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Guérir son mal de mer avec des remèdes naturels

Mal de mer : remèdes naturels qui marchent (gingembre, bracelets P6, respiration), ce qui n'a aucun effet, et quand passer aux médicaments.

L'essentiel

Le mal de mer touche environ 60 à 70% des personnes embarquées au moins une fois, dont 10 à 15% de manière sévère. Trois remèdes naturels documentés efficaces : le gingembre frais ou en gélules (1 à 2 g, 30 minutes avant le départ), les bracelets d'acupression P6, et la respiration abdominale lente. La position assise face à la marche, dans l'air libre, regard à l'horizon, prévient la majorité des cas légers. Les remèdes médicamenteux (Stugeron, Mercalm, scopolamine en patch) restent indiqués pour les cas modérés à sévères, à anticiper avant l'embarquement.

Pourquoi ce mal arrive (en 30 secondes)

Le mal de mer (cinétose) vient d'un conflit sensoriel entre l'oreille interne (qui perçoit le mouvement) et la vue (qui voit un environnement stable, comme l'intérieur d'une cabine ou un écran). Le cerveau interprète ce conflit comme une intoxication possible et déclenche les nausées et vomissements pour "purger" l'organisme. C'est une réponse archaïque, totalement inefficace en mer, mais profondément ancrée.

Pratique : tous les remèdes "qui marchent" agissent sur trois leviers. Soit ils calment l'oreille interne (médicaments), soit ils synchronisent la vue avec le mouvement (regarder l'horizon), soit ils détournent le cerveau du conflit (respiration, acupression, distraction).

Le gingembre, vrai pas vrai ?

Vrai. Plusieurs études cliniques ont validé l'efficacité du gingembre sur la nausée, dont une étude marine danoise de 1988 qui reste référence (40 cadets, gingembre vs placebo, gingembre 38% plus efficace).

Dosage et forme :

  • Gingembre frais : 1 à 2 cm de racine, mâché 30 minutes avant l'embarquement, à renouveler toutes les 4 heures.
  • Gélules : 1 à 2 g de gingembre en poudre, soit typiquement 2 à 4 gélules d'extrait standard.
  • Tisane : 2 à 3 g de racine fraîche râpée infusée 10 minutes, à boire 30 minutes avant.
  • Bonbons au gingembre : utile en complément, mais dose plus faible.

Limites : effet plafond (au-delà de 3 g, pas plus efficace), goût piquant que certains tolèrent mal, peu d'effet sur les cas sévères. Pour le mal de mer "léger à modéré", c'est probablement le remède naturel le plus solide.

Les bracelets d'acupression P6

Le point P6 (Neiguan en médecine chinoise) est situé sur la face antérieure de l'avant-bras, environ 3 doigts au-dessus du poignet, entre les deux tendons centraux. Une pression continue sur ce point réduit les nausées chez environ 40 à 60% des personnes selon les études.

Les bracelets commerciaux (Sea-Band, Acuband, et leurs équivalents) ont un picot plastique qui appuie sur ce point. À porter aux deux poignets, à mettre 1 heure avant l'embarquement.

Ce qu'ils valent :

  • Pour les enfants : un des seuls remèdes "non médicamenteux" autorisés sans contre-indication d'âge. Pratique sur un petit qui ne veut rien avaler.
  • Pour les adultes sensibles aux médicaments (effets secondaires connus) : un palliatif intéressant.
  • En complément : avec le gingembre et la respiration, c'est une combinaison qui couvre les cas légers à modérés.

Coût : 8 à 15 euros la paire, durée de vie indéfinie. Investissement quasi nul pour un effet mesurable.

Respiration et regard

Deux gestes simples qui marchent autant que les remèdes :

La respiration abdominale lente : inspirer 4 secondes par le nez en gonflant le ventre, retenir 2 secondes, expirer 6 secondes par la bouche. Répéter 3 à 5 minutes. Cette respiration active le système parasympathique, qui contre la réponse de stress et atténue la nausée. Effet en 5 minutes pour la plupart des cas légers.

Le regard à l'horizon : pas un détail, c'est un geste structurant. Tant qu'on regarde la ligne d'horizon stable, le cerveau réconcilie le mouvement perçu par l'oreille avec ce que voit l'oeil. Dès qu'on baisse les yeux sur une carte, un téléphone ou un livre, le conflit revient et le mal de mer aussi.

Conséquence pratique : éviter la table à carte, l'usage du téléphone, la lecture, la cuisine pendant les premières heures de mer si vous êtes sensible. Personne ne veut entendre ça mais c'est la règle.

Position et environnement à bord

Trois ajustements qui changent tout sans coûter un centime :

  • Au centre du bateau : la zone qui bouge le moins en cap longitudinal et latéral. Sur un voilier de 10 mètres, c'est dans le cockpit, pas dans la cabine arrière ni dans la pointe avant.
  • Face à la marche : l'oreille interne accepte mieux un mouvement vu en cap qu'un mouvement subi de côté ou de dos.
  • Dans l'air libre : la cabine fermée combine confinement, odeurs (gasoil, cuisine, plastique chauffé) et perte du repère horizon. Triple peine.

Si quelqu'un est mal, le sortir de la cabine immédiatement. La pire chose à faire : "va t'allonger en bas, tu seras mieux". Non, il sera pire.

