L'essentiel en trois lignes
Baie de Lampaul est le principal mouillage d'Ouessant, ouverte plein sud-ouest sur la mer d'Iroise, à environ 4 milles nautiques au nord-ouest du Passage du Fromveur. Du mois de mai à la mi-octobre, 17 corps-morts visiteurs sont posés par la mairie devant la plage du Corz, réservés aux unités de moins de 10 mètres, gratuits, sans réservation. Bien protégée d'est et de nord, la baie devient intenable par vent de SW à W : on bouge vers Molène ou on rentre au continent.
Lampaul, le principal mouillage d'Ouessant
Ouessant n'a pas de port au sens classique du terme. Stiff, au nord-est, est réservé aux bateaux de service (ambulance, sauveteurs, navettes Penn Ar Bed). Le Lazaret, côté nord, est un mouillage de secours, difficile d'accès, exposé. Il reste Lampaul, sur la côte sud-ouest, et c'est là que tout se passe si vous venez en plaisance.
La baie forme un arc de presque 2 kilomètres, ouvert entre la Pointe du Lervily à l'ouest et la Pointe de Feunteun Velen à l'est. Au fond, la plage du Corz, une des rares grandes plages de sable blanc de l'île. Au-dessus, le bourg de Lampaul, ses maisons basses, l'église et le seul vrai commerce d'approvisionnement d'Ouessant. Quand on arrive de Brest ou du Conquet, c'est la silhouette du clocher qui sert d'amer de fond de baie.
Je suis venu trois fois à Ouessant ces cinq dernières années, toujours en arrière-saison (mai, fin septembre). Deux escales d'une nuit, une escale de trois jours coincé par un coup d'ouest. La première fois, j'ai sous-estimé le lieu : je pensais que Lampaul, c'était un mouillage d'abri sûr, gestion papa-maman, bouée-dodo-baguette. Erreur. C'est un mouillage stratégique sur une île-verrou, qui vous oblige à lire la météo trois fois plutôt qu'une.
Les 17 bouées visiteurs du Corz
La mairie d'Ouessant pose chaque année, entre début mai et mi-octobre, 17 corps-morts visiteurs dans la partie est de la baie, au sud de la balise Men Ar Groaz et devant la plage du Corz. Ces bouées blanches sont numérotées, gratuites, et réservées aux bateaux de moins de 10 mètres. Pas de réservation possible : premier arrivé, première place. Source : site officiel ouessant.bzh, rubrique Plaisance (consulté le 2026-04-19).
Quelques règles du jeu qu'il faut avoir en tête :
- Les équipages sont tenus de rester à 2 heures d'appareillage maximum. C'est écrit noir sur blanc sur le règlement municipal : si la météo tourne, vous devez pouvoir larguer vite.
- Débarquement en annexe à la cale de sauvetage ou à l'échelle métallique du quai Mingan. Priorité absolue aux services de secours et aux professionnels.
- Mairie de Lampaul au 02 98 48 80 06 pour joindre la capitainerie. Pas de veille VHF permanente dédiée au port lui-même : on passe par le sémaphore de Créac'h ou le CROSS Corsen sur canal 16 en cas de besoin.
Au-delà de 10 mètres, vous êtes sur votre ancre, à l'extérieur du champ de bouées, dans la partie ouest de la baie ou plus au large. C'est ce que fait la majorité des voiliers de croisière, mon 10,80 m y compris : je ne rentre jamais dans la zone des bouées, je m'ancre à 200-300 mètres à l'ouest, sur 6 à 8 mètres d'eau, fond de sable avec quelques patates de roche à éviter au GPS.
Profondeurs et nature du fond
Le sondage dans la baie varie entre 3 et 15 mètres selon qu'on est au fond (côté plage du Corz) ou plus au large (côté ouest). Dans la zone des bouées, on lit 4 à 6 mètres à basse mer en vive-eau moyenne. En s'écartant vers l'ouest, on trouve 8 à 12 mètres sur une zone plus large où la houle amortit moins. À partir de 15 mètres et plus au large, on touche la zone battue, ce n'est plus du mouillage, c'est du piquet.
