Le résumé factuel
- Les feux obligatoires d'un bateau de plaisance sont fixés par le RIPAM (Règlement international pour prévenir les abordages en mer), règles 20 à 31. Les règles 21 et 22 donnent les définitions, les portées et les angles ; les règles 23, 25, 27 et 30 précisent les configurations par type de navire et par situation.
- Pour un bateau de moins de 12 mètres, la portée réglementaire minimale est de 2 milles pour le feu de tête de mât et de 1 mille pour les feux de côté. Au-dessus de 12 m, on passe à 5 milles et 2 milles.
- Les angles sont invariants quelle que soit la taille : 112,5 degrés pour chaque feu de côté, 225 degrés pour le feu de tête de mât, 135 degrés pour le feu de poupe. Ensemble, ils couvrent exactement 360 degrés.
La fois où je me suis fait klaxonner à 3 milles d'Antibes
Été 2022, retour d'une sortie à Porquerolles. À la voile, feux de côté allumés, feu de poupe allumé, tout est conforme d'après ce que j'ai appris au permis côtier. Un ferry passe, me rase, klaxonne. Je ne comprends pas.
De retour au port, un pêcheur me montre que mon feu tricolore en tête de mât était allumé en même temps que les feux de côté en pied de mât. Double signalisation. Le ferry a prudemment klaxonné parce qu'il ne comprenait plus ma route. Personne ne m'avait dit que les deux configurations s'excluent. C'est pourtant écrit noir sur blanc dans la règle 25 du RIPAM. Voilà ce que j'ai repris dans le texte ensuite, et les ajouts qui n'en relèvent pas.
Ce que dit le RIPAM, en cinq règles
Le RIPAM (COLREG en anglais) est transposé en droit français. Il s'applique à tous les navires en mer. Pour la plaisance de nuit, cinq règles couvrent l'essentiel.
- Règle 21 : définitions. Couleur, angle, portée de chaque feu.
- Règle 22 : portée minimale en milles selon la longueur du navire.
- Règle 23 : feux d'un navire à propulsion mécanique qui fait route.
- Règle 25 : feux d'un voilier qui fait route.
- Règle 30 : feux d'un navire au mouillage.
Les règles 27 (navire non maître de sa manœuvre) et 26 (pêche en action) couvrent les cas plus rares. Texte intégral sur Légifrance, PDF pédagogique publié par le ministère ici.
Les angles : 112,5 + 112,5 + 135 = 360
Les secteurs angulaires ne dépendent pas de la longueur du bateau, contrairement aux portées. Un semi-rigide de 6 mètres et un voilier de 18 mètres respectent les mêmes secteurs.
- Feu de côté tribord (vert) : 112,5 degrés, de l'axe avant jusqu'à 22,5 degrés en arrière du travers.
- Feu de côté bâbord (rouge) : 112,5 degrés symétriques.
- Feu de poupe (blanc) : 135 degrés centrés sur l'arrière.
- Feu de tête de mât (blanc) : 225 degrés, exactement la somme des deux feux de côté. Pas visible depuis l'arrière.
112,5 + 112,5 + 135 = 360. La somme tombe juste pour qu'un observateur voie toujours au moins un feu et déduise de la couleur votre route. Vert seul ou rouge seul : il vous croise. Les deux couleurs : vous venez droit sur lui. Blanc seul : vous vous éloignez. Ce code sauve la vie à 2 heures du matin quand on décide en moins de 10 secondes.
Les portées : la règle 22 par longueur de bateau
La règle 22 fixe la portée minimale en milles marins (1 852 m), dans des conditions de nuit claire.
| Longueur navire | Feu tête de mât | Feux de côté | Feu de poupe | Feu de mouillage |
|---|---|---|---|---|
| Moins de 12 m | 2 milles | 1 mille | 2 milles | 2 milles |
| 12 à 50 m | 5 milles | 2 milles | 2 milles | 3 milles |
| 50 m et plus | 6 milles | 3 milles | 3 milles | 3 milles |
Un semi-rigide doit donc être visible à 1 mille (environ 1,85 km) par ses feux de côté. Un voilier de 13 mètres passe à 2 milles sur ses feux de côté et 5 milles sur le feu de tête de mât. Ce saut explique pourquoi les feux d'origine d'un bateau de 11 m ne suffisent plus dès qu'on passe à un 12 m.
La portée est contrôlée en usine via la certification COLREG 72, gravée dans le plastique du feu. Si vous remplacez une ampoule halogène par une LED non certifiée, vous baissez souvent la portée d'un demi-mille sans le savoir, et vous devenez hors-la-loi en croyant avoir « modernisé ».
Les configurations type par bateau
Trois cas couvrent la quasi-totalité de la plaisance de moins de 20 mètres.
Bateau à moteur de moins de 12 mètres (règle 23c)
Configuration type sur un semi-rigide, un day-boat, un bateau de pêche-promenade.
- Un feu blanc 360 degrés, placé à au moins 1 mètre au-dessus des feux de côté. Il combine le feu de tête de mât et le feu de poupe. Portée minimale 2 milles.
- Feux de côté vert et rouge, portée 1 mille minimum.
Total : 3 feux. Ne rajoutez pas un quatrième feu blanc sous prétexte d'être mieux vu, vous brouillez votre signature.
Voilier qui fait route, moins de 20 mètres (règle 25)
Deux options au choix, jamais les deux simultanément.
Option 1 : feux de côté en pied de mât (ou sur le balcon avant) + feu de poupe blanc. Trois feux.
