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La raie pastenague : biologie, habitat, saisons

Fiche raie pastenague (Dasyatis pastinaca) : élasmobranche à aiguillon venimeux, fonds sablo-vaseux 10-60 m, précautions obligatoires en cas de capture.

Dasyatis pastinaca, la raie pastenague commune, est un élasmobranche présent en Atlantique Est de la Norvège au Sénégal et dans toute la Méditerranée. Taille courante 50 à 100 cm de diamètre de disque, maximum 150 cm pour 10 kg (source : DORIS-FFESSM). Espèce à aiguillon caudal venimeux dangereux pour les pêcheurs et les baigneurs, classée « vulnérable » sur la liste rouge UICN Méditerranée depuis 2016.

Description et identification

Attention, l'identification de cette raie compte autant pour la pêche que pour la sécurité. Corps en forme de losange, disque plus large que long, bords arrondis sans pointes anguleuses. Couleur dos gris-brun uniforme à brun olive, ventre blanc cassé. Queue longue et fine (parfois plus longue que le corps), équipée d'un ou deux aiguillons dentelés de 10 à 15 cm situés à peu près au tiers de la queue.

L'aiguillon est une arme défensive. Dentelé sur les deux bords, il porte un venin produit par des cellules glandulaires situées dans des rainures. Une piqûre provoque une douleur violente immédiate, une inflammation locale sévère, parfois un œdème généralisé, vomissements, chute de tension. Rarement mortelle (le décès le plus célèbre reste celui de Steve Irwin en 2006, touché au thorax), mais toujours très douloureuse.

À ne pas confondre avec la raie bouclée (Raja clavata), qui a des épines dorsales éparpillées sur le dos et pas d'aiguillon caudal, ni avec les pastenagues tropicales (Himantura, Taeniura) parfois rencontrées autour des épaves méditerranéennes. La règle simple : toute raie à queue fine, sans taches et sans épines dorsales, doit être considérée comme potentiellement dangereuse.

Habitat

La pastenague vit sur les fonds meubles à faible et moyenne profondeur. Quatre types d'habitats dominent sur les côtes françaises.

Les plages sablonneuses de 2 à 15 m de fond, où elle s'enfouit pendant la journée, ne laissant dépasser que les yeux et le spiracle (ouverture respiratoire). Très fréquente sur les côtes landaises, girondines, vendéennes, charentaises, dans les baies sablonneuses de Méditerranée (étang de Thau, côte roussillonnaise, baie de Cannes).

Les fonds sablo-vaseux entre 15 et 40 m, zones intermédiaires où elle chasse en fin de journée. C'est là qu'elle est le plus souvent capturée accidentellement par les pêcheurs au poser ou au surfcasting.

Les herbiers de posidonies et de zostères de 10 à 30 m, surtout en Méditerranée. Elle y trouve des crustacés et des petits poissons abondants.

Les vasières profondes de 40 à 60 m, plus rares à rencontrer en pêche de loisir mais connues des professionnels au chalut côtier.

La pastenague tolère des eaux de 10 à 25 °C, reste présente toute l'année en Méditerranée, et migre plus au large en hiver sur les côtes atlantiques.

Saisonnalité

La présence côtière de la raie pastenague suit un cycle saisonnier très marqué sur les côtes atlantiques, moins sur la Méditerranée.

D'avril à septembre : pic de présence sur les plages et les fonds sablonneux côtiers. Les femelles arrivent pour mettre bas entre juin et août. Pratique à savoir pour les baigneurs : les accidents (piqûres) sont concentrés sur juillet-août, sur les plages où la densité de raies et la densité de baigneurs coïncident.

D'octobre à mars : les individus descendent vers le large, sur des fonds de 30 à 60 m. Moins de captures accidentelles en pêche côtière. En Méditerranée, cette migration est bien moins marquée, les raies restent dans la zone côtière toute l'année.

La reproduction est ovovivipare (les œufs se développent dans l'utérus maternel). Gestation d'environ 4 mois, mise bas de 4 à 9 petits de 8 à 13 cm de diamètre directement autonomes, entre juin et août selon les façades.

