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Extincteurs à bord : types, emplacements, révision

Ce que la division 240 exige en 2026 pour les extincteurs à bord : nombre selon la longueur, poudre ABC ou CO2, emplacements, coûts, révision annuelle.

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Un feu à bord, c'est deux minutes. Pas quinze. Le premier nuage de fumée sort du compartiment moteur, le temps de réaliser ce qui se passe, de trouver l'extincteur, de déclencher, la propagation a déjà commencé. Cet article passe en revue ce que la division 240 impose en 2026 sur les extincteurs portables et fixes, quels types choisir selon les risques réels du bord, où les placer, et ce que coûte vraiment la révision annuelle.

Ce que dit la division 240 (et ce qu'elle ne dit pas)

La division 240 de l'arrêté du 6 mai 2019, dernière refonte consolidée le 11 octobre 2024, régit l'armement de sécurité des navires de plaisance jusqu'à 24 mètres. Sur l'incendie, elle sépare deux cas que les plaisanciers mélangent trop souvent.

Navire marqué CE (vendu neuf en UE après juin 1998) : les moyens de lutte sont définis par le constructeur dans le manuel du propriétaire. Nombre, capacité, type, emplacement : tout est dans le manuel, et c'est ce manuel qui fait foi en cas de contrôle des affaires maritimes. Jetez un œil, c'est souvent une annexe A4 glissée en fin de classeur.

Navire non marqué CE (construction amateur, import hors UE, vétéran) : on bascule sous division 245 pour le détail. La règle générique : tout extincteur protégeant un hors-bord doit être à moins d'un mètre du poste de barre pour un bateau de moins de 10 mètres de coque, moins de 2,5 mètres au-delà. Un coin cuisine avec plaque électrique sans flamme nue impose un extincteur de capacité minimale 5A/34B. Un couchage impose un 5A/34B à moins de cinq mètres de toute couchette (textes consolidés division 240, annexes techniques, Légifrance).

La classification 5A/34B est la norme NF EN 3 (ou marquage roue à barres division 311, ou MMF division 310). Un 5A/34B correspond en gros à un extincteur poudre de 1 kg, modèle le plus courant chez Plastimo, Tolsen, Forwater. Ne pas confondre 34B avec 34A : la lettre B vise les liquides inflammables (gasoil, essence), la lettre A les solides (bois, coussins, cordages). Les deux comptent pour l'homologation.

Un détail qui piège : la division 240 ne fixe plus de "nombre d'extincteurs par longueur" comme une vieille grille des années 80. Elle raisonne par zones à protéger : compartiment moteur, cuisine, couchage, poste de navigation si panneau électrique. Sur un 9 mètres avec moteur inboard et cambuse, vous êtes vite à trois extincteurs portables plus un dispositif fixe au moteur. Sur un open 6 mètres hors-bord, un seul 1 kg près de la barre suffit en théorie.

Poudre ABC, CO2, mousse : choisir selon le risque, pas la mode

Le 1 kg poudre ABC à 40 euros reste le cheval de bataille de la plaisance. Il est polyvalent (A solides, B liquides, C gaz), homologué marine, léger, visible. Il a deux défauts qu'on minimise trop : la poudre ravage l'électronique (résidus corrosifs dans les cartes VHF, GPS, alternateur) et elle s'agglomère avec l'humidité et les vibrations. Au bout de 5 ans, la poudre est souvent tassée en bloc au fond. D'où la révision.

Le CO2 a ma préférence pour le carré et le panneau électrique. Pas de résidu, pas d'agglomération, efficace sur les feux d'origine électrique (classe B et feux électriques jusqu'à 1 000 V). Il pèse plus lourd (5 kg minimum pour une efficacité correcte), coûte plus cher (90 à 140 euros pour un 2 kg marine), et ne fait rien sur un feu de coussin déjà lancé. Bon complément, jamais l'extincteur unique du bord.