Le fond est mixte. Sable fin et coquilles broyées sur une bonne moitié de la baie, notamment devant le Corz, mais piqueté de roches isolées et de têtes affleurantes, dont le rocher de Yourc'h Korz qui pointe au milieu de la baie (amer noir, impossible à rater de jour, plus traître de nuit). Il faut vraiment ouvrir le sondeur et la carte en posant l'ancre : on peut se poser sur du beau sable à 5 mètres, et raguer une patate de roche à 50 mètres au sud. J'ai vu en 2022 un Océanis 38 remonter son ancre avec 3 kilos de varech et un éclat de peinture sur la patte : pas de doute sur le diagnostic.
Pour l'ancre, je suis en Delta de 16 kilos sur 50 mètres de chaîne de 10 mm, et je mouille 4 fois la hauteur d'eau à marée haute (soit environ 25 à 30 mètres de chaîne dans 6 mètres à PM). Tenue correcte en sable propre. Sur roche, tenue aléatoire : mieux vaut se décaler de quelques longueurs pour re-essayer que d'insister.
Protection et exposition : le vrai sujet
La baie est ouverte plein sud-ouest à ouest, c'est le problème. Lampaul est bien abritée du nord et de l'est (la masse de l'île bloque tout) et correctement protégée du nord-ouest (la Pointe de Pern fait paravent), mais à l'ouest et au sud-ouest, la houle de l'Atlantique rentre droit dans la baie, et par vent fort établi dans ces secteurs, c'est intenable.
Secteur par secteur, mon retour après trois escales :
- Nord-est à est : abri excellent. Plan d'eau plat, même à force 5-6. C'est l'escale-type de vent d'est de fin de printemps, parfaite.
- Nord : bon abri, très peu de mer résiduelle.
- Nord-ouest : correct jusqu'à force 5. Au-delà, la houle commence à tourner la Pointe de Pern.
- Ouest : ça se gâte. Dès 20 noeuds établis, houle d'1 à 1,5 mètre dans la baie.
- Sud-ouest : à proscrire. Houle croisée, amarres qui travaillent, sommeil impossible.
- Sud : mauvais. La baie capte la houle résiduelle du SW par diffraction.
Pour ma part, je consulte systématiquement la bouée Météo-France Pierres Noires (WMO 62069) avant de viser Lampaul. Si la houle significative annoncée dépasse 2 mètres de SW, je reste à Camaret ou je fais demi-tour au Conquet. La logique de lecture de houle et de fenêtres que j'applique à Ouessant vient directement de mon article sur la navigation du Chenal du Four : les deux zones sont hydrauliquement connectées, ce qui gâte le Four gâte Lampaul 6 à 12 heures plus tard.
Accès au village par le sentier
Le débarquement se fait en annexe à la cale de sauvetage, juste devant le quai Mingan. Attention, cale basse à marée basse, ragage possible sur galet. Préférez l'échelle métallique du môle si votre annexe est fragile (pneumatique fin, fond gonflable). Les services de secours sont prioritaires, les pro aussi : garez-vous à l'écart du passage, jamais en travers de la descente.
Du quai au bourg de Lampaul, le sentier monte en faux-plat sur environ 1,2 kilomètre, compter 15 à 20 minutes à pied. Le bourg offre l'essentiel : l'épicerie Ty Ar Haron (horaires élargis en saison, fermée tôt hors-saison), une boulangerie ouverte dès 7h30, le seul distributeur de billets de l'île au Crédit Agricole sur la place, une pharmacie, un tabac-presse qui fait dépôt de pain en dépannage. Pour l'avitaillement, prévoyez léger : on trouve des pâtes, du vin, du fromage, du pain frais, mais pas de supermarché. Les prix sont plus élevés qu'au continent de 15 à 25 %, logique insulaire.
Côté restaurants, deux adresses qui valent le détour pour qui fait escale une nuit : Le Fromveur (cuisine bistrot, ragoût de mouton d'Ouessant, 25 à 35 euros le midi en 2025) et Ty Korn (pub-restaurant, bonne cave, ambiance chaleureuse, 20 à 28 euros la planche). Réserver en pleine saison.
Si vous restez plus d'une journée, louez un vélo. Le tour de l'île fait 28 kilomètres, sentier côtier praticable à pied (GR34) ou route intérieure à vélo. Le phare du Créac'h, celui du Stiff et la Pointe de Pern valent le crochet. Le musée des phares et balises au bout du Créac'h est une des rares raisons pour moi de redescendre à terre quand il pleut à Ouessant : collection sérieuse, muséographie soignée.
