Languedoc-Roussillon

Mes 6 mouillages entre Sète et Port-Camargue, par Julie

Six mouillages entre Sète et Port-Camargue vus au First 25, avec deux en étang de Thau, la tramontane à anticiper et Palavas à éviter en août.

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19h40, un soir de juin, au large de la pointe du Môle Saint-Louis. Le soleil est encore haut, mais il tire déjà vers l'orange. Sur le pont du First 25, j'ai la même lumière que celle que je cherchais quand je photographiais des intérieurs à Lyon : une lumière rasante qui sculpte la quille, qui allonge l'ombre du bôme sur la grand-voile, qui rend le bleu de la mer presque violet. Trois ans que je mouille dans le secteur avec ce bateau, et c'est toujours cette heure qui me fait rester à bord au lieu de rentrer au port.

Je navigue entre Sète et Port-Camargue depuis 2022, après avoir acheté un First 25 d'occasion (6,80 m, tirant d'eau 1,55 m quille relevée, 1 tonne). Le choix du bateau n'est pas un hasard : je voulais pouvoir m'échouer sur les plages de l'étang de Thau quand la lumière du matin y pose ses gris, et pouvoir sortir en mer quand la tramontane veut bien me laisser partir. Six spots se sont imposés saison après saison. Je vous les raconte dans l'ordre où je les découvre, en général, sur un week-end de quatre jours.

Devant le Môle Saint-Louis, côté pointe

Mouiller dans le port de Sète est interdit (réglementation capitainerie, VHF 9, 1 850 places sur pontons, 29 places visiteurs). Mais juste à l'extérieur, au large de la pointe du Môle Saint-Louis, il y a une zone que je fréquente à la sortie du chenal, avant ou après une escale. Le fond tombe assez vite à 4-5 mètres sur sable grossier, et on est protégé des secteurs sud par la jetée elle-même, qui mesure 650 mètres de long (la première construction du port, commencée en 1666).

Je n'y passe jamais la nuit. C'est un mouillage de fin d'après-midi, le temps de se baigner, d'attendre que le vent d'est mollisse, de manger quelque chose dans le cockpit. La lumière y est particulière : le Mont Saint-Clair coupe le soleil vers 20h15 en juin, et pendant vingt minutes on a une ambiance de soft-box géant, tout en contre-plongées bleues. C'est là que j'ai fait mes plus belles photos de bateau.

Concrètement : 30 minutes d'ancre hors du port, puis on rentre dormir sur ponton, ou on ressort vers l'étang par le canal de navigation. À ne pas tenter quand la tramontane s'installe au-dessus de 15 noeuds, la houle de secteur nord-ouest remonte et tape sur la jetée. Pas de protection d'étrave, même si la carte le laisse croire.

L'étang de Thau côté Bouzigues, le mouillage du café du matin

C'est le mouillage que je préfère, celui où je reste parfois trois jours d'affilée quand j'ai besoin de me vider la tête.

Pour y accéder depuis Sète, on emprunte le canal de navigation qui traverse la ville, on passe le pont levant (horaires d'ouverture affichés, vérifiables sur le site du port de Sète), et on débouche sur l'étang. De là, cap au nord-ouest vers Bouzigues, 4 milles de plat calme. On mouille devant le village, en dehors des lotissements de parcs à huîtres, sur 2 à 3 mètres d'eau. Fond de vase molle, excellente tenue, mais impossible à nettoyer de l'ancre (je préviens).

L'étang de Thau, c'est 18 kilomètres de long, 6 de large, 7 500 hectares, premier bassin conchylicole de Méditerranée avec 7 500 tonnes d'huîtres et 3 000 tonnes de moules par an (source : services de l'État, Hérault). La zone est classée "zone de mouillage propre", donc la navigation est très réglementée. On ne mouille pas dans les tables. Les lotissements de cultures marines sont réservés aux exploitants, aux pêcheurs et aux transports de passagers. Les plaisanciers ne peuvent emprunter que les couloirs transversaux balisés. Les zones libres pour jeter l'ancre sont les quatre villages du pourtour : Marseillan, Mèze, Bouzigues, Balaruc (source : préfecture de l'Hérault, réglementation navigation étang de Thau).

De novembre à fin janvier, il est interdit de naviguer dans la zone des parcs entre 18h et 5h du matin, pour prévenir les vols d'huîtres. Hors de cette période, on peut rester la nuit aux villages, ce que je fais souvent en juin.

La lumière du matin à Bouzigues, vers 6h30 en juin, c'est à voir une fois. L'eau est lisse, les mâts des nacelles ostréicoles se reflètent sans une ride, et le Mont Saint-Clair apparaît en ombre bleue à 7 milles au sud-est. Café dans le cockpit, et on comprend pourquoi on s'est acheté un bateau.

