Provence

Toulon et son arsenal : quatre siècles de Marine nationale

L'arsenal de Toulon, premier port militaire de France : histoire, visite et héritage de quatre siècles d'activité navale.

Résumé

Toulon abrite le premier port militaire de France, créé sous Henri IV et profondément transformé par Vauban. Quatre siècles plus tard, l'arsenal reste le port d'attache de la flotte méditerranéenne, dont le porte-avions Charles de Gaulle. Une visite ouverte au public depuis quelques années.

Une rade exceptionnelle

La rade de Toulon est l'une des plus belles d'Europe. Longue de plus de huit kilomètres, large de trois, profonde de plus de quarante mètres dans sa partie centrale, elle est protégée par les pointes du cap Sicié à l'ouest et de la presqu'île de Saint-Mandrier au sud. Les anciens marins de la voile la considéraient comme l'abri le plus sûr de la Méditerranée occidentale.

Cette géographie a déterminé son destin militaire. Henri IV, en 1599, décide d'y installer un arsenal royal pour la flotte de Méditerranée, jusqu'alors dispersée entre Marseille et les îles d'Hyères. Le choix se confirme avec Richelieu, qui en fait le port principal des galères royales, puis avec Colbert qui structure l'ensemble en un arsenal moderne capable de construire et d'entretenir des vaisseaux de ligne.

L'œuvre de Vauban

À partir de 1679, Vauban transforme radicalement Toulon. Il conçoit un système défensif global : remparts terrestres, redoutes en hauteur sur le mont Faron, fortifications maritimes à l'entrée de la rade. La darse Vauban, terminée en 1700, devient l'un des bassins les plus modernes de son temps. Elle peut accueillir simultanément quinze vaisseaux de ligne en armement.

Cette darse existe toujours aujourd'hui. Elle constitue le cœur historique de l'arsenal et reste utilisée pour les bâtiments légers de la Marine nationale. Le porche d'entrée, sculpté par Pierre Puget, est l'un des chefs-d'œuvre de la sculpture monumentale du Grand Siècle.

Le siège de 1793

Toulon vit en 1793 l'un des épisodes les plus violents de son histoire. La ville se rend aux Anglais et aux Espagnols pendant la Révolution, en révolte contre la Convention. La République envoie une armée pour reprendre la place. Parmi les officiers d'artillerie, un jeune capitaine corse de 24 ans : Napoléon Bonaparte.

C'est lui qui conçoit le plan d'attaque sur le fort de l'Eguillette, position clé qui domine l'entrée de la rade. La prise du fort le 17 décembre 1793 oblige la flotte alliée à se retirer. Toulon tombe le lendemain. Bonaparte est promu général de brigade à 24 ans. Sa carrière commence là.

Le XXe siècle et le sabordage

La Première Guerre mondiale fait de Toulon le port d'embarquement principal pour les troupes d'Afrique du Nord et la base avancée de la flotte alliée en Méditerranée. La Seconde Guerre est plus tragique. Le 27 novembre 1942, alors que les Allemands franchissent la ligne de démarcation et envahissent la zone libre, l'amiral de Laborde donne l'ordre de saborder la flotte plutôt que de la livrer.

En quelques heures, 75 navires sont coulés dans la rade : trois cuirassés, sept croiseurs, 32 destroyers, 16 sous-marins. Les épaves restent visibles pendant des années avant d'être progressivement renflouées. C'est l'un des plus grands sabordages de l'histoire navale, et il marque profondément la mémoire toulonnaise.

La reconstruction d'après-guerre

L'arsenal sort de la guerre largement détruit. Sa reconstruction occupe les années 1945-1965, avec le développement progressif des installations modernes : nouveaux bassins de radoub, ateliers de mécanique, centre d'essais en mer. La force océanique stratégique s'y installe en partie dans les années 1960, avec les premiers sous-marins nucléaires lanceurs d'engins.

Aujourd'hui, l'arsenal couvre plus de 270 hectares de plan d'eau et 270 hectares à terre. Il emploie environ 8 000 civils et 12 000 militaires. C'est le premier employeur du Var et l'une des plus grandes installations industrielles du sud de la France. Le porte-avions Charles de Gaulle y a son port d'attache, ainsi que la majorité des frégates et sous-marins de la flotte de Méditerranée.

Le musée et la visite

Le musée national de la Marine de Toulon, installé sur le carré du Port, retrace cette histoire avec des maquettes monumentales, des figures de proue d'origine et une collection exceptionnelle de tableaux de marine. La porte de l'Arsenal, monumentale entrée datée de 1738, en marque l'accès.

Depuis 2015, des visites guidées permettent au public de pénétrer dans une partie de l'arsenal lui-même : les bassins Vauban, les ateliers de tradition, le bagne ancien partiellement conservé. La visite se fait sur réservation et passe par un contrôle d'identité, l'arsenal restant zone militaire active.

Pour un plaisancier, la rade de Toulon est entièrement ouverte à la navigation civile dans sa partie est et sud. La partie ouest, dite petite rade, est zone militaire interdite aux civils. Le port de plaisance principal est Toulon Vieille Darse, en plein centre-ville, avec un accès direct au cours Lafayette et à la vieille ville.

La rade extérieure offre plusieurs mouillages selon la météo : la baie du Lazaret côté Saint-Mandrier, l'anse du Mourillon en cas de mistral fort. La protection y est excellente sauf par vent du sud, rare mais possible.

Préparer une escale à Toulon, c'est connaître les zones autorisées, anticiper le trafic militaire et choisir un mouillage adapté. Sur BoatMap, la fiche de la rade et les itinéraires côtiers du Var oriental regroupent ces informations, partagées par les plaisanciers du secteur.

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