Corsica

Pêche au mérou en Corse : zones, périodes, interdictions

Moratoire 2023-2033 sur tous les mérous de Corse : espèces concernées, zones strictes (Scandola, Bonifacio), amendes, ce qu'il reste autorisé.

Un gars à Calvi, 2022. Il sort un mérou brun de 4 kg au jig en bordure d'une tête de roche à la Revellata. Il le rentre, fier. À la descente du bateau, contrôle aléatoire de la gendarmerie maritime. 1 500 euros d'amende, matériel saisi, convocation au tribunal de police. Le mérou, relâché mort. C'est la seule histoire de pêche corse qu'un ami m'a racontée trois fois, à trois étés différents, comme on raconte un accident de route pour éviter qu'il se reproduise.

Depuis le 22 décembre 2023, la Corse a reconduit pour dix ans son moratoire. Jusqu'au 22 décembre 2033, tous les mérous et le corb sont interdits à la pêche de loisir, par tous moyens, sur toute la façade corse. Si vous visez le poisson trophée, oubliez. Si vous visez le pélagique ou le poisson de roche classique, cette fiche vous dit où vous avez le droit de laisser descendre un leurre, et où le simple fait de toucher un mérou au hameçon (même relâché) vous met en infraction.

Les espèces concernées, précisément

Le moratoire corse couvre six espèces, pas une seule comme on l'entend encore sur les pontons.

  • Mérou brun (Epinephelus marginatus) : le plus connu, celui des photos, gris-brun avec des taches claires. Jusqu'à 150 cm pour 100 kg, durée de vie moyenne 50 ans. Classé EN (En Danger) sur la liste rouge mondiale de l'UICN.
  • Mérou blanc (Epinephelus aeneus) : plus clair, moins fréquent en Corse.
  • Mérou gris (Epinephelus caninus) : profond, plutôt rare en plaisance.
  • Mérou royal (Mycteroperca rubra) : coloration rougeâtre, présent sur les tombants sud.
  • Badèche (Epinephelus costae) : celle qu'on confond le plus souvent avec un denti juvénile.
  • Corb (Sciaena umbra) : pas un mérou mais logé au même régime, posé dans les failles rocheuses.

S'y ajoute, par arrêté distinct mais aligné dans le même esprit, le cernier commun (Polyprion americanus) : taille minimale officielle 45 cm en Méditerranée, interdit en chasse sous-marine, et pour la pêche à la ligne au large des tombants corses la prudence commande de le relâcher vivant (les populations sont classées NT, quasi-menacées, par l'UICN depuis 2015).

Retenez le réflexe : si vous sortez un poisson à large bouche, robe tachée, poché dans une faille ou une grotte sous 10 à 40 mètres, vous décrochez dans l'eau et vous le laissez repartir. Pas de remontée dans l'épuisette pour la photo. Pas de relâcher sur le ponton.

Le cadre juridique en une page

Trois textes structurent la saison 2026 en Corse.

L'arrêté de la préfecture de région Corse N° R20/002 du 20 décembre 2023 reconduit pour 10 ans, à compter du 22 décembre 2023, l'interdiction de pêche de loisir au moyen d'hameçons, lignes, palangres et palangrottes pour les cinq espèces de mérous et le corb. Il étend le moratoire à quatre espèces de mérous supplémentaires par rapport au précédent texte.

La chasse sous-marine est couverte par un arrêté ministériel parallèle de fin 2023, qui reconduit pour 10 ans également l'interdiction de tir des mérous et du corb en Méditerranée française. Même fenêtre, même durée, jusqu'au 22 décembre 2033.

Le moratoire historique : à titre de repère, le premier moratoire sur la chasse sous-marine du mérou date de 1993, puis a été étendu à la pêche à l'hameçon en 2003. On en est à la troisième reconduction. À la consultation publique de 2023, 96,51 % des avis étaient favorables à la reconduction (676 avis favorables sur 685 reçus pour le mérou, 667 sur 673 pour le corb). Autrement dit : la profession, les plaisanciers sérieux et les associations sont d'accord. Le moratoire n'est pas contesté, il est attendu.

