Résumé
Les poissons volants (genre Cheilopogon et Hirundichthys) traversent la Méditerranée occidentale en août, surtout entre les Baléares, la Sardaigne et la Corse. On les observe au large à plus de 30 milles des côtes, par mer formée et températures de surface supérieures à 25°C. Ils décollent à l'approche du bateau et planent sur 50 à 200 mètres.
Quand et où les observer
Le pic d'observation se situe entre fin juillet et début septembre, avec une concentration en août. Les eaux chaudes (au-delà de 25°C en surface) et le grand large favorisent leur présence.
Les zones les plus probables :
- Convoyage continent-Corse au large (au-delà de 25 milles d'Antibes)
- Traversée Corse-Sardaigne dans les Bouches-de-Bonifacio jusqu'au sud de la Maddalena
- Trajet Baléares-Sardaigne au milieu du bassin
- Sud de la mer Tyrrhénienne entre Naples et Palerme
À moins de 10 milles d'une côte, les observations restent rares. Les poissons volants évitent les zones côtières trop riches en prédateurs et préfèrent l'eau bleue profonde.
Les conditions météo qui favorisent les vols
Quatre conditions augmentent les chances :
Mer formée mais pas démontée : Beaufort 3 à 5, vagues de 0.5 à 1.5 mètre. Ils utilisent la crête des vagues pour reprendre de l'élan en battant la queue.
Vent traversier ou portant léger. Un vent fort ne les aide pas à voler plus loin, contrairement à l'idée reçue.
Soleil bien levé, entre 10h et 17h. La lumière permet de les apercevoir sortir de l'eau. À l'aube ou au crépuscule, les sorties sont moins visibles même si les poissons sont actifs.
Eau bleue profonde, sans turbidité. Les zones de panache des fleuves (golfe du Lion près de l'embouchure du Rhône) sont moins productives.
Comment se comportent-ils
Les poissons volants méditerranéens mesurent 15 à 30 cm, dorsale et pectorales très développées. Ils sortent de l'eau quand un prédateur (thon, dorade coryphène) ou un bateau s'approche.
Le décollage : un battement rapide de la queue à la surface, parfois sur 50 mètres avant que le corps ne sorte. Une fois en l'air, ils planent en battant légèrement la queue par à-coups, à environ 1 à 3 mètres au-dessus de l'eau, parfois plus.
La distance parcourue varie : 50 mètres pour la majorité, 100 à 150 mètres pour les meilleurs vols, jusqu'à 400 mètres documentés. La vitesse en vol atteint 50 à 70 km/h.
Ils volent souvent en groupe. Quand un poisson sort, deux à dix autres suivent dans la même direction, créant un effet de banc volant spectaculaire.
Position d'observation à bord
Pour maximiser les chances de voir, plusieurs principes.
Position en proue : c'est l'arrivée du bateau qui les fait décoller. L'observateur sur la plage avant ou le balcon avant les voit sortir devant et de chaque côté.
Hauteur de regard : depuis le pont d'un voilier, on les voit. Depuis un flybridge de motoryacht, c'est encore mieux. Les voiliers à bouchain ras de l'eau (type IMOCA) offrent moins de hauteur d'observation.
Vitesse du bateau : 6 à 9 nœuds correspond à la zone optimale. Plus lent, ils n'ont pas le temps de sentir l'arrivée. Plus rapide, on les dérange trop violemment et ils sortent court.
Calme à bord : pas de musique forte, pas de vibrations excessives. Une coque calme génère plus de vols qu'une coque bruyante.
Différencier les espèces
Deux espèces principales en Méditerranée occidentale.
Le poisson volant (Cheilopogon heterurus), 25 à 35 cm. Pectorales noires bordées de bleu vif, longue queue inégale. Vols longs et planés, utilise très bien le vent. Le plus fréquent en août.
L'exocet hirondelle (Hirundichthys speculiger), 20 à 28 cm. Quatre ailes (pectorales et pelviennes développées). Vols un peu moins longs mais très acrobatiques. Plus présent au sud de la Sardaigne.
Distinguer les deux à 30 mètres reste difficile. Une paire de jumelles 8x42 aide.
Photographier les vols
Les sorties durent quelques secondes, ce qui rend la photo difficile.
Réglages d'appareil : vitesse 1/2000s minimum pour figer, ouverture f/5.6 à f/8, ISO 400 à 800 selon la lumière, mode rafale.
Téléobjectif 200 à 400 mm depuis la proue. Stabilisation indispensable, le ponton bouge tout le temps.
Mode mise au point continu autofocus. Le poisson se déplace à 50 km/h, la mise au point statique manque toujours.
L'œil reste plus efficace que l'appareil. Un photographe rate beaucoup plus de vols qu'il n'en saisit.
Le contexte de l'observation
Voir des poissons volants en Méditerranée n'est plus aussi commun qu'il y a 30 ans. Le réchauffement de l'eau augmente leur présence dans le bassin nord-occidental, mais la pression de pêche et les changements écologiques restent à surveiller. Les observateurs sérieux remontent leurs données aux organismes type GIS Posidonie ou Cybium.
Combiner avec d'autres faune
Une journée de convoyage estivale entre la Côte d'Azur et la Corse offre souvent : poissons volants, dauphins (grand dauphin et stenelle), thons rouges en chasse, parfois rorquals communs. Garder les jumelles à portée de main.
Préparer son convoyage
BoatMap recense les ports d'attache et permet d'anticiper les longues étapes au large où l'observation devient possible.
