Provence

Mon itinéraire 5 jours : Marseille, Cassis, Porquerolles, par Tristan

5 jours et 110 milles depuis le Frioul, du mistral à gérer J3 et deux mouillages qui m'ont fait renoncer à la Corse cette année.

Découvrez ces spots dans BoatMap

Cartes, avis et navigation hors ligne en une seule app.

Download on the App StoreGet it on Google Play

Vendredi matin, 5 h 40 au ponton du Frioul. Café dans le cockpit, sac d'équipier posé sur la descente, la météo sur le téléphone ouvre le week-end à 8 nœuds de sud-est. J'ai 5 jours devant moi, un Sun Odyssey 410 qui s'appelle Tramontane, et une idée simple : descendre jusqu'à Porquerolles sans me presser, toucher Port-Cros, revenir par Les Embiez. Sur le papier, environ 110 milles cumulés. Dans la réalité, un mistral qui s'est invité au troisième jour et a tout décalé.

Je navigue dans cette zone depuis 2019, et je construis mes itinéraires autour du vent dominant, pas malgré lui. C'est la seule méthode qui tient quand on part pour 5 jours en juillet entre Marseille et Hyères. Celui qui pense faire Marseille-Porquerolles en ligne droite avec une fenêtre de 24 h a généralement un retour difficile.

Jour 1 : Frioul vers En-Vau, 12 milles, le plus court et le plus photogénique

Largué les amarres à 6 h 15, sortie Frioul par le chenal nord. Cap 110 jusqu'à Cap Croisette, puis on longe la côte des calanques à 0,8 mille au large. Visibilité parfaite, mer plate, moteur en transit. À 8 h 10 j'étais devant Sormiou, à 9 h 40 devant En-Vau.

En-Vau c'est le mouillage-escale classique : on y passe la mi-journée, on y déjeune, on ne dort pas. Fond de 8 à 14 mètres sur sable, puis ça remonte vite vers le fond de calanque (3-4 mètres à 50 mètres du fond rocheux). J'ai mouillé à 11 mètres sur 4 longueurs de chaîne de 10 mm, à peu près au milieu de la calanque. L'eau était à 22 degrés, clair net jusqu'au fond, posidonies bien visibles sur les côtés que j'évite au guindeau.

À partir de 11 h, les navettes de Cassis commencent à lâcher des paquets de touristes en paddle. Ça devient bruyant. Je lève l'ancre à 13 h 30, direction Cassis pour la nuit, 3 milles à peine. Port de Cassis : réservation faite 6 semaines avant pour juillet, sinon c'est peine perdue. Place à quai, 48 euros la nuit pour 12,35 m, eau et électricité comprises. La capitainerie est efficace, le VHF répond sur canal 9.

Ce soir-là on marche 20 minutes jusqu'à la place Baragnon, on mange une bouillabaisse correcte sans plus, et on rentre tôt. Départ demain prévu à 7 h.

Jour 2 : Cassis vers La Ciotat, détour par Figuerolles

18 milles au total, ce qui paraît absurde sur la carte puisque Cassis et La Ciotat sont à 9 milles en ligne droite. Mais je voulais faire le tour du Bec de l'Aigle, mouiller à Figuerolles pour déjeuner, et finir au port de La Ciotat le soir. Le mistral devait arriver samedi nuit, je préférais dormir dans un port bien abrité.

Appareillage 7 h 10, grand-voile haute, foc à moitié déroulé, petit travers de sud-est à 6 nœuds. On descend tranquille jusqu'au Cap Canaille, le deuxième plus haut cap maritime de France (394 mètres). Passé le cap, on tombe sur Figuerolles avant midi.

Figuerolles est une calanque étroite, orientée sud, abritée des vents de W à E par le nord mais ouverte à la houle du sud. 20 mètres à l'entrée, puis ça remonte vite à 2-3 mètres au fond (source portsadvisor.mobi). Fond de sable, galets et vase. Pour un bateau de 12 mètres, je mouille à 6-8 mètres sur 3 longueurs de chaîne, en gardant 30 mètres de réserve devant les roches du Bec. Deux autres voiliers déjà là à 11 h 40, je mouille à 50 mètres d'eux. Baignade, déjeuner froid, sieste.

