Résumé
Voilier de croisière de 14,60 m (coque 13,65 m) dessiné par Pascal Conq (Finot-Conq) avec intérieurs Nauta Design, lancé par Bénéteau au Cannes Yachting Festival 2018 et sacré European Yacht of the Year 2019 dans la catégorie Family Cruiser. Tirant d'eau 1,75 m ou 2,35 m selon version quille, motorisation Yanmar 57 ch. Budget neuf 2026 autour de 320 000 à 360 000 euros en configuration standard, occasion d'un millésime 2020 entre 290 000 et 340 000 euros selon équipement et port.
Ce que le 46.1 change par rapport au 45
L'Océanis 46.1 remplace l'Oceanis 45 dans la gamme Bénéteau depuis 2018. Sur le papier, c'est une évolution. Sur l'eau, c'est un bateau différent. Pascal Conq a dessiné une nouvelle coque avec un redan (chine) marqué qui descend de la proue jusqu'au tableau arrière, directement inspiré de ce qui avait été fait sur le 51.1 en 2017. Le cabinet Nauta (Milan) a repris le pont et les aménagements intérieurs.
Le gain n'est pas cosmétique. Ce redan permet d'élargir le volume à l'intérieur sans gonfler la surface mouillée, donc sans plomber les performances à la voile. C'est la même idée que les formes Mini-Transat arrivent à grande série : plus de volume habitable à bord, sans renoncer au plaisir de barre par petit temps.
Le 46.1 a été annoncé European Yacht of the Year le 19 janvier 2019 au salon boot Düsseldorf, après des essais jury tenus en Espagne du 15 au 18 octobre 2018. Dans la catégorie Family Cruiser, il a devancé des concurrents directs comme le Dufour 430 et le Hanse 458 (source : communiqué Bénéteau, janvier 2019).
Fiche technique
Chiffres officiels du chantier, à confirmer auprès du concessionnaire pour le millésime exact (quelques cotes secondaires ont bougé entre 2019 et 2024).
- Longueur hors tout : 14,60 m
- Longueur de coque : 13,65 m
- Longueur à la flottaison : 13,20 m
- Bau maxi : 4,50 m
- Tirant d'eau version GTE (grand tirant d'eau, quille en plomb) : 2,35 m
- Tirant d'eau version court : 1,75 m
- Déplacement lège : environ 10 800 kg selon finition
- Lest : environ 2 700 kg
- Surface de voile au près (GV + génois ou solent) : 99 m² en version First Line, 85 m² en version GV à enrouleur
- Moteur d'origine : Yanmar diesel 57 ch, sail drive
- Réservoir carburant : 200 litres
- Réservoir eau douce : 330 à 615 litres selon options
- Catégorie CE : A (hauturier, jusqu'à 10 personnes)
- Architecte : Finot-Conq (plan Pascal Conq)
- Design pont et intérieur : Nauta Design
Deux versions principales en gamme : la configuration standard (GV à enrouleur, winches à portée du barreur, tirant d'eau au choix) et la version First Line avec mât rallongé d'un mètre, surface de voile augmentée de 28 %, accastillage Harken et quille à bulbe plomb (source : Bénéteau, fiche produit 46.1).
Comportement en grande croisière
C'est le créneau visé par Bénéteau : le couple ou la famille qui veut partir 3 semaines en Méditerranée l'été, passer l'automne en Atlantique, traverser éventuellement vers les Canaries ou les Antilles.
Sur le dossier performances, le 46.1 n'est pas un bateau sec. Vent arrière, la carène à redan se laisse glisser sans broncher, avec des pointes à 8-9 nœuds sous spi dans 15 nœuds de vent apparent. Au près, il lève un peu le nez dans le clapot court de Méditerranée : c'est le compromis qu'on paye avec un avant volumineux. Dans la houle longue atlantique, le comportement est plus naturel, les mouvements verticaux mieux amortis.
Le vrai atout pour le long cours, c'est la gestion en équipage réduit. Deux barres de safran indépendantes, winches à portée du barreur, GV à enrouleur et bout-dehors rétractable en option pour le code 0 : une personne peut manœuvrer le bateau seule en pleine nuit sans quitter la barre. Sur un voilier de 14,60 m, ce n'est pas anodin. Un couple qui prend son premier 14 mètres galère en général pendant deux saisons avant de trouver ses marques. Sur le 46.1, la courbe d'adaptation est plus courte.