Marseillan-Plage, le rendez-vous des bateaux légers

Marseillan, c'est l'autre porte de l'étang, celle du côté ouest. On y accède par le Grau de Pisse-Saumes, un chenal étroit qui relie la lagune à la mer entre Sète et le Cap d'Agde.

Le port est petit (environ 350 bateaux, 5 places visiteurs, capitainerie au 04 67 21 99 30), et c'est justement ce qui m'y plaît. On vient surtout mouiller dehors, juste avant l'entrée du chenal, sur 3-4 mètres de fond de sable. Protection correcte par vent de secteur nord, exposé aux sud-est et aux swells d'été. Je viens ici en duo : matin dans l'étang côté Bouzigues, après-midi sortie par le Grau de Pisse-Saumes, nuit au mouillage devant Marseillan-Plage. On double de décor en 6 milles.

Une remarque de photographe : la plage est très blanche, limite surexposée en plein jour. Pour faire des images du bateau mouillé au large, il faut viser la fin d'après-midi quand le sable prend une teinte rosée. En plein midi c'est cramé. Je sais, c'est un détail.

Frontignan, la rade quand tout le monde est à Sète

Je n'aimais pas Frontignan avant de m'y être abritée un 14 juillet 2023 où le port de Sète était plein et où Port-Camargue refusait les escales pour cause d'événement. Depuis, c'est devenu mon plan B, et parfois mon plan A.

Le port de plaisance aligne 750 places, dont 60 pour visiteurs, avec 2,50 mètres de tirant d'eau aux accès (source : site officiel frontignan.fr). Capitainerie 04 67 18 50 36 sur le site de la ville, VHF canal 9 à confirmer localement. Ouvert tous les jours de 8h à 18h en juillet et août.

Ce qui m'intéresse, c'est la rade devant Frontignan-Plage : on mouille par 3 à 5 mètres à environ 400 mètres du bord, fond de sable propre, tenue correcte. L'endroit est protégé de l'ouest par la digue de l'entrée du port, et quand la tramontane souffle à 20 noeuds à Sète, elle fait ici 12 ou 13. J'y passe des soirées entières parce qu'il n'y a presque personne : Frontignan a mauvaise réputation auprès des plaisanciers du coin, je ne sais pas pourquoi. Tant mieux.

À éviter quand le vent tourne sud ou sud-est au-dessus de 15 noeuds. La houle rentre par le travers, on se fait cogner toute la nuit. Je l'ai appris la première fois, je l'ai compris la deuxième. La troisième fois j'ai déplacé le bateau au port avant minuit.

Palavas en rade, et pourquoi je n'y vais plus en août

Il y a un mouillage qui se fait devant Palavas-les-Flots, entre le port (1 130 places, tirant d'eau 3,50 m, digue de 520 m, VHF 9, capitainerie 04 67 07 73 50, source portspalavaslesflots.com) et la plage à l'ouest du Grau. Fond de sable, 4 à 6 mètres, tenue bonne. Sur le papier c'est correct. Dans les faits, en juillet-août, c'est devenu pour moi un non-lieu.

Voilà ma phrase que vous ne lirez nulle part ailleurs : Palavas en août, c'est un parking à moteurs. Je préférerais payer 45 euros la nuit à Sète que de retourner mouiller gratuitement en rade de Palavas un 10 août.

Précisions pour défendre ça. À partir de mi-juillet, la bande côtière entre Palavas et Carnon voit passer en plein jour des dizaines de semi-rigides, jet-skis, barques de pêche avec hors-bord de 70 chevaux. Le bruit est continu de 10h à 19h. La houle générée par les sillages ne s'arrête pas. Une nuit j'ai compté 14 réveils à cause du clapot entre 22h et 6h du matin. Ajoutez à ça la pollution lumineuse de la promenade, et vous comprenez pourquoi une photographe ne trouve plus l'intérêt de faire un plan large.

Je reviens à Palavas en mai, en septembre, en octobre. Le fond est le même, la plage est la même, mais on est seul, et on peut vraiment dormir. La côte d'Occitanie est trop fréquentée pour qu'on se raconte des histoires. Mon retour sur Port-Camargue le dit différemment : l'été sur cette zone, il faut choisir entre être dans un port organisé ou aller trouver de l'espace ailleurs. Le mouillage foraine tranquille en août, sur le littoral languedocien, n'existe plus.