Alimentation

La pastenague chasse la nuit principalement, enfouie dans le sable le jour pour s'économiser et échapper à ses prédateurs (grands requins pour les juvéniles, orques ponctuellement en Atlantique Nord). Régime alimentaire dominé par les invertébrés benthiques : crabes, crevettes, vers polychètes (arénicoles, néréis), bivalves (palourdes, coques) qu'elle broie entre ses plaques dentaires aplaties.

Elle complète avec des petits poissons de sable (gobies, petites soles) qu'elle capture en se laissant tomber sur eux depuis un vol rasant. Sa bouche ventrale l'oblige à nager au-dessus de la proie puis à descendre dessus, mécanique très reconnaissable en plongée de nuit.

Cette alimentation benthique explique pourquoi elle est souvent capturée accidentellement sur les montages à poser destinés au bar ou à la dorade : ver marin ou crabe sur un hameçon fort sur le fond, c'est exactement ce qu'elle cherche.

Conservation

La raie pastenague est classée « vulnérable » sur la liste rouge UICN Méditerranée depuis 2016. Les populations ont baissé fortement au XXe siècle à cause de la pêche au chalut benthique qui les capture en prise accessoire. Son cycle biologique lent (maturité sexuelle à 4-6 ans, 4 à 9 petits par an seulement) la rend particulièrement vulnérable à la surpêche.

Aucun texte français n'impose de relâchement obligatoire, mais la bonne pratique côté plaisance est claire : relâcher systématiquement toute pastenague capturée, sans essayer de décrocher l'hameçon au corps. Couper le bas de ligne près de la bouche est souvent la solution la plus sûre pour le poisson et pour le pêcheur.

Taille mini et réglementation

Pas de taille minimale réglementaire en France pour la pastenague commune en pêche de loisir. Pas non plus de quota spécifique : elle rentre dans le quota global plaisance de 10 prises par pêcheur et par jour. En zone méditerranéenne, certains arrêtés préfectoraux (Corse, PACA) recommandent sa remise à l'eau mais ne l'imposent pas.

Précautions obligatoires en cas de capture : ne jamais saisir le poisson par la queue, toujours par les bords du disque en portant des gants épais. L'aiguillon peut rester planté dans un doigt à travers une paire de gants fins. Si le pêcheur est piqué, plonger immédiatement la zone touchée dans de l'eau aussi chaude que possible (45 °C minimum pendant 30 à 90 minutes : la toxine est thermolabile et se dégrade à la chaleur), puis consultation médicale obligatoire pour retrait de fragments et vérification tétanos.

Pêche associée

La pastenague se capture presque uniquement en prise accessoire, pas en pêche ciblée. Les trois situations où on a le plus de risques d'en accrocher une :

Pêche au poser avec ver marin ou crabe sur les plages sablonneuses d'avril à septembre. Un esche de fond sur un hameçon fort (taille 2/0 à 5/0) est sa cible favorite.

Surfcasting de nuit en été sur les côtes vendéennes et aquitaines : les prises de raies pastenagues dépassent parfois les prises de bar au rang des plus nombreuses.

Pêche à la cane-à-sable ou au quiver en été en Méditerranée, sur des fonds à 10 à 25 m, souvent à la montée du jour.

Si tu en accroches une, pense à trois choses. Un, utilise une épuisette large (les raies sont lourdes et peu maniables à bord). Deux, pose-la sur le pont, aiguillon vers l'extérieur, et neutralise la queue en posant un chiffon épais ou un pied sur la base de la queue (pas sur l'aiguillon). Trois, coupe le bas de ligne au plus près de la bouche et remets à l'eau. N'essaie jamais de décrocher l'hameçon à la main.

Pour un autre élasmobranche présent en Méditerranée mais au statut très différent, voir la pêche du mérou et sa réglementation en Corse, une espèce protégée qui illustre l'autre bout du spectre pour les pêcheurs.

Sources

  • DORIS-FFESSM, fiche Dasyatis pastinaca : https://doris.ffessm.fr/Especes/Dasyatis-pastinaca-Pastenague-commune-243
  • UICN Liste rouge, évaluation Dasyatis pastinaca Méditerranée (2016)
  • Ifremer, fiches espèces élasmobranches
  • ANSES, recommandations piqûres de raie (thermolyse)

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