Bretagne Nord

Mes 5 mouillages préférés d'Ouessant et Molène, par Gwenn

Rustler 36 basé à Lanildut. Cinq mouillages en Iroise que je choisis à la brume, aux cailloux bretons et à l'heure d'étale, pas à la carte postale.

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14 mai 2022, 6h40, sortie nord de Lampaul. Je remonte la chaîne à la main, je regarde le Créac'h qui tape ses deux éclats toutes les dix secondes, et en trois minutes la brume tombe. Plus rien. Pas la visibilité réduite qu'on raconte dans les livres, la vraie brume bretonne de mai, 30 mètres devant l'étrave, l'air salé qui mouille les voiles avant même de les hisser. Je suis resté trois heures sur zone, moteur en marche avant au ralenti, à tenir ma position au GPS pour ne pas dériver sur les Jument dans le sud. Trois heures à écouter la corne de brume du Créac'h et les goélands argentés qui ne voyaient pas plus loin que moi. Depuis ce matin-là, je ne regarde plus Ouessant-Molène comme un terrain de plaisance. Je le regarde comme un lieu qui m'héberge quand il veut bien.

Gwenn, 49 ans, Aber Ildut, 12 ans de chalut

Je m'appelle Gwenn. 49 ans, moniteur de voile dans une école associative de Lanildut depuis 2014. Avant ça, 12 saisons au chalut côtier sur le port du Conquet, à pêcher la sole et la seiche dans la zone qui est devenue le parc marin d'Iroise en 2007. Je connais les cailloux de cet archipel pas par les cartes, par le chalut qui s'accrochait dessus quand j'étais jeune et pressé.

Mon bateau depuis 2015, c'est un Rustler 36, dessiné à partir du Contessa 35, 10,90 mètres hors tout, tirant d'eau 1,85 mètre, gréé cotre. Je le mouille sur corps-mort à Lanildut dans l'Aber Ildut, bouée numéro 42, face à la cale nord. Je sors en moyenne 80 jours par saison, 90 % entre avril et novembre, presque toujours seul ou à deux.

Ce qui suit, ce sont les cinq endroits où je jette l'ancre ou je prends un corps-mort les yeux fermés dans l'archipel. Pas les plus connus, pas les plus beaux sur photo. Les cinq qui tiennent.

1. Lampaul, Ouessant, bouée visiteur côté sud

La baie de Lampaul, je l'aborde par le sud en longeant la pointe de Pern, jamais par le nord. C'est long, mais le nord impose de passer à moins d'un mille des Jument et des Gorle Greiz, et si la brume tombe à ce moment-là, tu as de la rocaille partout et zéro marge.

La commune a posé 17 corps-morts visiteurs sur ancres à vis, en service de mai à mi-octobre, calibrés pour des bateaux jusqu'à 10 mètres. Mon Rustler fait 10,90 hors tout mais 9,80 à la flottaison, j'y passe sans gêner. Pas de réservation : tu arrives, tu prends ce qui est libre, tu paies à la capitainerie. En juillet-août, ne compte pas arriver après 15h, les bouées sont saturées dès 13h les jours de beau temps.

La bouée numéro 4, celle la plus au sud du champ, c'est ma préférée. Pourquoi : elle est abritée du clapot qui rentre par l'ouest dès que le vent passe à plus de 15 nœuds de noroît, et elle est loin du ballet des Penn-ar-Bed qui font tourner l'hélice dans la rade. Par vent de sud-est, en revanche, tu files à Porz Doun ou tu ne dors pas. La baie n'a pas de défense à l'est.

Un détail de terrain : la houle résiduelle de fond d'Atlantique rentre dans Lampaul même par vent calme. Ça roule doucement. Si tu dors mal au roulis, prends ta pilule contre le mal de mer le soir, pas le matin. Je l'ai appris trop tard.

Penn ar Roc'h nord, le plan B quand Lampaul sature

Pas de corps-morts ici. C'est un mouillage d'ancre sur sable fin, côté nord-ouest d'Ouessant, à l'abri du gros de la houle du sud-ouest par la presqu'île de Pern. Profondeur utile 4 à 7 mètres selon la marée, tenue très correcte.

J'y vais deux ou trois fois par saison, toujours en août quand Lampaul est plein. Il faut être à l'aise pour rentrer : la passe entre les Kadoran et la côte fait 200 mètres de large à pleine mer, moitié moins par coefficient 100. Je me présente toujours à mi-marée montante, jamais à basse mer. Je ne recommande pas ce mouillage à un équipage qui découvre Ouessant.

