Résumé
Après 1000 milles avec un Watt and Sea Cruising 300 sur un voilier de 40 pieds, le bilan est clair : production réelle de 250 à 400 W à 6-7 noeuds, traînée mesurable mais acceptable, bruit notable au-dessus de 8 noeuds. C'est un excellent complément solaire en navigation, mais pas un substitut au quai.
Le contexte
Convoyage Brest vers Lisbonne en mai 2025, voilier 40 pieds, équipage de quatre, conso quotidienne mesurée à 110 Ah/24h en 12V. À bord : 350 Wc en panneaux solaires, parc lithium 200Ah, et le Watt and Sea Cruising 300 installé sur la jupe arrière depuis trois mois.
Conditions : alizés portugais classiques en finale, atlantique correct au départ, vitesses moyennes entre 5 et 9 noeuds selon les jours.
Production réelle mesurée
À 5 noeuds : 80 à 120 W, soit 6 à 10 A en 12V. Pas négligeable mais limité.
À 6 noeuds : 180 à 250 W, soit 15 à 21 A. La zone de productivité utile commence ici.
À 7 noeuds : 280 à 400 W, soit 23 à 33 A. La machine donne ce qu'elle promet.
À 8 noeuds : 400 à 550 W. Bonne production mais bruit qui devient gênant.
Au-dessus de 9 noeuds : la production plafonne, la traînée et le bruit augmentent. Watt and Sea recommande de relever l'hélice au-delà de 12 noeuds, j'ai relevé à 10 noeuds par confort.
Sur 24 heures de navigation à 6,5 noeuds moyens, j'ai produit 6 à 8 kWh. C'est trois fois plus que mes panneaux solaires en moyenne dans les mêmes conditions (couvert nuageux fréquent en Manche-Biscaye).
Le bruit
À 5-6 noeuds, presque inaudible depuis le cockpit. Vibration légère transmise par la jupe.
À 7 noeuds, sifflement net audible depuis le cockpit, intrusion modérée dans le carré.
À 8 noeuds et plus, sifflement marqué, perceptible dans toutes les couchettes arrière. Pas insupportable mais présent. Pour dormir dans les couchettes arrière quand le bateau marche fort, c'est inconfortable.
C'est probablement l'aspect le plus discuté de cette machine. Si vous naviguez régulièrement vite, le bruit devient une contrainte de confort.
La traînée
Mesurée approximativement par comparaison de vitesses moteur fixe : 0,2 à 0,4 noeuds de perte selon les conditions. Dans la moyenne des hydrogénérateurs.
À l'usage, on ne sent pas la machine quand elle est calée correctement. Sur les nuits paisibles à 5 noeuds, j'ai parfois oublié qu'elle tournait, jusqu'à voir l'ampèremètre afficher 8 A au lever du jour.
L'installation
Le système monté sur jupe arrière est élégant et discret. Le boîtier convertisseur (avec MPPT intégré) est à l'intérieur, dans un placard du carré arrière, ventilé. Connexion par câble étanche multifilaire vers la machine.
L'hélice se relève à la commande manuelle (poignée sur le côté de la machine) ou électriquement sur les modèles récents. La manoeuvre prend 30 secondes en remontant, c'est rapide.
Inox 316L partout, peinture marine sur le carter, joint d'étanchéité dynamique sur l'arbre. Cinq saisons d'utilisation moyenne sans corrosion notable selon les retours longue durée.
La fiabilité
Sur les 1000 milles, aucune panne. Une vis de l'étrier de fixation desserrée à la mi-parcours, repérée au tour visuel quotidien et reserrée. Point banal sur n'importe quel équipement extérieur.
Les retours longue durée que j'ai pu lire et entendre indiquent une fiabilité globalement bonne. Les pannes les plus fréquentes : capteurs ou électronique du convertisseur (rarement la mécanique elle-même). SAV constructeur réputé.
L'intégration au parc lithium
Le Watt and Sea Cruising 300 a un MPPT intégré configurable pour différents profils. Le profil lithium est sélectionnable, la tension de charge plafonnée à 14,2V conforme aux préconisations LiFePO4.
Connexion directe sur le bus batterie via fusible 50A, pas besoin d'autre régulation.
Quand l'utiliser
Le Watt and Sea n'est productif qu'en navigation. Au mouillage, elle est levée et inutile. Pour un usage week-end avec mouillages prolongés, c'est moins pertinent.
Pour les croisières au long cours, les convoyages, ou les régates qui vont durer plusieurs jours, c'est une machine qui change tout. La nuit en navigation, le solaire ne produit pas, l'éolien dépend du vent : l'hydro reste l'unique source qui produit fortement et régulièrement.
Sur une transat type, on peut tabler sur 5 à 7 kWh par jour de production hydrogénération à 6-7 noeuds moyens. Cela couvre largement les besoins d'un équipage normal.
Le rapport prix
Le Watt and Sea Cruising 300 coûte environ 5500 euros TTC en 2026, plus l'installation (300 à 800 euros selon le bateau). C'est cher.
Pour qui ? Croisières au long cours, traversées atlantiques, life-aboards en mouvement. Pour qui ? Pas pour qui sort en méditerranée le week-end.
L'amortissement se calcule contre le groupe électrogène. Sur un groupe Honda 2 kW à 1500 euros et 0,5 litre/heure de gazole : 1000 heures de groupe représentent 500 euros de carburant et un groupe en fin de vie. Moralité, à conso similaire en kWh, l'hydro met du temps à se rentabiliser, mais elle évite les heures bruyantes du groupe et l'odeur de gasoil au mouillage.
Les concurrents
Le Cruising 300 a peu de concurrents directs en France. Le Sail-Gen et le Aquair sont d'anciens modèles encore référencés mais moins performants. Le Sea-Force d'Eclectic Energy reste une alternative anglaise sérieuse.
Le marché reste de niche. Watt and Sea est leader européen incontesté.
Le verdict
Pour un voilier de croisière hauturière, le Watt and Sea est devenu un standard. La production en navigation rivalise avec un solaire grand format, les contraintes (bruit, traînée, prix) sont acceptables.
Pour un usage côtier ou méditerranéen, c'est sans doute disproportionné. Le solaire suffit largement aux mouillages diurnes, et l'hydro ne servirait qu'aux convoyages annuels.
Cas pratique
Le retour précis : 6 à 8 kWh par jour en navigation, 0 au mouillage, bruit acceptable jusqu'à 7 noeuds, traînée 0,3 noeuds en moyenne, fiabilité satisfaisante sur 1000 milles. À refaire pour un convoyage régulier, à ne pas faire pour un usage de week-end.
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