Provence

Inventaire de bateau en début de saison : la check-list pro

L'inventaire complet d'un voilier de charter avant la première semaine, par poste et par compartiment. Plus de 70 points à passer en revue.

L'inventaire de début de saison, ce n'est pas le ménage de printemps. C'est l'audit du bateau avant qu'on confie sa quille à 6 paires d'inconnus pour 6 mois d'affilée. Sur un voilier de charter de 12 à 16 mètres, comptez 1 journée pleine de skipper plus une demi-journée d'un mécano de port. Coût direct : entre 350 et 500 euros, selon le mécano. Coût réel si vous le sautez : potentiellement plusieurs milliers d'euros et une rotation cassée en juillet.

Voici la liste qu'on utilise sur les bateaux que je skippe à Marseille, Bandol et Hyères. Adaptez selon le bateau, mais ne sautez pas de poste.

Documents et papiers à bord (5 points)

À jour avant l'embarquement du premier équipage de la saison, sinon le bateau ne sort pas. Liste minimale :

  • Acte de francisation et titre de navigation, originaux à bord
  • Permis de circulation en cours, vérifier date d'expiration
  • Police d'assurance navigation valide, conditions particulières et générales
  • Licence VHF et MMSI à jour (le mien est inscrit dans la coque)
  • Certificat de jaugeage, copie carte grise du moteur

Cas vécu : en mai 2024, un armateur m'a confié un bateau dont l'assurance avait basculé en "navigation côtière" sans qu'il s'en rende compte au renouvellement. Il croyait être assuré semi-hauturier. La différence se voit le jour du sinistre, pas avant. Faites lire les conditions particulières par votre assureur ou par votre comptable.

Équipement de sécurité (12 points obligatoires)

C'est le poste qui m'a coûté le plus de temps en formation capitaine 200 voile, et le plus important sur le terrain. Pour un bateau pro en navigation semi-hauturière (catégorie 3), la liste réglementaire :

  • Radeau de survie révisé moins de 12 mois (date sur l'enveloppe et sur le bordereau de révision)
  • Pyrotechnie en cours de validité (fusées, feux à main, fumigènes), date d'expiration sur les emballages
  • VHF fixe testée au canal 70 (test ASN), VHF portable étanche chargée
  • AIS opérationnel, MMSI vérifié (cherchez votre MMSI dans le menu config et notez-le sur un carton dans la table à carte)
  • Gilets de sauvetage et harnais : nombre des places + 2, déclencheurs hydrostatiques validés, date de péremption des cartouches CO2 lisible
  • EPIRB ou PLB enregistrée et testée, batterie changée selon préconisation constructeur (en général tous les 5 ans pour Kannad SafePro)
  • Extincteurs : 1 dans le carré, 1 par cabine, 1 dans le compartiment moteur, vérifier la pression et la date
  • Couverture anti-feu en cuisine
  • Boîte à pharmacie de catégorie 3 avec inventaire à jour
  • Radeaux de survie ou bouée de mouillage selon la catégorie (lisez votre carte de circulation)
  • Trousse de réparation moteur de base (filtres, courroies, fusibles, joints)
  • Trousse de réparation gréement (cosses, manilles, ridoirs, sangles)

Pour la pharmacie, divisée en deux : la boîte standard pour les petits soucis (pansements, désinfectant, antalgiques sans ordonnance), et la pharmacie réglementaire qui ne doit pas être ouverte sans nécessité, scellée, vérifiée par un pharmacien. À Marseille, je passe par la pharmacie du Vieux-Port qui fait les inventaires pour bateaux pros à 60 euros (forfait visite annuelle).

Coque et œuvres vives (8 points)

Vérifications avant la première mise à l'eau ou au début du printemps :

  • Anodes en place, taux d'usure inférieur à 50% (sinon changer)
  • Hélice sans accroc, contre-hélice serrée
  • Antifouling propre, pas de cloques, pas de rouille à proximité de la quille
  • Bague d'arbre étanche, presse-étoupe fonctionnel
  • Trappe de visite fond de cale ouverte et examinée, niveau d'eau (zéro c'est bien, un fond mouillé permanent c'est un signal)
  • Vannes de coque toutes manœuvrées dans les deux sens, aucune grippée
  • Échangeur thermique du moteur dégrippé, anode interne changée si plus d'un an
  • Bouton arrêt d'urgence du moteur testé

Cas typique : un bateau qui sort d'hivernage avec une vanne de coque grippée sur l'évacuation des WC arrière. C'est invisible à terre. C'est désastreux le premier matin de la première rotation, quand le client tire la chasse et que rien ne s'évacue. Manœuvrez toutes les vannes, à toutes les positions, plusieurs fois.

