Provence

Panne moteur en baie de Cassis : ce que j'ai appris sur le remorquage

Récit d'une panne moteur en baie de Cassis : le diagnostic, les choix, l'appel à l'assistance et les leçons retenues sur la procédure de remorquage.

Résumé

Panne moteur sur un Sun Odyssey 349 à 1,5 mille au sud du cap Canaille, vent de sud-est 18 nœuds, mer 1 mètre. Diagnostic en 20 minutes (filtre à gasoil colmaté), tentative de redémarrage infructueuse, appel à la SNSM de Cassis à 16h40, prise en remorque à 17h25, rentrée au port à 18h10. Un sinistre banal qui a coûté 0 euro grâce au bénévolat SNSM, mais qui m'a forcé à revoir trois habitudes.

Le moment où ça lâche

Nous rentrions des calanques de Port-Pin avec ma compagne et deux invités. Vent de SE qui se levait depuis l'entrée du chenal, mer formée mais pas méchante. À 1,5 mille du cap Canaille, route au 320, le diesel commence à tousser, perd ses tours, repart, retousse, cale. Pas de fumée noire, pas de bruit suspect, juste l'arrêt sec.

Réflexe immédiat : voile. Le génois sort, on prend de l'erre au largue. La grande voile reste empochée, pas le temps de hisser à quatre dans le cockpit. Le bateau tient son cap à 4 nœuds, l'urgence retombe.

Le diagnostic dans les vagues

J'ouvre le capot moteur. Un Yanmar 3YM30 de 2018, 480 heures, entretenu en mars dernier. Coup d'œil aux niveaux : huile OK, eau OK. Le préfiltre Racor montre une bulle d'air et de l'eau au fond du bol. Voilà.

J'essaie de purger en actionnant la pompe d'amorçage manuelle. Une trentaine de coups, redémarrage, le moteur tourne 90 secondes puis cale à nouveau. Le filtre principal est probablement colmaté lui aussi, et je n'ai pas de filtre de rechange à bord. Erreur numéro un.

La décision

À 16h30, le vent monte à 22 nœuds en rafales, on dérive vers la côte rocheuse à 2 nœuds. À la voile seule sur ce bord, je mettrais 2 heures pour rejoindre Cassis et l'entrée du port se prend mal au près serré dans 20 nœuds établis. J'appelle le 196 (numéro unique des secours en mer).

Le CROSS La Garde répond en 30 secondes, prend la position GPS, le nombre de personnes, l'état du bateau. Je ne suis pas en détresse, juste en panne. Le CROSS bascule l'appel sur la SNSM de Cassis qui sort la vedette de la station.

Le remorquage

La vedette arrive en 35 minutes. Le patron passe au vent, m'envoie un bout flottant lesté, je l'amarre sur le davier en double tour mort sur la bitte d'amarrage avant. Vitesse de remorquage : 4,5 nœuds, longueur de remorque ajustée pour que les deux bateaux soient en phase sur la houle (crête sur crête).

Trois consignes que le patron m'a données :

  1. Barreur en permanence, le bateau remorqué doit suivre le sillage exact de la vedette
  2. Ne jamais larguer la remorque sans concertation VHF, même si je pense avoir le contrôle
  3. Préparer une amarre de relais pour la manœuvre d'entrée au port, où la SNSM passe en remorque courte

L'entrée au port s'est faite en abordage parallèle (la vedette se met bord à bord et me pousse à quai). Aucun choc, aucune rayure.

Ce que ça m'a coûté

Rien. La SNSM est bénévole et fonctionne au don. J'ai versé 200 euros à la station de Cassis le lendemain, ce qui reste très inférieur aux 800 à 1500 euros qu'aurait facturés un remorqueur privé. La cotisation annuelle SNSM (50 euros) couvre symboliquement ces interventions.

Les trois habitudes que j'ai changées

Premièrement, j'ai ajouté un kit pannes complet : 2 filtres Racor de rechange, 2 filtres moteur, 5 litres de gasoil propre dans un jerrican étanche, et le bon d'outils pour saigner le circuit. Coût : 90 euros.

Deuxièmement, je purge le décanteur Racor avant chaque sortie de plus de 4 heures. 30 secondes, ça évite 80 % des pannes de gasoil.

Troisièmement, je vérifie que la grande voile peut être hissée seul en moins de 2 minutes. J'ai changé les coulisseaux pour des chariots à billes, et le ris automatique fonctionne désormais sans grimper sur le rouf.

Pourquoi je raconte ça

Une panne moteur arrive à tout le monde. Ce qui distingue le bon plaisancier, c'est sa capacité à passer du diagnostic à la décision sans s'enfermer dans le déni. J'aurais pu insister 2 heures à essayer de redémarrer, dériver vers le cap Canaille, et créer un vrai problème. L'appel au 196 n'est pas un aveu d'échec : c'est un outil parmi d'autres.

Pour préparer ses sorties dans le secteur, voir aussi /blog/calanques-marseille-cassis-mouillages.

La leçon

La mer pardonne mal l'absence d'anticipation. Avoir des filtres à bord, une voile prête, et un numéro d'urgence en tête de liste VHF, ça change tout. Le reste, c'est de la barre.

Sur BoatMap, je note systématiquement les conditions de chaque sortie et les incidents techniques. Ça aide à voir venir les pannes avant qu'elles n'arrivent.

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