La mousse (AFFF ou plus récemment F3 sans PFAS depuis l'interdiction européenne de janvier 2026) est surtout utile sur les moteurs et nappes de carburant. Plus cher, plus encombrant, on le voit surtout sur les vedettes à moteur inboard diesel de plus de 12 mètres. Pour la plupart des plaisanciers sous 12 mètres, une combinaison deux poudres ABC 1 kg + un CO2 2 kg + dispositif fixe moteur couvre tous les cas.

Pour le compartiment moteur, c'est un autre monde. La division 240 impose un dispositif fixe d'extinction sur les navires pontés, à déclenchement manuel depuis l'extérieur du compartiment (ou automatique par sonde thermique). L'agent historique était le halon 1301 : interdit sur navires neufs et existants par le règlement UE 2037/2000, puis 1005/2009. Les remplaçants actuels sont le FM-200 (HFC-227ea) et le FE-227, gaz propres, sans résidu, efficaces par saturation. Comptez 250 à 600 euros pour un dispositif fixe 1 à 2 kg selon le volume à protéger. Le kit bricolage à 80 euros trouvé sur AliExpress n'est ni homologué ni acceptable en contrôle.

Emplacements : trois règles de pouce

On retrouve trois endroits logiques à bord, et ces emplacements ne sont pas négociables.

Un extincteur au poste de barre ou dans le cockpit, dégagé, accessible d'une main, à moins d'un mètre de la barre sur un bateau de moins de 10 mètres. Le réflexe d'un feu moteur hors-bord, c'est de pouvoir viser depuis la barre sans se pencher. Si l'extincteur est dans un coffre arrière fermé à clé, il ne sert à rien.

Un extincteur au niveau de la descente ou du carré, visible dès qu'on passe le panneau de descente. Jamais sous un siège, jamais derrière la porte du cabinet de toilette, jamais dans le fond d'un équipet lourd. Un feu qui prend dans la cambuse, vous avez 30 secondes avant que la fumée rende la descente impraticable. Les plaisanciers qui ont eu un feu de cocotte-minute à bord vous diront tous la même chose.

Un dispositif fixe au compartiment moteur, couplé idéalement à un bouton de déclenchement visible au tableau de bord et à un trou de visée pour l'extincteur portable (petit trou de 30 mm avec bouchon étanche sur le capot moteur). Ce trou évite d'ouvrir le capot, ce qui serait l'erreur fatale : apporter de l'oxygène à un feu qui vient de s'étouffer.

J'ajoute une quatrième règle personnelle : notez sur papier plastifié (pas sur un écran), scotché près de la barre, l'emplacement des trois extincteurs et la date de dernière révision. Le jour du feu, vous n'aurez pas la clarté d'esprit de chercher.

J'ai déjà abordé la question du radeau de survie et de ses consignes d'armement sous le même angle : le matériel de sécurité ne sert que si on l'a mis en service correctement et qu'on sait où il est.

Révision annuelle : ce qu'impose la réglementation, ce que font les pros

La division 240 renvoie aux prescriptions du fabricant. Concrètement, sur les étiquettes Plastimo, Forwater, Sicli, Desautel :

  • Contrôle visuel tous les 6 mois (manomètre dans le vert, goupille présente, plomb intact, absence de choc sur l'enveloppe) : à faire par le propriétaire.
  • Vérification annuelle par professionnel certifié APSAD R4 pour les extincteurs installés "en établissement recevant du public" ou pro. Pour la plaisance privée, la vérification annuelle n'est pas légalement exigée par la division 240, mais elle est exigée par la quasi-totalité des assureurs et conditionne la garantie incendie.
  • Reconditionnement à 5 ans pour les extincteurs à pression permanente (pesée, changement des joints, ouverture, vérification de la poudre). Sur un extincteur à 40 euros, ce reconditionnement coûte 35 à 55 euros. C'est souvent le seuil à partir duquel on rachète neuf.
  • Remplacement obligatoire à 10 ans maximum pour les extincteurs à poudre, 20 ans pour les CO2 (sous réserve de requalification de la bouteille).