Le moteur 57 ch à 2 400 tr/min tient une moyenne de 7 nœuds dans la plate, et consomme environ 4 litres/heure à cette allure. Le réservoir de 200 litres donne donc une autonomie au moteur autour de 350 milles théoriques, 280 milles en réalité quand il y a un peu de clapot. Pour un voyage côtier, c'est suffisant. Pour une transat moteur, il faut des bidons à bord, comme sur toute la gamme Oceanis d'ailleurs.
Pour comparer, voir mon retour sur l'Océanis 40.1 qui vise le même usage sur un gabarit plus compact.
Le pont et l'intérieur Nauta
Le vrai apport de Nauta Design, c'est la circulation. Sur un 14 mètres habitable, les mètres carrés ne manquent pas, mais beaucoup de concurrents ont des cloisons mal placées, des passages étroits, des rangements inaccessibles. Le 46.1 a été pensé autrement.
Le carré central est ouvert sur la cuisine (en L ou linéaire au choix), avec table fixe à 6 couverts et banquette en U qui se transforme en couchette d'appoint. La descente arrive au milieu, pas à l'arrière : impact immédiat, la zone vie reste lumineuse même par mauvais temps porte fermée. Les grands hublots de coque (signature design depuis le 51.1) font entrer la lumière directement au cœur du carré.
Côté cabines : le 46.1 se configure en 3, 4 ou 5 cabines selon le programme.
- Version propriétaire 3 cabines : suite avant avec salle de bain privative et cabine double, plus deux cabines doubles arrière. Configuration famille ou couple qui reçoit.
- Version 4 cabines : cabine avant double, deux cabines arrière doubles, plus une cabine avant bâbord supplémentaire. Utilisée en charter.
- Version 5 cabines : pour les bases charter intensives, densité maximale.
Pour un usage famille, la 3 cabines est la seule qui fait sens. Les 4 et 5 cabines sacrifient trop de rangement et transforment la cabine avant en placard.
Neuf en 2026 : le budget réel
Bénéteau ne publie pas de prix catalogue public. Les fourchettes remontées par les concessionnaires français (Port Pin Rolland, Hyères Marine, BSM La Trinité) et par les plateformes d'annonces début 2026 :
- Coque nue standard, 3 cabines, finition de base, moteur 57 ch : à partir de 289 000 euros HT départ chantier
- Version de série équipée pour la Méditerranée (électronique B&G, gréement dormant Dyneema optionnel, frigo 12 V, wc marins, capote et bimini) : autour de 325 000 à 345 000 euros TTC
- Version First Line performance : 370 000 à 395 000 euros TTC
- Configuration grand voyage avec pilote B&G, AIS, dessalinisateur, panneaux solaires, éolienne et guindeau renforcé : on dépasse les 420 000 euros TTC
Les annonces neuves début 2026 confirment : un 2025 Attique (Grèce) listé à 322 000 euros, un 2024 Split (Croatie) à 308 000 euros, et un exemplaire en Polynésie française à 340 000 euros (sources : Band of Boats, YachtWorld, relevés avril 2026).
Le prix réel dépend surtout des options. La liste chez Bénéteau tient sur 4 pages A4, et passer du basique à l'équipement hauturier sérieux ajoute facilement 80 000 à 100 000 euros au ticket de départ.
Occasion : le sweet spot entre 2020 et 2022
Le marché de l'occasion 46.1 est actif, alimenté par les bases charter (Croatie, Grèce, Martinique, Guadeloupe) qui renouvellent leurs flottes au bout de 5 à 6 ans. Sur YachtWorld, boats.com, Band of Boats et Annonces du Bateau début 2026, les prix se structurent ainsi :
- Millésime 2019 ex-charter, 3 cabines, 1 500 à 2 500 heures moteur : 250 000 à 290 000 euros
- Millésime 2020 privé, 3 cabines, 400 à 800 heures moteur : 290 000 à 340 000 euros
- Millésime 2021-2022 privé, équipement hauturier : 330 000 à 390 000 euros
- Millésime 2023-2024 quasi neuf, garantie constructeur active : 380 000 à 450 000 euros
Un 46.1 de 2020, 3 cabines privées, équipement méditerranéen complet, 600 heures moteur, trouvé entre 310 000 et 330 000 euros, c'est la bonne affaire de 2026. En dessous, il y a de fortes chances que ce soit un ex-charter, ce qui n'est pas rédhibitoire mais qui mérite une expertise sérieuse.