Grau-du-Roi, devant la passe sud

Le dernier de la liste est aussi le plus technique. Grau-du-Roi et Port-Camargue forment un même complexe portuaire, 5 150 anneaux au total (source : portcamargue.com), le plus grand port de plaisance d'Europe. Le Grau-du-Roi proprement dit est la vieille ville de pêcheurs, au bord du canal de Rhône à Sète.

Pour mouiller, on ne rentre pas : on reste dehors, devant la passe sud de Port-Camargue, à environ 800 mètres de la digue. Fond de sable, 5 à 8 mètres selon la distance. Tenue bonne, protection correcte des vents de terre (nord, nord-ouest), très exposé au sud. On entend le ballet des bateaux qui rentrent et sortent (parfois 400 mouvements par jour entre 10h et 18h en haute saison).

Mon usage : arrivée après une traversée depuis Sète (22 milles environ, 4h au largue avec 12 noeuds de tramontane), mouillage avant le crépuscule, dîner, coup d'oeil à la météo pour la nuit, et si tout va bien je reste. Sinon j'entre au port. Le chenal d'entrée est long, balisé, et la capitainerie de Port-Camargue gère l'accueil sur VHF 9.

Une chose que je trouve injustement oubliée : la digue nord de Port-Camargue, vue de la mer en fin de journée, ressemble à une grande nappe blanche posée sur la lagune. Pour photographier une arrivée au mouillage, c'est un fond sans égal. La lumière de 21h en juillet y est d'un rose orangé saturé que je n'ai vu qu'ici et à la Camargue.

La tramontane, la chose à comprendre avant de partir

Je ne peux pas écrire un article sur les mouillages du coin sans dire un mot du vent. La tramontane souffle autour de 200 jours par an dans le golfe du Lion (source : Météo-France, bulletins régionaux), avec une moyenne autour de 50 km/h et des rafales qui peuvent dépasser 130 km/h, jusqu'à un record relevé à Sète autour de 200 km/h.

Elle est canalisée par la vallée de l'Aude et débouche sur le golfe depuis le nord-ouest. Direction stable autour de 310 à 340 degrés, bascule lente. Elle peut tenir trois jours, six jours, neuf jours (oui, la tradition provençale du "3-6-9" qui vaut aussi pour le mistral, ce n'est pas une statistique mais une observation pas complètement fausse). Pour comparer avec son voisin provençal plus documenté, je renvoie à l'article sur le mistral et ses fenêtres de navigation, qui donne le mécanisme synoptique complet.

En pratique :

  • Si la tramontane est annoncée au-dessus de 25 noeuds, je ne sors pas mouiller en mer. Je vais dans l'étang de Thau côté Bouzigues, où elle ne fait que du clapot court.
  • Si elle est annoncée entre 15 et 25 noeuds, je reste à couvert des vents nord : Frontignan en rade est bien, Marseillan-Plage est jouable.
  • En dessous de 15 noeuds, tout est ouvert. Mais elle peut forcir en 3 heures, donc je surveille Météo-France et Windy sur deux sources.

Pour les mouillages côté sud-est (après le Grau-du-Roi), les vents marins ou les épisodes méditerranéens (dépression qui se creuse sur le golfe) sont plus problématiques que la tramontane. Là, c'est l'inverse : on cherche l'abri des digues nord.

Tarifs, VHF et contacts utiles, en vrac

  • Port de Sète : capitainerie Môle Saint-Louis, 04 67 74 98 97, VHF 9, 1 850 places + 29 visiteurs. Horaires saison 7h à 21h30.
  • Port de Frontignan : capitainerie centrale, ouverture 8h-18h en été, 750 places dont 60 visiteurs, tirant d'eau d'accès 2,50 m.
  • Port de Marseillan-Plage : 04 67 21 99 30, environ 350 places, 5 visiteurs.
  • Port de Palavas-les-Flots : 04 67 07 73 50, VHF 9, 1 130 places, tirant d'eau 3,50 m.
  • Port-Camargue : 04 66 51 10 45, VHF 9, 5 150 anneaux au total avec le Grau-du-Roi.
  • Étang de Thau : zones de mouillage autorisées devant Marseillan, Mèze, Bouzigues, Balaruc uniquement. Interdiction de navigation dans les parcs 18h-5h de novembre à fin janvier.

Tarifs précis d'escale à vérifier sur les sites officiels des ports, les grilles changent chaque année.

Une dernière chose

Je garde un mouillage pour moi. Pas par mesquinerie, par principe : certains endroits perdent leur lumière quand ils passent sur un blog. Si vous naviguez dans la zone et qu'on se croise à Bouzigues à 7h du matin, venez dire bonjour, je suis sur un First 25 bleu et blanc, voile rouge recousue à l'étrave babord après un mauvais rappel en 2023. Je vous dirai où.

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