Ce qui me plaît : personne. Pas de ferry, pas de semi-rigide, pas de voisin de voilure. La dernière fois que j'y ai passé la nuit, un 9 août, j'étais seul. À Lampaul ce soir-là, 23 bateaux sur 17 bouées, du bateau sur l'eau, des moteurs qui tournent pour recharger les batteries. Six milles plus loin, j'étais dans le silence.

La limite : ne mouille pas ici si la météo annonce un passage au sud-ouest en cours de nuit. Tu te retrouves au vent debout de Pern, et tu n'as que 40 minutes pour lever l'ancre et contourner l'île. J'ai fait l'erreur en 2019. Je la ferai pas deux fois.

Yusin, face au village de Molène

Le mouillage de Yusin, c'est la zone à l'est du bourg de Molène, entre l'île principale et Ledenez Vraz. Sable et maërl sur un fond qui remonte régulièrement, 3 à 6 mètres à pleine mer selon où tu te places. Abri correct par vent d'ouest et de nord, exposé au sud-est.

La commune a posé une quinzaine de corps-morts visiteurs, peinture blanche, paiement à la mairie ou à l'épicerie. En 2025, compte 15 à 20 euros la nuit selon la taille du bateau (je règle toujours au bourg, je n'aime pas payer un bénévole qui passe le soir en annexe). Les bouées sont prises d'assaut en juillet-août, mais la zone de mouillage libre à l'est des corps-morts reste accessible.

Ce que j'aime à Yusin : l'ambiance. Molène, c'est 150 habitants à l'année, un sémaphore, une usine de désalinisation, et des maisons basses qui servent d'abri aux naufragés depuis 1896. Tu débarques en annexe, tu bois un coup chez Jeanne si elle est ouverte, tu remontes par la rue principale qui fait 300 mètres, tu croises deux tracteurs. Le soir, du cockpit, tu vois la lumière du phare de Kéréon au sud, qui balaye dans le couloir du Fromveur.

Un avertissement qui vaut tous les autres : ne mouille jamais sur corps-mort de pêcheur. Les corps-morts de travail sont au nord du port, reconnaissables à leur cordage grossier et souvent à une étiquette. Les plaisanciers qui se servent dedans par confort, je les vois depuis 20 ans. Ils empêchent les gars de travailler. Ça me rend fou.

Le Loc'h de Molène, sud-ouest

Le Loc'h, c'est la petite anse qui creuse le sud-ouest de Molène, entre Roc'h Hir et la côte basse. Tu y rentres par une passe étroite entre deux têtes de roche qui découvrent à basse mer. À pleine mer, la passe fait 60 mètres de large, 3 mètres de fond. À basse mer, tu ne rentres pas. Coefficient moyen à Brest : 70 à 90 en juillet, marnage de 4 à 7 mètres. Lis ta table avant, pas pendant.

Fond de sable et graviers, tenue excellente. 2 à 5 mètres à pleine mer selon l'endroit. Capacité raisonnable : 4 bateaux maximum si chacun mouille court pour ne pas empiéter sur l'autre.

Pourquoi j'aime Le Loc'h : l'eau est translucide dès qu'il y a du soleil, et on voit le fond comme à Hyères. Je plonge avec le masque à la recherche des ormeaux (interdits à la pêche dans cette zone, je regarde, je ne prélève pas). Les phoques gris du banc de Ledenez passent parfois à 20 mètres du bateau, ils viennent de la réserve de Banneg au nord. La première fois que j'en ai vu un à cette distance, j'ai tenu ma respiration pour ne pas le faire fuir. Je ne l'ai pas fait fuir.

Ce que Le Loc'h n'est pas : un mouillage pour débutant. Sans cartographie récente et sans une bonne lecture de la marée, tu t'échoues sur Karreg Vihan. Si tu n'es pas sûr, passe ton chemin et va à Yusin.

Penn ar Roc'h, île de Balanec

On arrive au mouillage qui me tient le plus à cœur, et que je recommande presque à contrecœur.

Penn ar Roc'h, c'est la pointe sud de Balanec, une des neuf îles de l'archipel, classée réserve naturelle nationale d'Iroise depuis 1992 et gérée par l'Office français de la biodiversité. On peut mouiller sur sable dans la petite anse sud, 3 à 5 mètres d'eau à pleine mer, abri correct par vent de nord à est. Tenue bonne, pas de corps-morts, mouillage sur ancre strictement.