Option 2 : feu tricolore en tête de mât. Un seul feu qui combine les trois secteurs (vert, rouge, blanc) dans les bons angles. Autorisé uniquement pour les voiliers de moins de 20 m. Placé haut donc visible de plus loin, consommation réduite. Inconvénient : si l'ampoule claque, plus aucun feu réglementaire.
Mon erreur de 2022, c'était d'avoir les deux allumés. Le texte est clair : option 1 ou option 2.
Cas moteur allumé : dès que le moteur tourne, le voilier devient un navire à propulsion mécanique et retombe sous la règle 23, même voiles dehors. On rajoute un feu de tête de mât blanc avant aux feux de côté et au feu de poupe.
Navire au mouillage (règle 30)
Un feu blanc visible sur tout l'horizon (360 degrés), placé à l'endroit le plus visible. Pour un bateau de moins de 50 mètres, un seul feu suffit. De jour, boule noire hissée à l'avant.
Exception : bateaux de moins de 7 mètres dispensés, sauf dans un chenal étroit ou un mouillage fréquenté. Mauvaise idée de s'en dispenser dans les faits : dans la rade de Toulon, les navettes passent à 20 mètres de votre coque sans prévenir. Pour la technique d'ancrage qui va avec ce feu, voir mon article sur l'ancrage en fond posé.
Navire en panne de moteur (règle 27)
Rare en plaisance mais vital. Un bateau « non maître de sa manœuvre » (panne moteur, avarie de barre) montre deux feux rouges superposés visibles sur tout l'horizon, à défaut deux boules noires de jour. Message : je ne peux pas m'écarter, c'est à toi de le faire. Peu de plaisanciers embarquent ces feux ; gardez dans le coffre deux cyalumes rouges et doublez-les d'un Mayday sur le canal 16.
Ce que j'ai ajouté, et qui ne relève plus de la loi
Les feux réglementaires protègent en mer ouverte. Pour le confort du bord, l'approche du port, la pêche à la traîne, on ajoute. Voici ce que j'embarque depuis trois ans sur mon 10 mètres.
Un bandeau LED cockpit rouge
Bandeau LED 12 V rouge, 50 cm, collé sous la capote, interrupteur dédié. Consommation relevée au wattmètre : 0,4 A sous 12 V, soit moins de 5 W. La lumière rouge ne détruit pas la vision nocturne (l'œil garde sa sensibilité dans les bleus et les verts). Sur 6 heures de quart, 2,4 Ah, négligeable sur une batterie de 110 Ah. Coût : 22 euros le kit chez Ouest Accastillage.
Un projecteur de recherche LED
Obligatoire en zone hauturière (Division 240), je le recommande dès la première sortie de nuit. Projecteur portable 10 W LED rechargeable, portée 500 mètres, 40 euros. Sert à voir une bouée non lumineuse, à lire le nom d'un bateau, à signaler sa présence à un cargo qui ne répond pas à la VHF. Il s'utilise vers le bas ou vers un objet précis, jamais balayé vers un autre bateau : vous détruiriez sa vision nocturne et violeriez la règle 20-c du RIPAM sur les feux gênants.
Le passage intégral en LED
La conversion LED vaut toujours la peine. Une ampoule halogène de feu de côté consomme 25 watts, une LED équivalente homologuée COLREG 72 consomme 2,4 watts, soit 10 fois moins. Sur un voilier qui passe 8 heures de nuit feux allumés, ça représente 200 Wh économisés par nuit. Durée de vie LED : plus de 50 000 heures, contre 1 000 à 2 000 heures pour l'halogène. Investissement amorti en une saison.
Ce que je n'ai pas ajouté : pas de stroboscope blanc (interdit hors détresse, règle 20-c), pas de laser vert signalétique (interdit et dangereux pour les pilotes d'hélicoptère de secours). Le principe : tout ajout doit servir moi, pas brouiller l'observateur extérieur.
Le contrôle pré-départ en 90 secondes
Amarres encore à quai, avant la tombée de la nuit :
- Feux de côté : vert à tribord, rouge à bâbord, vérifiés depuis la jetée.
- Feu de poupe blanc visible depuis l'arrière.
- Feu de tête de mât blanc visible depuis l'avant.
- Bascule sur tricolore (voilier) : le feu de mât s'éteint, le tricolore s'allume.
- Feu de mouillage testé.
- Ampoule de rechange dans la caisse.
Quatre ampoules claquées en trois saisons sur mon bateau, toujours en pleine mer, toujours avec une rechange à bord. Sans la rechange, c'est retour au port à la seule lampe torche. À 15 euros l'ampoule LED homologuée, l'économie est idiote.
Pour l'armement obligatoire au-delà de 60 milles, voir le guide balises EPIRB et PLB à enregistrer au registre 406. Les feux règlent le « voir et être vu » ; la balise règle le « être localisé quand plus rien ne marche ».
Sources
- RIPAM / COLREG, règles 20 à 31. Texte consolidé sur Légifrance et PDF pédagogique du ministère de l'Écologie.
- Portées lumineuses et secteurs angulaires : Nootica, fiche feux de navigation et SVB Marine, guide feux voiliers et moteur, consultés en avril 2026.
- Consommation LED vs halogène et certification COLREG 72 : Hisse et Oh, fil éclairages LED performants et H2R Équipements, ampoules LED 12 V bateau, consultés en avril 2026.
- Division 240, arrêté du 11 mars 2008 consolidé au 11 octobre 2024, articles 240-2.07 (veille VHF) et armement par zone : site du ministère de la Mer.
