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Le mérou brun : biologie, habitat, protection

Fiche mérou brun (Epinephelus marginatus) : serranidé territorialiste de Méditerranée, fonds rocheux 5-50 m, espèce protégée, pêche interdite.

Epinephelus marginatus, le mérou brun, est un serranidé emblématique de la Méditerranée, également présent sur la façade atlantique marocaine et jusqu'à la Namibie. Taille commune 40 à 80 cm, maximum 150 cm pour 60 kg (source : DORIS-FFESSM). Territorialiste, vit sur les fonds rocheux de 5 à 50 m. Espèce classée « en danger » (EN) sur la liste rouge UICN depuis 2018, protégée en France par un moratoire de pêche renouvelé en 2013 et prolongé au-delà de 2023.

Pêche interdite : ce qu'il faut savoir d'emblée

Avant tout le reste : le mérou brun est interdit à la pêche sous toutes ses formes en Méditerranée française. Arrêté préfectoral de la Préfecture maritime de la Méditerranée n° 42/2013 du 22 mars 2013, qui instaure un moratoire de 10 ans sur la pêche de loisir (ligne, chasse sous-marine), prolongé par un nouvel arrêté en 2023 jusqu'à fin 2033 au moins. Pêche professionnelle également interdite hors cas très précis (prise accessoire, avec déclaration obligatoire).

En pratique : si tu captures un mérou accidentellement à la ligne, tu coupes le bas de ligne au plus près de la bouche et tu relâches sans sortir le poisson de l'eau. Toute rétention est passible d'une amende de classe 5 (jusqu'à 1 500 euros en cas de récidive). Les contrôles sont fréquents en saison sur les côtes varoises et corses.

Cette fiche est donc une fiche de connaissance pour la plongée, l'observation, et la compréhension de la ressource, pas une fiche de pêche.

Description et identification

Corps massif, trapu, ovale allongé, avec une grosse tête et une mâchoire inférieure proéminente. Couleur générale brun-rouge foncé à brun-olive, parsemée de taches jaunâtres plus claires disposées en lignes irrégulières. Lèvres épaisses et charnues. Une particularité typique : le bord postérieur des nageoires dorsale, anale et caudale est souligné d'une bande blanche plus ou moins marquée, caractère qui a donné le nom spécifique marginatus.

Les gros spécimens (plus de 1 m) dépassent facilement 30 kg. Le record mondial à la chasse sous-marine avant moratoire tournait autour de 50 kg pour des poissons de 1,40 m, capturés en Corse et dans le sud de la Sardaigne. Aujourd'hui, ces tailles s'observent encore dans les réserves marines (Scandola en Corse, Port-Cros, îles d'Hyères, réserve des Bouches-de-Bonifacio) où l'espèce a repris depuis les années 2000.

À ne pas confondre avec trois autres serranidés méditerranéens : le mérou badèche (Epinephelus costae), plus clair et allongé, moins trapu. Le cernier commun (Polyprion americanus), qui a un corps plus élancé et une grande tête anguleuse. Le mérou royal (Mycteroperca rubra), plus rare, plus clair, à nageoires plus longues.

Habitat

Le mérou brun est territorialiste et sédentaire. Un adulte occupe une zone de quelques centaines de mètres carrés qu'il ne quitte pratiquement jamais, souvent autour d'une grotte ou d'un surplomb rocheux qui lui sert de refuge permanent. On le retrouve dans quatre types de sites en Méditerranée française.

Les tombants rocheux entre 5 et 30 m, les plus classiques pour les plongeurs. Falaises sous-marines verticales avec surplombs, grottes, failles. Typique des côtes varoises (Port-Cros, Porquerolles, Bormes), des Bouches-de-Bonifacio et des îles Lavezzi.

Les plateaux rocheux profonds entre 30 et 50 m, où vivent les très gros individus. Moins accessibles en plongée libre, nécessitent du scaphandre autonome ou du recycleur.

Les zones d'artificialisation en périphérie des réserves marines : tombants d'enrochements, épaves, anciennes structures portuaires. Les juvéniles s'y installent dès 2-3 ans.

Les épaves entre 20 et 50 m, où ils forment parfois des populations locales denses. L'épave du Donator (Porquerolles, 50 m) en hébergeait une dizaine dans les années 2010 selon les comptages associatifs.

Le mérou brun tolère des températures de 12 à 25 °C, présent toute l'année dans la zone côtière méditerranéenne, moins mobile que la plupart des poissons méditerranéens.

Saisonnalité

Peu de variations saisonnières visibles chez le mérou brun adulte. L'espèce est sédentaire toute l'année. Deux périodes biologiques comptent cependant.

De juin à août : saison de reproduction. Les adultes se regroupent sur des sites de reproduction (spawning aggregations) souvent traditionnels, à 20 à 40 m de fond. Comportement nuptial visible en plongée : parades, changements de couleur (éclaircissements, zébrures temporaires). C'est historiquement la période où les prélèvements étaient les plus dommageables, car les géniteurs rassemblés étaient faciles à capturer à la chasse sous-marine.