Détail qui compte : Figuerolles se vide à partir de 17 h parce que les gens rentrent sur La Ciotat ou Cassis pour la nuit. Si j'avais voulu dormir là, c'était faisable en flopette, mais avec la rotation annoncée du vent j'ai préféré rejoindre La Ciotat avant 19 h. Entrée au Vieux-Port à 18 h 30, place réservée, 52 euros la nuit.

J'ai déjà raconté ailleurs comment j'aborde le mistral en choisissant mes mouillages à l'avance, c'est là que ça se joue : pas le jour du coup de vent, la veille.

Jour 3 : La Ciotat vers Porquerolles, le bord où le mistral décide pour toi

Le morceau le plus long de la semaine : 38 milles si on coupe droit au large, 42 si on fait l'arrondi par le Bec Siou. Prévision de la veille au soir : mistral mollissant en fin de nuit, nord-ouest 18-22 nœuds avec rafales 28 annoncées jusqu'à 10 h, puis baisse franche l'après-midi. Le mistral souffle près de 100 jours par an dans les Bouches-du-Rhône avec des pointes au-delà de 140 km/h (source Climat des Bouches-du-Rhône, Wikipédia), et en été il a souvent ce profil : raide le matin, mou l'après-midi. Je suis parti avec ce pari.

Appareillage 5 h 30, pleine nuit, le port dormait. Sortie de La Ciotat plein sud, puis je pars au 120 pour prendre de la marge au large. GV avec un ris, génois à 70%, allure de petit largue. Le bateau avance à 7,2 nœuds sur l'eau, je sens les rafales qui claquent les hauts. Vague courte, croisée, hachée. Pas une zone où je serais sorti avec mes parents sur leur bateau, mais avec un 410 bien réglé et un équipier solide, c'est gérable.

À 9 h 50, je passe au sud du Cap Sicié, dernière bouée avant la traversée franche jusqu'à Porquerolles. Le vent tombe à 15 nœuds vers 11 h comme annoncé. Je lâche le ris, déroule tout le génois, le bateau file à 7,5 nœuds moteur coupé, cap 95. Arrivée devant la plage d'Argent à 14 h 40 pile.

Plage d'Argent côté ouest de Porquerolles : fond de sable propre jusqu'à 200 mètres de la plage, 4 à 7 mètres de fond, quelques zones de posidonies à l'est qu'il faut lire sur la carte ou repérer au masque. Le mouillage sur sable reste gratuit à Porquerolles, y compris dans le projet de réorganisation 2028 qui prévoit 354 bouées sur 5 sites et laissera les zones sableuses libres de jour comme de nuit (source portcros-parcnational.fr). J'ai mouillé à 5 mètres, 4 longueurs et demie, vérifié au masque (sable franc, ancre bien plantée).

À 20 h, la plage s'était vidée des touristes de la journée. Il restait 11 voiliers au mouillage, plus un gros catamaran de location. Nuit très calme, légère houle de sud résiduelle, rien de gênant.

Jour 4 : Porquerolles vers Port-Cros, l'escale courte qui vaut la peine

Seulement 9 milles de Porquerolles à Port-Cros, une vraie demi-journée. J'ai profité de la matinée à Plage d'Argent (baignade 7 h, petit-déjeuner dans le cockpit, lecture), levé l'ancre à 10 h 30.

Bord d'est au moteur et voile d'appoint, traversée de la passe des Mèdes à 11 h 15, contournement de la pointe Beauregard. Arrivée sur Port-Cros à midi. J'ai réservé 3 jours avant sur le site de la ZMEL de Bagaud. C'est là qu'il faut comprendre la règle : la zone de mouillages et d'équipements légers ouvre du 15 avril au 15 octobre, 68 bouées disponibles dont 3 réservées aux résidents pour les unités de moins de 15 mètres, tarif 0,58 euro TTC par m² (longueur x largeur du bateau) pour les deux premières nuitées puis le double à partir de la troisième (source portcros-parcnational.fr, ZMEL de Bagaud). Pour mon 410 (12,35 x 4,18), ça fait 51,6 m², soit environ 30 euros la nuit. Correct pour un mouillage sécurisé dans un parc national.