Pourquoi ces règles, et pourquoi elles mordent encore en 2026

Le mérou est un poisson à maturité sexuelle tardive. Il se reproduit vers 3 à 5 ans comme femelle, bascule mâle vers 9 à 12 ans (hermaphrodisme successif), et les grands reproducteurs n'apparaissent qu'à 15 ans et plus. Une population effondrée met 30 à 40 ans à remonter, pas une décennie. C'est pour ça que malgré 30 ans de protection en Corse, les biologistes de l'Office français de la biodiversité et du GEM (Groupe d'étude du mérou) parlent d'une reconstitution réelle mais lente, avec une densité encore très inférieure à celle observée en Sicile ou dans les réserves italiennes gérées depuis plus longtemps.

La Corse concentre, aujourd'hui, une part significative de la population de mérous bruns de Méditerranée française, en grande partie grâce aux réserves (Scandola créée en 1975, Bouches de Bonifacio en 1999). Chaque mérou adulte prélevé, c'est une fraction non négligeable d'un stock qui met une génération humaine à se reconstituer. Voilà la raison biologique pour laquelle même un mérou "par accident" compte.

Les zones où la règle se durcit encore

Le moratoire s'applique partout en Corse. Mais dans les réserves, vous passez du "interdit de garder" au "interdit de pêcher tout court".

Réserve naturelle de Scandola : créée par décret du 9 décembre 1975, 1 669 hectares au total dont environ 650 marins et 70 hectares en protection intégrale. Toute forme de pêche (ligne, traîne, apnée) est strictement interdite sur l'ensemble du périmètre marin. Les vedettes de surveillance de l'OEC passent régulièrement. Sanctuarisation renforcée depuis 2020 sur la zone intégrale : mouillage lui aussi interdit.

Réserve naturelle des Bouches de Bonifacio : créée par décret du 23 septembre 1999, la plus grande réserve marine française par superficie. Les règles s'empilent :

  • Zones de protection renforcée (environ 12 000 hectares) : pêche autorisée uniquement depuis un bateau, pas depuis le rivage, règles spécifiques sur les engins.
  • Zones de non-prélèvement (environ 1 200 hectares) : toute pêche interdite, même à la palangrotte, même en relâcher. Six zones distinctes dessinées dans les annexes cartographiques de l'arrêté du préfet de Corse.
  • Archipel des Lavezzi : en zone de non-prélèvement pour une grande part, pêche interdite depuis plus de vingt ans sur cette partie.

Parc naturel marin du Cap Corse et des Agriate : depuis le 10 décembre 2024, autorisation annuelle obligatoire pour toute pêche de loisir dans le périmètre, avec déclaration des captures en fin de saison. Le moratoire mérou-corb s'y applique comme partout.

À mettre dans le GPS avant d'ouvrir la canne : les contours officiels sont publiés par l'Office de l'Environnement de la Corse (oec.corsica) et la Direction interrégionale de la mer Méditerranée. La cartographie marine de l'app BoatMap affiche les limites de ces réserves hors-ligne, utile quand la 4G lâche au large de Girolata ou de Cavallo.

Ce qu'il reste autorisé (et comment éviter la faute par accident)

La pêche plaisance n'est pas interdite en Corse. Elle est sélective.

Restent pêchables, dans le respect des tailles et quotas de Méditerranée :

  • Denti (40 cm mini, 1 par personne et 2 maxi par bateau en chasse embarquée ; repos biologique du 15 mars au 15 avril).
  • Dorade royale, pageot, sar commun (23 cm), sar à tête noire, oblade, loup-bar (30 cm en Méditerranée).
  • Chapon, pagre commun, sériole, bonite, thon rouge (sous conditions strictes : AAP, 30 kg mini, période avril-novembre, autorisation nominative).
  • Calamars, seiches, poulpes.

Pour éviter la prise accidentelle de mérou :

  • En traîne lente sur tombants rocheux entre 10 et 40 m : évitez les appâts à la verticale trop près de la roche. Les mérous juvéniles tombent sur les vifs ou les lames plombées qui travaillent à 2 m du fond.
  • Si vous touchez, décrochez dans l'eau sans sortir le poisson. Coupez le bas de ligne au pire. Notez l'heure, la position, la taille estimée. Les données de signalement remontent au programme de suivi des populations porté par l'OFB et le GEM.
  • Pas de photo hors de l'eau. Le stress de sortie réduit les chances de survie, et le stress administratif d'un contrôle sur pavillon d'un mérou en train de flotter en surface sera pire.

