National

No-kill en pêche : comment relâcher un poisson sans le blesser

Guide technique no-kill pour pêcheurs plaisanciers : matériel, gestes, manipulation et taux de survie par espèce. Chiffres et sources vérifiés.

Découvrez ces spots dans BoatMap

Cartes, avis et navigation hors ligne en une seule app.

Download on the App StoreGet it on Google Play

Relâcher un poisson n'est pas un geste neutre. Selon la façon dont vous l'avez combattu, sorti de l'eau et manipulé, le taux de mortalité post-relâche varie de 3 à plus de 50 %. L'écart tient à cinq ou six détails techniques que ce mémo récapitule, à partir des travaux de l'Ifremer, des fédérations de pêche et des études halieutiques publiées depuis une dizaine d'années.

L'article vise la pêche plaisance en mer (bar, dorade royale, maquereau, lieu, denti, sars), mais les principes valent aussi en eau douce. Pour compléter ce mémo, voir les tailles minimales de capture par espèce et les quotas de pêche plaisance 2026.

Pourquoi le no-kill, concrètement

Trois raisons, pas des slogans.

La première, réglementaire. Un bar sous la taille mini (42 cm Atlantique, 30 cm Méditerranée) doit être relâché : s'il meurt dans vos mains, vous avez prélevé une ressource juvénile qui ne se reproduira pas. L'arrêté ministériel du 26 octobre 2012 consolidé ne tolère pas la prise accidentelle morte comme excuse.

La deuxième, halieutique. Les stocks de bar européen sont classés en situation préoccupante par le CIEM depuis 2015, ceux de dorade royale en Méditerranée sont sous pression croissante. Une femelle bar de 55 cm pond environ 1,5 million d'ovocytes par saison. Remise à l'eau vivante, elle vaut plus pour le stock que dans votre glacière.

La troisième, personnelle. Un poisson relâché en bon état, c'est la même prise qui peut être reprise deux saisons plus tard, plus grosse. Un pêcheur qui relâche mal tue sans ramener.

Le matériel fait 40 % du travail

Quatre pièces d'équipement changent tout, avant même que le poisson touche l'eau.

Hameçons sans ardillon ou écrasés à la pince. L'ardillon déchire la chair en ressortant, double le temps de manipulation, augmente le saignement. Un ardillon écrasé à la pince multiprise coûte 3 secondes par hameçon le soir avant de sortir, et divise le temps de décrochage par deux. Les modèles VMC 9336 BL (truite/bar) sont vendus directement sans ardillon ; pour le surfcasting, écraser ses propres hameçons suffit. La mortalité liée à une prise profonde passe d'environ 30 % (ardillon classique) à moins de 10 % avec hameçon écrasé selon les synthèses publiées par les fédérations de pêche françaises.

Hameçons circulaires (circle hooks) pour la pêche à l'appât. Le circle hook pique mécaniquement la commissure des lèvres : plus de 9 prises sur 10 sont accrochées par la gueule, pas par l'estomac ou les branchies. Les études de la Commission de l'Océan Indien (IOTC) sur la palangre pélagique montrent que le type d'hameçon est le facteur numéro un de survie à la remontée. Prix : environ 8 euros la boîte de 25 chez Flashmer ou Normandie Appâts.

Épuisette à maille souple en caoutchouc. Les mailles nylon classiques arrachent le mucus protecteur du poisson, ce mucus qui empêche les infections fongiques. Une fois mucus arraché, la plaie met 72 heures à se refermer ; en eau chaude, elle ne se referme jamais. Une épuisette plaisance avec maille caoutchouc coûte 25 à 40 euros (Ragot, Pafex).

Pince longue ou dégorgeoir. Pour décrocher sans toucher le poisson. Une pince de 20 cm d'atelier fait très bien l'affaire, inutile de payer 35 euros pour un modèle "spécial pêche" en titane.

Le gant de manipulation est un plus pour les poissons à dentition (bar, lieu, denti). Pas indispensable, mais évite l'excuse "je l'ai lâché parce qu'il m'a mordu".