Important : la réservation est obligatoire pour la nuit (18 h à 8 h), gratuite en journée. L'annulation n'est pas possible. Séjour maxi 5 nuits consécutives. Ce sont les règles du parc, pas négociables.

Capitainerie Port-Cros au 04 94 01 40 72, VHF canal 9. Personnel toujours aimable, procédure claire. Aux gens qui me disent que le parc durcit les règles, je réponds qu'il protège des herbiers qu'on aurait détruits en 10 ans de mouillage libre. Le prix à payer n'est pas ce que je paie chaque nuit, c'est ce que le parc paie pour surveiller ce que nous faisons quand on ne regarde pas.

Après-midi à terre : sentier du fort de l'Estissac, retour par la plage de la Palud, trempette. Diner à bord, pâtes fraîches et pistou. Nuit sans un souffle, amarrage sur la bouée impeccable.

Jour 5 : Port-Cros vers Marseille, détour par Les Embiez

C'est le segment que je sous-estime toujours : 48 milles sur la route directe, 55 en faisant un stop aux Embiez pour le déjeuner. J'ai choisi les Embiez parce que c'est le dernier point où je peux descendre à terre avant Marseille, et que j'avais besoin de faire le plein d'eau.

Largué la bouée à 5 h 20, encore étoiles. Cap 290, vent tombé à 5 nœuds de sud, moteur presque tout le chemin. J'ai pris un petit bord sous voile entre Le Lavandou et le Cap Bénat pour le principe, mais l'essentiel de la matinée au diesel. Arrivée Port Saint-Pierre des Embiez à 11 h 40.

Le port des Embiez c'est 750 anneaux, accueil jusqu'à 45 mètres, capitainerie 04 94 10 65 21 (source ville-six-fours.fr, tarifs portuaires 2025 et Provence Méditerranée). J'y ai pris un mouillage visiteur 3 h pour 18 euros, plein d'eau douce, une douche rapide, un café au bistro du port. C'est une escale technique, pas un arrêt touristique. Les Embiez est surtout une très bonne météo-routière pour qui remonte vers Marseille : on peut y attendre une fenêtre si le mistral se lève d'un coup.

Reparti 15 h 10, cap 285 vers le Cap Sicié puis route directe sur le Frioul. Vent sud-est rentrant en fin d'après-midi, belle allure de grand largue, arrivée au ponton à 20 h 50. Total du jour : 55 milles. Total semaine : 112 milles très précisément, moteur cumulé environ 18 heures, diesel consommé 62 litres (conso moyenne 3,4 L/h sur ce genre de transit).

Ce que je retiens de cet itinéraire

Ce tracé est accessible à un équipage de deux plaisanciers expérimentés avec un bateau de 12 mètres bien équipé. Il ne l'est pas pour une famille avec enfants en bas âge : le J3 expose à la houle forte, et si le mistral reste au-dessus de 25 nœuds le matin, il faut repousser. Pour une version plus douce, je recommande cet itinéraire 4 jours en famille vers les Îles d'Hyères, qui ne monte pas au Cap Sicié par gros temps.

Deux choses que je change depuis l'an dernier. Un : je ne m'arrête plus au port de Porquerolles en été. Un mouillage sur sable à Plage d'Argent à 15 h, on y reste, on y dort, on repart à l'aube. Deux : je réserve Port-Cros systématiquement 72 h avant, jamais la veille. Les 68 bouées partent vite en juillet-août.

Enfin, sur le choix Corse versus itinéraire côtier : j'ai fait 4 fois la Corse depuis Marseille, et pour 5 jours, je préfère 10 fois un aller-retour Porquerolles Port-Cros bien calé plutôt qu'une traversée de nuit sous pression pour mouiller 36 h à Girolata avant de tout faire en sens inverse. Le vrai luxe, c'est de ne jamais courir.

L'itinéraire complet et les 4 mouillages sont enregistrés dans BoatMap si vous voulez reprendre la trace avec vos propres étapes.

Découvrez ces spots dans BoatMap

Cartes, avis et navigation hors ligne en une seule app.

Download on the App StoreGet it on Google Play