Résumé
Camille, 33 ans, ancienne consultante RH, et Jules, 35 ans, développeur freelance, vivent depuis avril 2022 sur leur Sun Odyssey 39i acheté 89 000 euros à Hyères. Budget mensuel moyen 2 600 euros tout compris. Hivernage à La Seyne-sur-Mer, été en Corse et Sardaigne. Trois ans après leur largage, ils font le bilan sans filtre, entre liberté retrouvée et fatigue d'un mode de vie plus exigeant qu'il n'y paraît.
Le déclic
J'ai rencontré Camille et Jules à Bonifacio en septembre 2025, port de Cala di Sciumara, mouillage sud-ouest. Leur voilier, baptisé "Demain peut-être", se reconnaît à son taud de cockpit en toile beige et son ancre Spade 30 kg surdimensionnée pour un 39 pieds.
"On parlait de partir depuis dix ans", raconte Camille en sortant deux mugs de café dans le carré. "L'idée a pris vraiment forme pendant le confinement de 2020. On était en télétravail tous les deux, dans 35 m² à Lyon, et on s'est dit que rien ne nous obligeait à rester là."
Ils ont mis dix-huit mois à passer du fantasme à la réalité. Visite de bateaux pendant un an, formations (permis hauturier pour Jules, Yachtmaster Coastal pour Camille), revente de l'appartement lyonnais en novembre 2021, installation sur le bateau en avril 2022.
Le bateau
Le Sun Odyssey 39i de 2010 a été choisi après une vingtaine de visites. "On voulait un compromis croisière-confort qu'on puisse manœuvrer à deux sans souffrir, raconte Jules. Pas besoin de 45 pieds avec une cabine invités qui sert trois fois par an."
Achat 89 000 euros en mars 2022, plus 18 000 euros de travaux la première année : refonte de l'électronique (Raymarine Axiom 9), pilote automatique sous-pont, panneaux solaires 600 watts, désalinisateur Schenker Modular 30 litres-heure, batteries lithium 400 Ah.
Voilure d'origine remplacée la deuxième année (5 200 euros chez North Sails Hyères pour un jeu génois-grand-voile en Dacron renforcé). Aujourd'hui, Jules estime la valeur du bateau à 95 000 euros environ, équipement compris.
Le rythme d'une année
Hivernage de novembre à mars à La Seyne-sur-Mer, port choisi pour son tarif raisonnable (3 800 euros l'année à l'eau pour 12 m), sa proximité des transports (TGV Toulon à 25 minutes) et sa communauté de liveaboards.
Avril, cabotage côte Var et Côte d'Azur. Mai-juin, traversée vers la Corse, étapes habituelles à Saint-Florent, Calvi, Galéria, Girolata. Juillet, descente en Sardaigne (La Maddalena, Costa Smeralda jusqu'à Cala Goloritzé). Août, retour vers la Corse pour fuir la foule sarde. Septembre-octobre, lente remontée vers le continent par les îles de Lérins.
Les hivers ne sont pas immobiles. "On bosse beaucoup, dit Camille, qui a repris une activité freelance en accompagnement RH à distance. Décembre, janvier, février, c'est nos mois de revenus principaux."
Le budget réel
Ils tiennent un fichier partagé que Jules m'a montré sans pudeur. Sur 2024-2025 :
- Place de port hivernale : 320 euros par mois en moyenne (3 800 euros annualisés sur 12 mois)
- Mouillages et passages d'été : 480 euros par mois (juin-octobre, ports payants Sardaigne et Corse en pointe)
- Carburant gazole : 95 euros par mois
- Assurance et entretien planifié : 220 euros par mois (hivernage, antifouling annuel, carénage tous les deux ans)
- Avitaillement et alimentation : 720 euros par mois pour deux
- Mutuelle, téléphone, internet 4G+ marine : 180 euros par mois
- Imprévus et réparations : 350 euros par mois (moyenne lissée, certaines factures imprévues à 1 500 euros)
- Loisirs et restaurants : 240 euros par mois
Total moyen 2 605 euros par mois, soit 31 260 euros annuels pour deux. "C'est moins cher que notre vie lyonnaise, où on dépassait facilement 4 000 euros par mois", glisse Camille.
Les doutes
"Les gens imaginent une vie de carte postale, mais c'est aussi beaucoup de travail", reconnaît Jules. La maintenance technique mange 8 à 10 heures par semaine en moyenne. La promiscuité dans 11,90 m demande une discipline relationnelle. Les hivers sont parfois sombres et humides, le moral pique.
Camille évoque la question de la maternité, qu'ils n'ont pas tranchée. "Si on veut un enfant, ça ne se fera pas sur ce bateau. Trop petit, trop instable. On reverra le projet d'ici deux ans."
L'isolement social existe aussi. "Nos amis lyonnais ne nous voient plus que deux à trois fois par an. Les nouvelles amitiés sur les ports sont fortes mais transitoires, les gens partent."
Et après
Pour 2026, ils envisagent une descente vers les Baléares en juin, puis l'Espagne continentale. Au-delà, ils n'excluent pas une transat (projet 2027-2028), avec préparation matérielle conséquente.
"On ne vendra pas le bateau", tranche Jules. "Si on revient à terre, on louera la coque à l'année et on partira régulièrement. C'est devenu une part de nous."
Pour suivre des récits similaires, voir notre portrait de Solène en solo sur son Pogo et l'itinéraire annuel d'un couple en Atlantique. BoatMap recense les ports d'hivernage abordables et les mouillages saisonniers utiles aux liveaboards.
