. Au près, il empêche la bôme de remonter et garde la chute du ris à plat. Au largue et au portant, il devient votre frein principal contre les grosses plumées dans les risées.

Ces trois gestes prennent 20 secondes. La voile est alors utilisable dans 5 à 7 nœuds de plus qu'un ris mal tendu.

Erreurs classiques à corriger

Trop peu réduit, le bateau devient mou et lourd. Il ne loffe plus dans les risées, la gîte devient permanente à 25 ou 30 degrés, la barre pèse, l'équipage a peur. On avance moins vite qu'avec un ris de plus tant la traînée hydrodynamique d'un bateau couché mange la puissance apparente.

Trop réduit à l'arrière sans réduire à l'avant, le bateau devient lofant et ingouvernable dans les rafales. On le voit beaucoup sur les Océanis récents qui ont un grand génois (135 %) : on prend le 1er ris, on ne touche pas au génois, le bateau loffe à chaque bourrasque. Il faut rouler 2 à 3 tours de génois pour rétablir l'équilibre.

Enrouler le génois sans choquer l'écoute : l'erreur matérielle numéro 1. La toile pince, l'émerillon force, la boîte à roulement surchauffe. Un enrouleur qui coince en navigation, c'est un incident sérieux.

Attendre le premier surf dans la vague pour réduire. À 25 nœuds bord-à-bord, vous aurez 20 à 25 degrés de gîte au moment où vous irez au mât. L'équipier au mât, sous 4 bar de pression d'eau et harnaché court, va mettre deux fois plus de temps qu'au mouillage. Règle simple : quand le vent prévu dépasse les seuils de ce tableau, on réduit au port ou au mouillage avant de partir, pas en mer.

Sources

Pour aller plus loin sur la voilure : voir notre fiche dédiée à l'usage et au réglage des voiles d'avant et notre guide du spi asymétrique pour les allures portantes.

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