La règle à connaître, et qui n'est pas négociable : du 1er avril au 15 juillet, le débarquement sur Balanec est interdit à cause de la nidification des oiseaux marins (goélands marins, cormorans huppés, puffins des Anglais plus rarement). Tu peux mouiller au large, tu ne débarques pas. Après le 15 juillet, tu peux descendre à terre à condition de rester sur le trait de côte et de ne pas monter sur la pelouse. Le parc marin d'Iroise finance des mouillages innovants sur certaines zones pour éviter les dégâts sur les herbiers, et je trouve que c'est une des meilleures choses qu'ils aient faites depuis leur création.

Le spot : du cockpit, tu as Bannec au nord, Molène à l'est, la Manche du Fromveur qui commence à filer à 2 heures de l'étale de Brest, et pas grand-chose d'autre. Pas de village, pas de feu, juste le battement du phare de Kéréon qui revient toutes les 10 secondes à la nuit tombée, le cri des sternes quand l'aube se lève, et de temps en temps un phoque qui souffle à 50 mètres.

Ce qu'on vous dit pas sur Ouessant-Molène

Je vais être direct : le danger de cet archipel, ce n'est pas le Fromveur.

Oui, le Fromveur file à 8 nœuds en vive-eau, localement plus de 9 dans les points de resserrement, et c'est un des courants les plus violents de France. Les tables sont publiées, les heures d'étale se calculent avec Brest, n'importe quel plaisancier qui sait lire une table de marée passe le Fromveur sans problème si le vent n'est pas fort. Je l'ai traversé une cinquantaine de fois dans ma vie, je l'ai jamais trouvé méchant.

Le vrai danger de l'archipel, c'est la brume. Celle qui tombe en 5 minutes sur Ouessant-Molène entre avril et juillet, quand l'air doux du continent rencontre la mer froide d'Iroise. Elle ne prévient pas. Elle arrive par bancs, elle s'installe pour 3 heures ou 3 jours. Si tu es au milieu d'un caillou et qu'elle tombe, tu n'as plus que ton GPS et tes oreilles pour t'en sortir.

Ce qui me rend fou, c'est de voir des équipages qui partent de Brest pour "passer le weekend à Ouessant" avec zéro culture de la brume. Pas de radar, pas de réflecteur digne de ce nom, pas de feux arrière bien configurés, parfois même pas de corne de brume à bord. Ils ont un superbe voilier neuf, 6 GPS différents sur la tablette, et aucune oreille pour entendre la corne du Créac'h à 2 milles. C'est ça le vrai problème, pas le courant.

Je l'ai déjà raconté, mais j'en reviens toujours à la règle des trois sources météo de Solène : en Iroise elle ne suffit pas, il faut ajouter la règle de la visibilité horaire, c'est-à-dire vérifier toutes les heures par une marque physique connue (un caillou, un phare, une balise) si tu vois toujours à plus de 200 mètres. Dès que tu vois à moins, tu retournes au mouillage le plus proche.

Quelques repères techniques avant de partir

Le phare du Créac'h, que j'ai cité plusieurs fois, c'est la référence lumineuse de la zone. 47 mètres de hauteur, optique à 70 mètres au-dessus de la mer, deux éclats blancs toutes les 10 secondes, portée nominale 32 milles. C'est un des phares les plus puissants d'Europe, il te sert de repère quand tu navigues la nuit entre Ouessant et Molène.

Le Fromveur, passage obligé entre Ouessant et le continent. 8 nœuds de courant en vive-eau, étale environ 6 heures après la pleine mer de Brest pour le courant portant au nord, 6 heures après la basse mer pour le portant au sud. Ne descends jamais dans le Fromveur par vent contre courant de plus de 25 nœuds, tu vas te faire rincer.

Les 17 bouées visiteurs de Lampaul et la quinzaine de Molène sont limitées à 10 mètres hors tout pour la majorité, vérifie avant de tirer sur la bouée. Paiement à la capitainerie ou à la mairie. Pas de réservation. Horaires : mai à mi-octobre.

Pour compléter ce tour, relis mon itinéraire Brest-Ouessant-Molène en 3 jours si tu veux la route complète avec les horaires de courant. Goulven l'a fait avant moi sur son First 35, ça vaut le coup de lire ses calculs de Four.

Dernière chose

Je n'ai pas mis de "ma trace GPS à télécharger" à la fin. Parce que l'archipel, tu ne le prépares pas comme tu prépares Saint-Tropez. Tu le prépares avec une table de courant papier, une carte marine à jour, un radar qui marche, et la discipline de faire demi-tour quand la visibilité tombe.

Les cinq mouillages sont sur BoatMap si tu veux les marquer en favoris. Le reste, tu l'apprends en y allant avec un équipage plus expérimenté la première fois. Ça sera toujours mieux que n'importe quel article.

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