Les tarifs 2026 observés chez les revendeurs marine (Nautisports, Accastillage Diffusion, AD Nautic, en avril 2026) :

ÉquipementPrix neufRévision annuelle proDurée de vie
Extincteur poudre ABC 1 kg marine38 à 55 euros15 à 25 euros10 ans
Extincteur poudre ABC 2 kg marine55 à 85 euros18 à 30 euros10 ans
Extincteur CO2 2 kg marine95 à 140 euros25 à 40 euros (pesée)20 ans
Dispositif fixe moteur FM-200 1 kg260 à 380 euros45 à 80 euros10 ans
Dispositif fixe moteur FM-200 2 kg420 à 620 euros60 à 110 euros10 ans

Mon arbitrage : je renouvelle systématiquement les extincteurs poudre tous les 5 ans (plutôt que reconditionner), et je fais peser les CO2 chaque année par un pro. Le coût annuel moyen du poste incendie sur un 10 mètres polyvalent avoisine 70 à 100 euros. Rapporté au risque, c'est imbattable.

Un matin de juillet, Porquerolles

Été 2022, mouillage de la Courtade. 7h45, café à la main, un vieux Bénéteau Océanis 351 à cent mètres de mon mouillage. Une fumée noire qui sort du capot moteur, d'abord fine, puis massive en trente secondes. Le propriétaire au téléphone, il cherche son extincteur dans le coffre à babord, sous trois pare-battages et un jerrycan d'eau. Quand il arrive à l'ouvrir, il ne peut plus s'approcher. L'équipage se jette à l'eau, le bateau brûle partiellement, les pompiers de Hyères arrivent en 25 minutes.

L'enquête a conclu à un retour de gasoil sur durite fatiguée, allumage par le collecteur d'échappement chaud. Un feu classique. Ce qui a fait la différence entre "bateau noirci à 10 000 euros de travaux" et "coque perdue", c'est l'accessibilité de l'extincteur. Si le 1 kg poudre était au tableau de bord avec un trou de visée sur le capot, le feu était éteint en vingt secondes. Mes trois règles de placement viennent directement de cette matinée-là.

Même logique que pour l'EPIRB et la PLB à bord : le matériel ne sert que s'il est armé, à portée, et que le skipper sait déclencher sans réfléchir.

Checklist avant la saison 2026

  • Vérifier le manomètre des portables (aiguille dans le vert).
  • Contrôler la date de fabrication sur la sérigraphie du corps (pas l'étiquette collée, qui se décolle).
  • Ouvrir la goupille, vérifier que le plomb n'a pas sauté, retourner chaque extincteur poudre tête en bas et secouer trois fois (pour décompacter la poudre).
  • Tester le bouton de déclenchement du dispositif fixe moteur (sans déclencher : seulement l'électrique si votre modèle a un autotest).
  • Prendre rendez-vous avec un pro certifié pour la pesée CO2 et la requalification décennale si échéance.
  • Ranger la facture de révision dans le sac des papiers du bord, à côté de l'acte de francisation.

Un feu à bord reste rare. Un feu mal combattu reste catastrophique. La différence se joue rarement sur le talent du skipper, presque toujours sur le matériel armé correctement.

Sources

  • Arrêté du 6 mai 2019 portant division 240, version consolidée 11 octobre 2024, annexes relatives à la lutte contre l'incendie (Légifrance, JORFTEXT000038462363).
  • Ministère de la Mer, fiche "Le matériel d'armement et de sécurité et les limites d'utilisation" (mer.gouv.fr, consultée le 18 avril 2026).
  • Règlement UE 2037/2000 puis 1005/2009 sur l'interdiction du halon comme agent extincteur sur navires.
  • Normes NF EN 3-1 à 3-10 pour les extincteurs portatifs, référentiel APSAD R4 pour la maintenance.
  • Grilles tarifaires 2026 consultées chez Nautisports, AD Nautic, Accastillage Diffusion, Nootica, en avril 2026.

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