Résumé
La Méditerranée est plus pauvre que l'Atlantique en nombre d'espèces d'oiseaux marins, mais elle abrite des oiseaux endémiques précieux comme le puffin yelkouan, le puffin cendré et le goéland d'Audouin. Quatre familles dominent les observations : puffins, sternes, mouettes-goélands et procellariidés.
Une avifaune particulière
La Méditerranée n'est pas simplement une copie tiède de l'Atlantique pour les oiseaux marins. C'est un bassin écologiquement distinct, plus pauvre en plancton, moins venté, et qui abrite des espèces que vous ne verrez nulle part ailleurs sur la côte française.
Trois espèces sont quasi-endémiques : le puffin yelkouan, le puffin cendré méditerranéen, et le goéland d'Audouin. Pour les voir, il faut sortir en mer ; depuis la plage, on n'attrape que goélands leucophées et mouettes rieuses.
Le puffin yelkouan, le furtif
Le puffin yelkouan, Puffinus yelkouan, est l'oiseau marin emblématique de la Méditerranée. Trente centimètres, dos noir, ventre blanc, ailes étroites et longues. Vol caractéristique : alternance de glissés ailes raides et de battements rapides, en rasant les vagues.
Il niche dans les falaises et les îles, principalement aux Hyères, à Marseille, en Corse et en Sardaigne. Hors saison de nidification, il reste en pleine mer et forme de grands radeaux flottants qu'on aperçoit parfois depuis le pont d'un voilier au coucher du soleil.
Son écholocation à terre, par les cris nocturnes au-dessus de la colonie, est l'une des expériences sonores les plus étranges qu'on puisse vivre en bivouac sur une île méditerranéenne. Espèce vulnérable en raison des prédations par les rats sur les sites de nidification.
Le puffin cendré, le voyageur
Le puffin cendré, Calonectris diomedea, est plus grand que le yelkouan, cinquante centimètres, plumage brun clair, dessous blanc, bec jaune pâle. Son vol est plus ample, planant sur les vagues comme un albatros miniature.
Il niche en colonies importantes en Corse, sur les îlots des Bouches de Bonifacio et au large de Bastia. La nuit, on entend ses cris plaintifs au-dessus des falaises, comme un enfant qui pleure : c'est probablement à l'origine de plusieurs légendes corses sur les âmes errantes.
En mer, on le voit surtout en été et en automne. Il migre vers l'Atlantique sud en hiver, certains individus marqués ont été repérés au large de l'Argentine.
Le goéland d'Audouin, le bijou
Le goéland d'Audouin, Larus audouinii, est l'un des goélands les plus rares au monde. Cinquante centimètres, plumage gris pâle, bec rouge orangé à pointe noire, pattes vert olive. Une silhouette plus fine et plus élégante que le goéland leucophée.
Niche principalement aux Baléares, mais une petite population s'est établie en Corse et en Sardaigne. Espèce protégée, encore vulnérable bien qu'en augmentation depuis les années 1990 grâce aux mesures de conservation.
On le voit en mer, en pêche solitaire ou en petits groupes, près des côtes rocheuses. Il chasse principalement la nuit, ce qui le rend plus difficile à observer en journée.
Le goéland leucophée, le banal
Le goéland leucophée, Larus michahellis, est de loin le plus commun. Soixante centimètres, dos gris moyen, ailes à pointes noires, bec jaune à tache rouge, pattes jaunes. C'est lui qui pille les ports de pêche, attaque les sandwichs sur les terrasses, et fait du bruit à toute heure.
Il a remplacé en grande partie le goéland argenté en Méditerranée à partir des années 1970. La population est en pleine expansion, parfois au détriment d'espèces plus fragiles comme les puffins.
Les sternes méditerranéennes
Trois espèces principales en Méditerranée française.
La sterne pierregarin (Sterna hirundo) est la plus commune, trente-cinq centimètres, calotte noire en été, bec rouge à pointe noire.
La sterne caugek (Thalasseus sandvicensis), plus grande, bec noir à pointe jaune.
La sterne naine (Sternula albifrons), petite, vingt-trois centimètres, vol fébrile en stationnement avant le piqué. Niche sur les plages de galets, espèce sensible aux dérangements.
Le cormoran huppé méditerranéen
Sous-espèce locale du cormoran huppé, Phalacrocorax aristotelis desmarestii. Plus petit que le cormoran commun, plumage noir verdâtre brillant, bec fin et jaune à la base. Chasse en plongée près des côtes rocheuses, principalement en Corse, dans les calanques de Marseille et aux Hyères.
Population française d'environ huit cents couples, en augmentation lente. Les colonies nichent sur les falaises et les grottes marines.
Comment progresser
Une paire de jumelles 8x42 étanches, un guide d'identification (Géroudet ou Svensson), et de la patience. La Méditerranée demande plus d'attention que l'Atlantique : moins d'oiseaux par mille de mer, mais souvent des espèces rares.
Téléchargez l'application Faune-France pour saisir vos observations. Vos données soutiennent les programmes de la LPO et du GISOM.
Pour préparer
BoatMap répertorie les ports proches des principaux sites de nidification : Hyères pour Porquerolles et Port-Cros, Bonifacio pour les Bouches, Calvi pour Scandola. Pratique pour caler une sortie d'observation.