Moteur et systèmes propulsifs (10 points)

  • Niveau d'huile moteur (jauge propre, niveau entre min et max)
  • Niveau de liquide de refroidissement, état du liquide
  • Filtre à gazole primaire (décanteur) propre, vidé de l'eau
  • Filtre à gazole secondaire changé si plus de 200h d'utilisation
  • Courroies (alternateur, pompe à eau, pompe de circulation) tendues, sans craquelure
  • Tube de remplissage gazole étanche, bouchon en bon état
  • Niveau dans la cuve principale, contrôle visuel à la torche du fond de cuve si visite
  • Pré-filtre eau de mer du moteur propre, paniers nettoyés
  • Démarrage à froid testé, tour à l'embrayage avant et arrière au ponton
  • Ventilation du compartiment moteur fonctionnelle, ventilateur opérationnel

Pour un Yanmar 4JH4-HTE de 75 chevaux comme on en trouve sur les Sun Odyssey 410 et 440 d'après 2010, comptez 90 euros environ pour un service complet (huile, filtres, courroies) hors main-d'œuvre. Le mécano du Vieux-Port à Marseille me le facture 280 euros tout compris en saison. C'est le poste où j'ai arrêté de bricoler moi-même : un bateau qui rentre d'une semaine charter avec un moteur incertain, c'est une rotation à 4 200 euros qui tombe à l'eau.

Voilure et gréement (12 points)

  • Grand-voile : ralingues, pataras, lattes, garcettes de prise de ris
  • Génois sur enrouleur : drisse, retour de bordure, étai propre, fil d'enrouleur sans usure
  • Drisses : 5 ou 6 selon le bateau, longueur suffisante (vérifier qu'on peut amener la GV au pied de mât avec marge)
  • Écoutes de génois sans usure aux passages d'écoutes
  • Bras et hâle-bas vérifiés
  • Winches : démontage des plus utilisés (winches de génois, winches de drisses), graissage à la graisse Lewmar Synthetic ou équivalent
  • Manilles, ridoirs, cadènes, têtes de mât en visite visuelle
  • Étai et bas-haubans inspectés au pied de mât (corrosion, fils brisés)
  • Mât graissé à la base si étanchéité au pont compromise
  • Outillage de gréement à bord (clés à molette, clé à œil, tournevis adaptés)
  • Voile de tempête à bord, sac identifié, accessible
  • Tangon en place ou rangé proprement, élingues et fils de retenue présents

Les fils brisés sur les bas-haubans, c'est mon obsession. Vérifiés à la torche en début de saison, au pied de mât, sur les 3 premiers brins. Un bas-hauban qui lâche en mer, c'est une démâture. La saison 2024 m'a vu remplacer un étai sur un Bavaria 46 à 700 euros parce que je l'avais repéré en avril. La même rupture en juillet aurait planté une rotation de 3 800 euros et aurait coûté 1 500 euros en pose d'urgence.

Électricité et électronique (8 points)

  • Batteries service : tension au repos 12,6 V minimum (sinon recharger ou changer), test de capacité au minimum après 3 ans
  • Batterie moteur : tension au repos, test de démarrage à froid
  • Coupe-batterie en bon état, étiquetage clair
  • Tableau électrique : tous les disjoncteurs en position, étiquettes lisibles
  • Éclairage intérieur fonctionnel dans toutes les cabines, ampoules à LED de remplacement à bord
  • Feux de navigation testés (route, mouillage, hors-bord arrière)
  • GPS fixe, sondeur, lecteur de cartes électroniques fonctionnels
  • VHF fixe : test à un correspondant ou test ASN au canal 70

Pour la saison 2026, j'ai installé un panneau solaire de 100W en complément sur un des bateaux que je skippe à Hyères. Coût : 280 euros pour le panneau et le régulateur, 90 euros de pose. Gain mesuré : autonomie au mouillage de 3 jours sans groupe électrogène contre 1 jour et demi avant.

Plomberie et confort (8 points)

  • Réservoir d'eau douce plein, eau renouvelée
  • Pompe à eau électrique fonctionnelle, manomètre à pression normale
  • Pompe à pied dans la cuisine et dans les salles d'eau testée
  • Chauffe-eau opérationnel (sur 220V à terre, sur moteur en mer)
  • WC : pompage manuel testé, pas de fuite, joints récents
  • Réservoirs noirs vidangés et rincés (port avec station de pompage en début de saison)
  • Frigo : tient le froid à 5 degrés, joint de porte étanche
  • Cuisinière à gaz : vérification de l'étanchéité du circuit, bouteille pleine, bouteille de secours à bord

Les WC sont la première source de panne en charter. Sur 8 semaines de saison passée, 4 interventions sur les WC, dont 2 majeures (joints de pompe, conduit grippé). Je préfère démonter le WC complet en avril et y mettre une pompe Jabsco neuve à 80 euros qu'attendre la panne en juillet.

