Résumé
Quatre marchés de port en Bretagne Nord méritent qu'on cale son escale dessus : Roscoff le mercredi, Paimpol le mardi, Saint-Quay-Portrieux le lundi, Cancale le dimanche. Chacun a son caractère, ses producteurs réguliers, et une ambiance qui survit largement à la fréquentation estivale. Le critère qui change tout : le ratio producteurs locaux par rapport aux revendeurs.
Pourquoi le marché plutôt que la grande surface
On peut faire ses courses à Carrefour avant de partir et avitailler en cinq minutes. Mais l'escale, c'est aussi ce qu'on en garde après. Un kilo de coquilles Saint-Jacques achetées au marin sur le quai de Saint-Quay-Portrieux, ça ne se substitue pas avec un sachet sous vide. Le marché de port apprend des choses qu'aucun guide ne raconte : quelle saison de quel poisson, quel producteur tient depuis trente ans, quels sont les bons coins du coin.
Il existe deux catégories de marchés en Bretagne. Les marchés de villes intérieures, plus orientés sur les fruits, légumes et produits secs, où le poisson est presque accessoire. Et les marchés portuaires, où la criée du matin alimente directement les étals de l'après-midi, et où on trouve des produits qu'on ne verra nulle part ailleurs. Cet article ne parle que des seconds.
Roscoff, mercredi matin
Le marché de Roscoff se tient place Lacaze-Duthiers, à 200 mètres du port de plaisance. Démarrage à 8h, fin vers 13h, plus tôt en hiver. C'est un marché historique, mentionné dès le XVIIIe siècle, et la place de la criée s'est déplacée plusieurs fois sans jamais cesser de fonctionner.
Ce qu'on y trouve vraiment : oignons rosés AOP, qui ne ressemblent à aucun autre oignon (sucré, peu piquant, conservation jusqu'à mai), johnnies en costume traditionnel encore visibles certains jours. Côté pêche, langoustines vivantes, araignées de mer, quelques jolis bars de ligne. Trois fromagers, dont un qui propose de l'AOP Pont-l'Évêque et du fromage fermier de Plougastel. Deux maraîchers du Léon, dont les choux-fleurs (la région en produit 80 % de la production française) sont un must en hiver-printemps.
Le ratio producteurs réels approche les 70 %. Les revendeurs existent mais ne dominent pas, contrairement à beaucoup de marchés touristiques. Le mercredi matin en juillet-août, l'affluence est forte mais on circule. Hors saison, c'est presque trop calme.
L'escale au port de plaisance est facile : 800 places, 80 visiteurs, accès toutes marées par 4 m au seuil. La capitainerie répond en VHF canal 9.
Paimpol, mardi matin
Place du Martray, le mardi de 8h à 13h. Plus petit que Roscoff, plus authentique aussi, dans le sens où il est moins visité par les groupes de touristes. Le port de plaisance, à 300 m de la place, occupe le bassin à flot fermé par une porte de marée (ouverture deux heures avant et après la pleine mer en vives-eaux).
Ce qu'on y trouve : la coquille Saint-Jacques de la baie de Paimpol en saison (octobre à avril), une des meilleures de France selon les critères de chair et de fraîcheur. Les coureurs du dimanche connaissent. Le poisson de l'Île de Bréhat (turbots, soles, lieus jaunes) arrive directement. Plusieurs producteurs de cidre de Plougrescant et de pommes de la baie. Les biscuits Nantais et les kouign-amann fabriqués localement, pas industriels.
Le marché a une ambiance de port de pêche qui se maintient grâce à la flottille active de la baie. Ce n'est pas un décor pour touristes : les habitants y font leurs courses, on entend autant le breton que le français certains matins. C'est devenu rare.
L'escale au port de plaisance vaut largement le coup pour deux jours minimum, le temps de visiter Bréhat à pied via la traverse de l'Arcouest. Tarifs visiteur autour de 26 euros la nuit pour 10 m en saison.
Saint-Quay-Portrieux, lundi matin
Le marché du lundi se tient sur le port lui-même, devant la criée. Démarrage 8h30, animation maximale vers 10h. C'est le marché le plus axé pêche des quatre, et certainement celui qu'on retiendra pour la coquille Saint-Jacques.
Saint-Quay est le premier port français pour la Saint-Jacques de la baie de Saint-Brieuc. La saison s'ouvre début octobre et ferme fin avril, avec des règles de pêche très strictes (deux jours par semaine, 45 minutes de pêche autorisée par jour, quotas individuels). Le résultat, c'est une pêche durable et un produit d'exception. Sur le marché, les marins-pêcheurs vendent directement leur production en sortie de criée. La coquille à 12 à 16 euros le kilo selon la taille, c'est moins cher que dans n'importe quelle poissonnerie de l'intérieur.
On y trouve aussi : poissons de roche (vieilles, congres, lieux jaunes), tourteaux et homards de casiers, huîtres de Pleneuf-Val-André. Les revendeurs de fruits et légumes existent mais sont moins nombreux qu'à Roscoff. C'est un marché de pêche, pas un marché général.
Le port de plaisance compte 1 000 places dont 70 visiteurs, accès toutes marées (rare en Bretagne Nord), bon abri tous secteurs. Tarif autour de 30 euros la nuit pour 10 m en saison. C'est devenu une étape obligée des navigations Manche-Atlantique.
Cancale, dimanche matin
La baie de Cancale n'est pas, à proprement parler, accessible aux bateaux de plaisance pour une escale (cale d'échouage uniquement, marnage de 13 m en vives-eaux), mais beaucoup de plaisanciers font le détour depuis Saint-Malo (15 milles à l'Ouest) ou Granville (25 milles à l'Est) en bus ou en voiture. Le marché vaut le déplacement.
Tenu place Pierre-Loti le dimanche matin, c'est un marché à dominante huîtres et fruits de mer. Cancale produit 25 000 tonnes d'huîtres par an, soit 5 % de la production française. Sur le marché, une dizaine de producteurs alignent leurs bourriches : huîtres plates (la fameuse Belon, plus rare et plus chère), creuses spéciales, creuses fines de claire. Tarifs 8 à 15 euros la douzaine selon la calibre et la qualité, à manger sur place avec un quart de muscadet et une tartine de beurre breton.
Le reste du marché est plus généraliste, avec des produits de la baie, du fromage de la région de Saint-Malo, et quelques producteurs bio de l'Ille-et-Vilaine. Mais on y vient pour les huîtres, et c'est mérité.
L'escale plaisance se fait à Saint-Malo Vauban (1 200 places, accès aux heures pleines mer via l'écluse) ou au port des Sablons à La Cale.
Choisir ses jours
Si vous descendez la côte d'Est en Ouest, l'enchaînement Saint-Quay-Portrieux le lundi, Paimpol le mardi, Roscoff le mercredi est presque parfait. Trois étapes, trois marchés, trois ambiances. Cancale s'ajoute pour ceux qui démarrent ou finissent à Saint-Malo le week-end.
L'autre option, c'est de cibler un seul de ces marchés et d'en faire un point fort de l'escale. Trois jours à Paimpol pour explorer Bréhat et l'arrière-pays, ça se justifie autant qu'un marathon de quatre escales courtes. La mer demande de prendre le temps, le marché aussi.
Pour caler vos étapes en Bretagne Nord et croiser les fiches portuaires avec les jours de marché, BoatMap regroupe les ports de la côte avec leurs particularités d'accès et de fréquentation.