Pendant le combat : court, pas mollo

Un combat long épuise le poisson. Une dorade royale de 2 kg remontée en 15 minutes sur une ligne fine accumule de l'acide lactique au point d'être incapable de se rééquilibrer en surface. Elle flotte, prend l'air dans la vessie natatoire, et même relâchée correctement, elle meurt dans les 4 à 6 heures.

La règle : drag serré en conséquence, pas de ligne ridicule de 12/100 sur un bar de 3 kg "pour le sport". Un bas de ligne 28 à 35/100 en fluorocarbone tient un bar de 4 kg en 3 à 5 minutes. Moins de stress pour le poisson, plus de chances de survie.

Gardez le poisson dans l'eau le plus longtemps possible pendant le décrochage. Chaque seconde hors de l'eau vaut en moyenne 2 à 3 % de chance de survie en moins selon les protocoles nord-américains étudiés sur truite et achigan. Pour 30 secondes hors de l'eau, c'est déjà 60 % de mortalité additionnelle sur certaines espèces sensibles.

Manipuler, photographier, tenir

Les quatre règles de manipulation qui reviennent dans toutes les fiches des fédérations et associations de pêche responsable.

Mouiller les mains. Mains sèches sur un poisson, c'est du mucus arraché. Un pêcheur qui trempe systématiquement ses mains avant de saisir un bar réduit la mortalité de 5 à 8 points de pourcentage.

Jamais par les ouïes. L'appareil branchial est l'équivalent des poumons chez un mammifère : le déchirer, c'est condamner le poisson à mourir de détresse respiratoire 2 à 4 heures plus tard, même nageant en apparence. On tient le poisson par la mâchoire inférieure (lip grip sans pince, ou le pouce dans la gueule pour un petit bar), ou horizontalement à plat, une main sous le ventre, l'autre à la base de la queue.

Pas de serviette sèche. La serviette sèche absorbe le mucus et colle à la peau. Si besoin, une serviette mouillée ou un tapis de réception mouillé (type tapis carpe, 15 à 30 euros), jamais de tissu sec.

Photo rapide, 10 secondes chrono. Pas 3 minutes de réglages. Le pêcheur tient le poisson au-dessus de l'eau, hors du bateau ou au ras de l'eau, le matériel photo prêt. Si vous ratez la photo, vous ratez la photo. Un poisson photographié 45 secondes les branchies à sec a perdu la moitié de ses chances de survie.

Relâcher : attendre la nage autonome

Pas question de balancer le poisson à la mer comme une canette. Le geste correct :

  1. Tenir le poisson horizontalement, tête face au courant ou face à la houle.
  2. Le maintenir 10 à 30 secondes, l'eau circule dans ses ouïes, il récupère.
  3. Sentir la poussée musculaire dans la main, il se débat doucement.
  4. Ouvrir la main. Le poisson plonge ou file.

Si le poisson flotte sur le flanc, recommencer. Si après 2 minutes il ne nage toujours pas, il est trop épuisé ou trop stressé ; la probabilité qu'il survive chute à moins de 20 %. C'est un échec à assumer, et à analyser (combat trop long, manipulation trop longue, eau trop chaude).

Cas particulier : le poisson remonté trop vite

La vessie natatoire du poisson compense la pression de l'eau. Un poisson remonté de 30 mètres en moins d'une minute voit sa vessie se dilater violemment : c'est le barotraumatisme. Symptômes : yeux exorbités, estomac sorti par la bouche, incapacité à replonger.

Trois cas et trois conduites :

Profondeur inférieure à 15 mètres. Pas de vraie dilatation, remontée lente (pas plus d'un mètre par seconde en fin de combat), relâche classique. 90 % de survie pour un bar en bon état.

Profondeur 15 à 30 mètres. Dilatation modérée. Remonter lentement, relâcher vite, laisser le poisson regagner sa profondeur en nageant. Survie autour de 70 %.

Profondeur supérieure à 40 mètres. Cas limite. Les études américaines sur le black sea bass (cousin Atlantique du denti) montrent jusqu'à 51 % de mortalité sans aide. Avec un "descending device" (un lest qui redescend le poisson à sa profondeur de capture, 20 à 40 euros en shipchandler), la survie remonte à 80 %. Le venting (perforer la vessie natatoire avec une aiguille creuse) est techniquement possible mais réservé aux pêcheurs formés, parce qu'une perforation ratée tue net.