Les sanctions, concrètement

L'infraction à un arrêté préfectoral de protection est une contravention de 5e classe : amende jusqu'à 1 500 euros en première infraction, 3 000 euros en récidive. Le tribunal de police peut ordonner la confiscation du matériel (cannes, moulinets, poisson, et dans les cas lourds de l'embarcation). Pour les infractions les plus graves (pêche dans une réserve en zone de non-prélèvement, infractions multiples, pêche commerciale déguisée en loisir), les sanctions prévues par le Code rural et de la pêche maritime peuvent monter jusqu'à 22 500 euros et être requalifiées en délit.

L'amende n'est pas théorique. La Préfecture maritime de la Méditerranée et la gendarmerie maritime publient chaque année le bilan des contrôles estivaux. En Corse, les zones surveillées en priorité sont Bonifacio, Calvi et Scandola, avec vedettes et drones depuis 2023.

Ce que je dis à ceux qui viennent pêcher en Corse pour la première fois

Ne partez pas sur l'idée "je relâcherai si j'en sors un". Le moratoire couvre la capture, pas seulement la détention. Un mérou ferré est déjà une infraction, même relâché vivant. L'approche qui protège le pêcheur et l'espèce : vous choisissez volontairement les zones et les techniques qui excluent le mérou. Traîne à pélagique au large, surfcasting sur plages, leurres de surface sur les pointes, calamar au jig depuis le bord. Le mérou préfère la faille à 15-35 m, le tombant rocheux, la grotte. Pêchez ailleurs.

Pour la réglementation qui cadre l'ensemble de la façade (tailles minimales, AAP thon rouge, RecFishing), je renvoie à la réglementation pêche plaisance en Méditerranée 2026. Pour la fenêtre saison par saison, voir le calendrier pêche plaisance 2026. Les quotas par espèce sont synthétisés dans le tableau des quotas 2026.

Vous partez de Solenzara ? Le port de Solenzara reste la base la plus pratique pour descendre vers Bonifacio en évitant les zones sensibles de Scandola côté nord.

Une dernière chose. Le mérou qui vous passe sous le bateau à 3 mètres, placide, gros bec ouvert, vous le regardez. Vous le laissez. Vous prenez la photo si vous voulez, palmes et masque. Vous repartez. C'est ça, pêcher en Corse en 2026 : accepter que certains poissons ne sont plus au menu, parce que 30 ans de protection commencent, lentement, à redonner quelque chose au plan d'eau. Les briser aujourd'hui, c'est réenclencher 30 ans de vide.

Sources

  • Arrêté de la préfecture de région Corse N° R20/002 du 20 décembre 2023, reconduction du moratoire pour 10 ans. Source : préfecture de Corse, communiqué du 22 décembre 2023 "Reconduction des moratoires sur la pêche du corb et du mérou pour 10 ans".
  • Taille minimale mérou plaisance 45 cm (historique) : arrêté ministériel du 26/10/2012 modifié. Taille cernier commun 45 cm en Méditerranée : même arrêté.
  • Durée de vie mérou brun 50 ans, taille maxi 150 cm / 100 kg : DORIS FFESSM, fiche Epinephelus marginatus. Liste rouge UICN mondiale : statut EN.
  • Réserve naturelle de Scandola : décret du 9 décembre 1975, 1 669 ha dont environ 650 marins et 70 ha en protection intégrale. Source : Office de l'Environnement de la Corse.
  • Réserve naturelle des Bouches de Bonifacio : décret du 23 septembre 1999, zones de protection renforcée 12 000 ha, zones de non-prélèvement 1 200 ha. Source : Légifrance, OEC, Aida INERIS.
  • Consultation publique 2023 : 96,51 % d'avis favorables à la reconduction mérou, 97,57 % corb. Source : préfecture de Corse, communiqué presse janvier 2024.
  • Contravention de 5e classe : 1 500 euros maximum, 3 000 euros en récidive (article 131-13 du code pénal). Sanctions pêche maritime : jusqu'à 22 500 euros (articles L945-1 et suivants du code rural et de la pêche maritime, Légifrance).
  • Parc naturel marin du Cap Corse et des Agriate, autorisation annuelle pêche de loisir en vigueur depuis le 10 décembre 2024. Source : site officiel du Parc.

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