D'octobre à mars : période moins active, métabolisme ralenti. Les mérous restent dans ou près de leur refuge, sortent peu chasser.

Particularité biologique à connaître : le mérou brun est protandre hermaphrodite. Tous les individus naissent femelles, atteignent la maturité femelle vers 5 ans pour 40 cm, et changent de sexe pour devenir mâles vers 12-14 ans pour 80 cm environ. Le sex-ratio d'une population dépend donc directement de la pression de pêche sur les gros individus : pêche intensive des grosses femelles-mâles en transition, plus de mâles, effondrement démographique. Cette mécanique explique pourquoi le moratoire français a donné des résultats rapides.

Alimentation

Prédateur opportuniste et puissant. Un mérou de 1 m peut gober un poulpe de 3 kg d'un coup. Régime alimentaire dominé par trois catégories : les céphalopodes (poulpes, seiches, calamars), les crustacés (araignées, tourteaux, cigales de mer) et les poissons côtiers (sars, saupes, oblades, petits labridés).

Stratégie de chasse classique pour un prédateur de grotte : il reste en embuscade à l'entrée de son refuge, laisse passer des proies potentielles, puis détend une gueule énorme qui aspire l'eau et tout ce qui est devant d'un coup. Durée du mouvement de happement : moins de 30 millisecondes. C'est l'un des prédateurs à aspiration les plus rapides des eaux européennes.

Le mérou chasse principalement à la tombée de la nuit et à l'aube. En pleine journée, il reste généralement posé à l'entrée de son refuge, observant. Les plongeurs habitués savent qu'un mérou qui ne bouge pas est dans son comportement normal, pas endormi.

Conservation

Classé « en danger » (EN) sur la liste rouge UICN depuis 2018. Les populations méditerranéennes ont chuté de 60 à 80 % au XXe siècle à cause de la chasse sous-marine industrielle et de la pêche pro dans les années 1950-1980. Le moratoire français de 2013, prolongé jusqu'en 2033, a commencé à donner des résultats : les comptages visuels en plongée dans le Parc national de Port-Cros et dans la réserve de Scandola montrent une augmentation significative de la densité et de la taille moyenne des individus observés depuis 2010.

L'association GEM (Groupe d'Étude du Mérou) pilote depuis les années 1980 le suivi scientifique de l'espèce en Méditerranée française et fournit la base factuelle qui a conduit au moratoire.

Pour le plaisancier, la contribution à la ressource est simple : respecter strictement l'interdiction de pêche, signaler les observations au GEM (photos datées, position GPS, profondeur), ne pas harceler les individus en plongée.

Taille mini et réglementation

Pas de taille mini, puisque la pêche est totalement interdite en Méditerranée française jusqu'à fin 2033 au moins. Arrêté préfectoral PREMAR MED n° 42/2013 du 22 mars 2013, prolongé par l'arrêté de 2023. Aucune dérogation plaisance n'est prévue.

La chasse sous-marine est interdite sur le mérou. La pêche à la ligne en prise accessoire est tolérée à condition d'une remise à l'eau immédiate, sans sortir le poisson de l'eau si possible. Sanction en cas de rétention : amende de classe 5 jusqu'à 1 500 euros.

Le même arrêté protège également le corb (Sciaena umbra) sur les mêmes bases.

Pour un contraste avec une autre espèce méditerranéenne non protégée mais soumise à des règles strictes, voir la pêche du mérou et sa réglementation en Corse.

Pêche associée : que faire en cas de capture accidentelle

Si tu accroches un mérou à la ligne (cela arrive en pêche au vif en été sur les roches varoises), trois règles : tu ne sors pas le poisson de l'eau, tu coupes le bas de ligne au plus près de la bouche avec une pince longue, tu laisses repartir.

Si le poisson est épuisé et remonte ventre en haut, tu l'aides à retrouver son équilibre en le tenant doucement par les flancs quelques secondes, le temps qu'il reparte. Ne jamais tenter de décrocher l'hameçon à la main sur un mérou : leurs mâchoires peuvent broyer un doigt, et tu risques aussi une amende lourde si un contrôle a lieu à ce moment.

Les spots connus pour abriter des mérous (épaves, tombants dans les réserves) sont à éviter si tu pêches au vif ou à l'appât naturel. Si tu utilises BoatMap, tu peux enregistrer ces zones comme marqueurs à éviter pour orienter ta pêche vers des espèces autorisées.

Sources

  • DORIS-FFESSM, fiche Epinephelus marginatus : https://doris.ffessm.fr/Especes/Epinephelus-marginatus-Merou-brun-130
  • UICN Liste rouge, évaluation Epinephelus marginatus (2018)
  • Arrêté préfectoral PREMAR MED 42/2013 et son renouvellement de 2023
  • Groupe d'Étude du Mérou Méditerranée (GEM) : https://www.gem.asso.fr/
  • Ifremer, suivis mérou brun en Méditerranée française

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