Parc naturel marin d'Iroise et règles de mouillage
Ouessant est intégralement incluse dans le Parc naturel marin d'Iroise, créé en 2007. C'est le premier parc naturel marin français et une des plus grandes aires marines protégées d'Europe. Ce statut impose quelques règles de bon sens qu'il faut connaître avant de poser son ancre.
Le mouillage sauvage sur herbiers de zostères est fortement déconseillé, voire interdit localement. Le parc a cartographié une dizaine d'herbiers dans les zones de mouillage de son périmètre, et finance le remplacement des ancres classiques par des systèmes de corps-morts écologiques (ancrage vissé dans le sable, chaîne flottante). Les 17 bouées de Lampaul en font partie : mouiller dessus, c'est participer à la préservation des fonds. Source : parc-marin-iroise.fr, rubrique La plaisance (consulté le 2026-04-19).
Au-delà des herbiers, les règles générales s'appliquent :
- Pas de rejet d'eaux noires à moins de 3 milles des côtes (réglementation nationale, rappelée localement).
- Respect des zones de pêche et des casiers des professionnels ouessantins. On coupe les lignes, on s'en prend une.
- Discrétion dans les baies fréquentées par les mammifères marins (phoques gris de Molène, régulièrement observés jusqu'à Lampaul). Pas de moteur hurlant, pas de poursuite.
- Collecte des déchets à la capitainerie de Lampaul (bennes au port). Ne rien laisser à bord, ne rien balancer à la mer.
Un point réglementaire qu'on oublie souvent : le Fromveur. Le chenal entre Ouessant et Molène est parcouru par un des courants les plus forts d'Europe, jusqu'à 9 noeuds en vive-eau maximale selon le SHOM. Tout passage doit être planifié à l'étale ou avec un courant portant bien établi, jamais contre un courant frais : on perd du fond même à 7 noeuds moteur. J'en parle plus en détail dans mon itinéraire Brest-Ouessant-Molène sur 3 jours, qui donne la logique de fenêtres pour enchaîner Fromveur et arrivée Lampaul sans se faire surprendre.
Ce que Lampaul a que les autres mouillages d'Iroise n'ont pas
Un dernier mot, en forme d'opinion assumée. Lampaul n'est pas un mouillage confortable au sens habituel. Il n'est ni abrité par tous les temps, ni animé, ni équipé d'un vrai port. Camaret a tout ça. Le Conquet aussi. Molène a plus de bouées (80, contre 17 à Ouessant). Mais aucun n'a le mélange que Lampaul offre : le fait d'être sur Ouessant, c'est-à-dire sur une île de 15 kilomètres carrés où vivent 830 habitants à l'année, avec une vraie vie d'île, des phares mythiques, et la sensation physique d'être à la limite du monde. Passer une nuit à Lampaul sur son ancre, entendre la corne de brume du Créac'h à 3 heures du matin à cause d'un banc de brouillard qui s'est posé, c'est quelque chose qu'on ne trouve pas à Porquerolles ni aux Glénan.
La contrepartie, c'est qu'il faut choisir sa fenêtre. La règle que je me donne : jamais Lampaul par vent de SW annoncé à plus de 15 noeuds à 24h, jamais Lampaul par houle de SW supérieure à 1,5 m. Si la météo tourne en cours d'escale, je largue et je file vers Molène ou au continent (Le Conquet à 14 milles, Camaret à 22 milles). Deux heures d'appareillage max, comme le dit la mairie : c'est le pacte qu'on passe avec l'île en venant.
Sources
- Mairie d'Ouessant, Plaisance à Ouessant, consulté le 2026-04-19 (17 bouées visiteurs, moins de 10 m, mai à mi-octobre, 2 heures d'appareillage).
- Navily, fiche mouillage Baie de Lampaul (avis plaisanciers, retours d'expérience, exposition SW).
- Sea-Seek, Baie de Lampaul (sondes, fond sable et roche, exposition au SW).
- Parc naturel marin d'Iroise, La plaisance (mouillages écologiques, herbiers de zostères).
- SHOM, Courants de marée 3D Fromveur (jusqu'à 9 noeuds en vive-eau, horaires d'étale).
- Hisse et Oh, Ouessant port de Lampaul (retours de navigateurs sur le mouillage et ses contraintes).