En plaisance française, la règle simple : si on pêche au-delà de 30 mètres et qu'on n'a pas de descending device, mieux vaut garder les prises dans la taille légale que de relâcher des poissons qui vont mourir à coup sûr.

Température de l'eau : le facteur oublié

Au-delà d'un certain seuil, le no-kill ne marche plus, quel que soit le soin apporté.

La raison est physiologique. Plus l'eau est chaude, moins elle contient d'oxygène dissous. Un poisson stressé a besoin de plus d'oxygène pour récupérer, et en trouve moins dans l'eau. Résultat : asphyxie post-relâche.

Les seuils à connaître, mesurés sur salmonidés en eau douce mais extrapolables en mer :

  • Sous 18 °C : survie optimale, tous paramètres égaux par ailleurs.
  • 18 à 22 °C : stress modéré, soigner les gestes.
  • Au-delà de 22 °C : stress sévère, mortalité post-relâche qui monte à 30-40 % même avec manipulation parfaite.
  • Au-delà de 25 °C (cas extrêmes Méditerranée août) : arrêt alimentaire des poissons, mortalité proche de 100 % sur les spécimens fortement combattus.

En plaisance en Méditerranée, cela veut dire deux choses. Premièrement, en août à 14 h avec 26 °C de surface, on range la canne ou on accepte que le no-kill devient fictif. Deuxièmement, on privilégie les sorties tôt le matin, avant 9 h, quand l'eau a eu la nuit pour refroidir de 1 à 2 degrés.

Taux de survie par espèce : synthèse

Données compilées à partir des études halieutiques publiées sur la pêche de loisir (Ifremer, IOTC, travaux universitaires nord-américains adaptés aux espèces européennes).

EspèceMortalité post-relâche (bonne pratique)Facteurs aggravants
Bar européen (Dicentrarchus labrax)3 à 7 %Eau > 22 °C, hameçon profond
Dorade royale8 à 10 %Combat long, mains sèches
Maquereau15 à 25 %Espèce fragile, manipulation courte obligatoire
Lieu jaune5 à 10 %Profondeur > 40 m (barotraumatisme)
Denti10 à 15 %Souvent pêché profond, barotraumatisme
Sars (diplodus spp)5 à 10 %Eau chaude en zone côtière
Cabillaud (morue)10 à 20 %Barotraumatisme fréquent

Les valeurs hautes correspondent à une manipulation standard sans précaution ; les valeurs basses à un pêcheur qui applique les points précédents. Pour le bar, les travaux européens (notamment ceux mentionnés par la Fédération Nationale de la Plaisance et des Pêches en Mer) convergent vers 3 à 7 % quand tous les facteurs sont réunis.

Sources

  • Arrêté ministériel du 26 octobre 2012 modifié (Légifrance), tailles minimales de capture.
  • Avis CIEM sur le stock de bar européen (WGCSE, révisions annuelles).
  • Ifremer, Archimer : travaux sur la dynamique de la mortalité par pêche (publications halieutiques).
  • IOTC 2024, documents WPEB20DP-INF15 et INF26 : comparatif hameçons circle / J sur survie à la remontée.
  • Fédération Nationale de la Plaisance et des Pêches en Mer (FNPPSF) : fiches no-kill bar.
  • Welfarm, Savoie Pêche : seuils thermiques et stress hyperthermique (transposition salmonidés).
  • Rutgers NJAES FS1337, "Return 'Em Right" : barotraumatisme et venting sur black sea bass.

Mémo à relire avant chaque sortie la première saison, puis une fois par an. Les gestes deviennent automatiques après 50 ou 60 remises à l'eau soignées. C'est ce moment où un pêcheur cesse de blesser pour garder, et commence à pêcher pour de vrai.

Découvrez ces spots dans BoatMap

Cartes, avis et navigation hors ligne en une seule app.

Download on the App StoreGet it on Google Play