Alimentation avant et pendant la sortie

Quelques règles documentées :

  • Pas à jeun, pas trop plein : un repas léger 1 à 2 heures avant l'embarquement. Glucides simples (pain, riz, banane, biscuits secs) plutôt que graisses ou protéines lourdes.
  • Pas d'alcool la veille : la déshydratation alcoolique aggrave la cinétose.
  • Hydratation régulière : petites gorgées d'eau plate toutes les 15-20 minutes, pas de grosses lampées espacées.
  • Éviter les odeurs fortes : café au cockpit, c'est non si quelqu'un est sensible. Pareil pour la cigarette, la cuisson de poisson grillé, les laitages tièdes.

Ce que je vois marcher : une banane et un peu de pain 1 heure avant l'embarquement, puis bonbons au gingembre toutes les heures pendant les 4 premières heures. Sur une famille de 4 dont 2 sensibles, c'est ce qui m'a donné les meilleurs résultats sur 8 saisons de croisière.

Ce qui ne marche pas (mais qu'on entend partout)

Trois remèdes folkloriques sans effet documenté :

  • Le coca cola : sucré, gazeux, donne une impression de soulagement temporaire (l'estomac se calme 5 minutes), mais aucun effet de fond. Le sucre rapide peut même aggraver les variations glycémiques liées au stress.
  • Le citron à mâcher : effet placebo léger, mais l'acidité peut irriter un estomac déjà fragile.
  • Regarder le ciel allongé sur le pont : marche dans 5% des cas (les personnes pour qui regarder l'horizon ne suffit pas), mais aggrave dans la majorité des cas (perte du repère, prise de soleil ou de pluie sur le visage).

Et un mythe très répandu : "ça passe au bout de 3 jours, il faut tenir". Vrai dans environ 70% des cas (acclimatation progressive), faux pour les autres. Il y a des personnes qui ne s'acclimatent jamais. Pour elles, médicaments et solutions structurelles (motoryacht, croisière côtière courte, escales fréquentes) sont à privilégier.

Quand passer aux médicaments

Les médicaments anti-cinétose ne sont pas un échec, ce sont des outils. Trois principales catégories :

  • Antihistaminiques (Mercalm, Nautamine, Cocculine en homéopathie) : efficaces pour les cas légers à modérés, à prendre 1 heure avant l'embarquement. Effet secondaire : somnolence.
  • Cinarizine (Stugeron) : efficacité validée, prescription en pharmacie, 1 comprimé 2 heures avant le départ puis 1 toutes les 8 heures. Moins de somnolence que les antihistaminiques.
  • Scopolamine en patch (Scopoderm TTS) : prescription médicale, à coller derrière l'oreille 4 heures avant le départ, effet 72 heures. Le plus efficace pour les cas sévères, mais effets secondaires (bouche sèche, vision floue, attention si vous êtes barreur).

Mon protocole personnel pour un équipier connu pour être très malade : patch Scopolamine la veille, gingembre en gélules au réveil, bracelets P6 dès l'embarquement, banane 1 heure avant. Cumulés, ces moyens couvrent 95% des situations.

Pour les bases plus larges sur la sécurité et les réflexes en mer, voir les repères et réflexes du débutant.

Cas particuliers

Les enfants : moins sensibles que les adultes en bas âge (jusqu'à 2-3 ans), puis plus sensibles entre 5 et 12 ans, retour à la normale après. Bracelets P6, gingembre en gomme, et regarder l'horizon. Médicaments uniquement sur prescription pédiatrique.

Les femmes enceintes : pas de médicaments classiques sans avis médical. Gingembre validé en faible dose (1 g maximum), bracelets P6, position assise au centre du bateau. La grossesse rend généralement plus sensible aux nausées maritimes.

Les personnes sous traitement chronique : vérifier les interactions médicamenteuses avant de prendre du Stugeron ou de la Scopolamine. Le gingembre est contre-indiqué en cas de prise d'anticoagulants à forte dose (effet fluidifiant).

Foire aux questions

Le mal de mer disparaît-il vraiment au bout de 3 jours ?

Pour 70% des personnes oui, par acclimatation progressive (effet "sea legs"). Pour 30%, non. Si vous êtes dans cette tranche, il faut accepter et adapter le programme.

Peut-on être préparé physiquement avant la saison ?

Partiellement, oui. Quelques sorties courtes en avril-mai, conditions calmes, augmentent la tolérance. Mais cela ne dispense pas des remèdes en cas de mer formée.

Les patches Scopolamine sont-ils dangereux ?

Sous prescription médicale et à dose recommandée, non. Effets secondaires courants : bouche sèche, vision floue à 24-48h, somnolence. À éviter si vous barrez seul ou si vous êtes l'unique adulte responsable à bord.

Y a-t-il un risque à associer plusieurs remèdes ?

Gingembre + bracelets P6 + respiration : aucun risque, additionnez. Médicaments anti-cinétose entre eux : à éviter, choisir une seule molécule. Médicaments + gingembre à forte dose : interaction potentielle si traitement par anticoagulant, demander avis pharmacien.

Sources

Méta-analyse de Cochrane sur le gingembre et nausées (cochranelibrary.com), étude Sea-Band sur l'acupression P6 publiée dans Anaesthesia 2003, recommandations de la Société française de médecine maritime (SFMM, smm-fr.fr), notice médicament Mercalm et Stugeron (consultables sur Vidal). Cet article a vocation informative et ne remplace pas un avis médical individualisé.

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