Ce qu'il faut vérifier absolument :
Le sail drive. C'est le point sensible Bénéteau. Membrane à changer tous les 7 ans (compter 1 800 à 2 500 euros main d'œuvre incluse). Sur un bateau de 2019 qui n'a jamais eu son sail drive révisé, c'est une dépense à court terme.
Les accastillages de pont. Les bases de winches ont tendance à travailler sur les années charter. Soulevez les caches, regardez les écrous, vérifiez l'absence de micro-fissures en gelcoat autour. Les taquets coinceurs en bout de rouf peuvent montrer un peu d'usure au bout de 1 500 heures.
Les voiles. Une GV à enrouleur d'origine Incidence (fournisseur Bénéteau) tient 6 à 8 saisons grand max en charter, 10 ans en usage privé. À 250 euros le mètre carré en refit, une GV complète coûte environ 4 500 euros, un génois sur enrouleur 3 200 euros.
L'électronique. Les packs B&G livrés d'origine en 2019-2020 restent à jour via les firmwares, mais les sondeurs et traceurs peuvent commencer à montrer leur âge. Prévoyez 3 000 à 5 000 euros pour une mise à niveau complète en 2026.
Le gréement dormant. À inspecter à 10 ans, à changer à 15 ans selon les recommandations constructeur. Sur un 2019, la question va se poser en 2029. Un refit gréement complet (haubans, étai, bas-étai, ridoirs) sur un 46.1 tourne autour de 6 000 à 8 000 euros hors main d'œuvre mâture.
Les limites à connaître
Le 46.1 n'est pas un bateau parfait. Deux points reviennent systématiquement dans les retours propriétaires sur les forums Hisse et Oh et Nauticalia.
Le premier concerne le comportement au près serré dans le clapot court. La coque à redan, optimisée pour le volume intérieur et les allures portantes, perd en efficacité quand il faut remonter face au mistral ou à la tramontane, vague courte de 1,50 m et vent de 20 nœuds. Le bateau tape, ralentit, et se fait dépasser par un Sun Odyssey 440 ou un First 44 dans les mêmes conditions. Ce n'est pas un 46.1 First Line qui règle complètement le problème, mais la version performance compense environ 0,5 à 0,8 nœud au près.
Le second point est l'insonorisation du moteur. Le compartiment est bien isolé, mais la transmission sail drive fait vibrer la coque en plastique armé sur les allures à 2 200 tr/min et plus. C'est un défaut que j'ai remarqué dès la première sortie en essai, et que plusieurs propriétaires décrivent de la même façon : au moteur en pleine puissance, la conversation est difficile dans le carré. À allure économique (1 800 tr/min, 6 nœuds), le problème disparaît.
Pour un profil plaisancier qui connaît plus intimiste, voir mon retour sur le plus compact Océanis 37.1 qui vise un couple sans enfants ou un jeune équipage.
À qui s'adresse ce 14,60 m
Ce voilier est fait pour une famille qui veut naviguer 4 à 6 semaines par an en croisière longue, alterner Méditerranée l'été et traversée d'automne, accueillir deux adultes et deux à trois enfants sans se marcher dessus, et pouvoir mettre les voiles en équipage réduit quand les invités débarquent. Si vous visez uniquement du charter côtier sur la journée, c'est trop grand : un Oceanis 40.1 ou un Sun Odyssey 410 coche mieux la case. Si vous voulez faire du hauturier pur, régates océaniques ou tour du monde en solitaire, tournez-vous plutôt vers un RM, un Garcia ou un Allures.
Pour une famille classique qui veut un premier vrai grand voilier, capable d'aller loin sans transformer chaque sortie en expédition, le 46.1 est un choix solide. Le prix du ticket d'entrée reste élevé, mais la cote de revente à 5 ans est l'une des meilleures de la production série Bénéteau, autour de 72 à 78 % du prix neuf (source : cotes argus SGB Finance et banque CGI Finance, premier trimestre 2026).
Sources
- Bénéteau, fiche produit officielle Oceanis 46.1
- Finot-Conq, plan Oceanis 46.1
- Nauta Design, annonce European Yacht of the Year 2019
- Bénéteau, communiqué de presse « Oceanis 46.1 wins European Yacht of the Year 2019 », 19 janvier 2019
- Band of Boats, YachtWorld, Annonces du Bateau, boats.com (relevés de cotes avril 2026)
- SGB Finance et CGI Finance, grilles de cote voiliers 2026
- Forums Hisse et Oh et Nauticalia (retours propriétaires 2020-2025)