Mouillage et amarrage (6 points)

  • Ancre principale à bord, taille adaptée, état général (pas de fissure, manille de chaîne en bon état)
  • Chaîne marquée tous les 10 mètres (cosses colorées ou peinture)
  • Davier en place, taquet d'arrêt fonctionnel
  • Guindeau testé, montée et descente, déconnexion manuelle praticable
  • Pare-battages : nombre suffisant (4 minimum sur un 12m), valves toutes étanches
  • Amarres : 4 minimum de longueur adaptée, embouts épissés ou frette neuve

L'ancre est un poste critique. Sur le Bavaria 46 de Bandol, l'armateur avait monté une Delta de 16 kg pour un déplacement de 11 tonnes. Insuffisant pour les fonds de Méditerranée mêlés de sable et d'algues. Remplacement par une Spade S140 (20 kg) en 2024 : 480 euros, immédiatement amortis sur la sérénité au mouillage.

Pavillons, oriflamme, signalisation (5 points)

  • Pavillon national propre, non déchiré
  • Pavillon de courtoisie de chaque pays prévu sur la croisière (pour les rotations transmanche, italo-corses)
  • Cordes de drisse de pavillon en bon état
  • Oriflamme du club ou du loueur (selon contrat de gestion)
  • Lettres et numéros de coque lisibles (immat, nom du bateau)

Annexe et hors-bord (4 points)

  • Annexe gonflée, pas de fuite (test 24h)
  • Hors-bord testé, fonctionne au démarrage à chaud et à froid
  • Mâle et femelle de cosse pour hors-bord électrique le cas échéant
  • Avirons et nable d'annexe à bord

Inventaire de cuisine et de carré (10 points)

Moins critique pour la sécurité mais signale au client le sérieux de la prestation.

  • Vaisselle : nombre de couverts pour les places + 2
  • Verres en plastique épais ou en mélamine, jamais en verre fragile à bord
  • Casseroles, poêle, faitout, bouilloire
  • Couteaux de cuisine, planche à découper
  • Trousseau d'épices de base (sel, poivre, huile d'olive, vinaigre)
  • Cafetière à piston ou italienne, filtres si applicable
  • Coussins de cockpit propres et nombre suffisant
  • Couvertures de carré pour les fraîches du soir
  • Lampes torches à LED (1 par couchage minimum) avec piles de rechange
  • Sacs poubelle, sacs de conservation, films plastiques

Tout ce qui se casse en mer (verres, assiettes en céramique) ne devrait pas être à bord. J'ai connu un client qui s'est ouvert le pied avec un débris de verre tombé dans le carré pendant un coup de mistral. Petite plaie, gros énervement, semaine gâchée.

Le passage en revue final (3 points)

Avant de remettre le bateau à l'armateur ou de le déclarer "prêt pour la saison" :

  • Sortir le bateau du port pour 2 heures, en solo ou avec un collègue, par mer faiblement formée
  • Faire les manœuvres : prise de coffre, mouillage à 8m, marche arrière en port, hissage de GV, déroulage de génois
  • Noter dans le carnet de bord la première navigation de la saison, coordonnées, bilan technique

C'est cette dernière étape que beaucoup de skippers sautent. Ne sautez pas. Une rotation est sécurisée par 2 heures de test à blanc, jamais par un inventaire à terre.

Le coût total

Sur un voilier de 13 mètres de charter, voici ce que ça coûte en moyenne pour une saison 2026 :

  • Service moteur : 280 à 400 euros
  • Pyrotechnie renouvelée : 220 à 350 euros
  • Révision radeau de survie : 280 à 380 euros (selon nombre de places)
  • Pharmacie pro vérifiée : 60 à 100 euros
  • Petits remplacements (anodes, courroies, joints) : 150 à 300 euros
  • Demi-journée mécano : 250 à 350 euros

Total : entre 1 240 et 1 880 euros. Compté dans les frais de gestion de l'armateur, refacturé selon le contrat. Sur ma part de skipper, je facture 350 euros la journée d'inventaire complet, qui couvre les 8 heures de check-list plus les achats à courir et les essais à la mer. C'est la journée la mieux payée de ma saison, et probablement la plus utile.

Une dernière chose. L'inventaire ne se garde pas dans la tête, il se note. Sur papier, classeur, cahier, fichier Excel, peu importe. Date, signature, photo de chaque point critique. C'est ce qui sauve les fesses du skipper en cas de litige avec un armateur ou un assureur, surtout si le contrat de prestation skipper a cadré les responsabilités respectives. La parole d'un skipper ne pèse rien sans archive.

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