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Espèces nouvelles en Méditerranée, réchauffement

Barracudas, poissons-lapins, mérous tropicaux : tour d'horizon des nouvelles espèces installées en Méditerranée et de leurs effets.

Résumé

Le réchauffement de la Méditerranée installe durablement des espèces autrefois rares ou absentes : barracudas méditerranéens en bancs, poissons-lapins ravageurs d'algues, mérous tropicaux observés ponctuellement. Cette tropicalisation modifie la pêche, les écosystèmes et les observations de plongée. Elle s'accélère depuis 2010.

Une mer qui chauffe vite

La Méditerranée gagne entre 0,3 et 0,5 degré par décennie, deux à trois fois plus vite que la moyenne mondiale océanique. Cette tendance se traduit par des étés plus chauds en surface, des hivers moins froids en profondeur, et une stratification plus marquée. Pour les espèces, c'est une rebattue des cartes.

Certaines espèces qui passaient occasionnellement par le détroit de Gibraltar ou le canal de Suez s'installent désormais en populations reproductrices. D'autres remontent en latitude depuis des zones plus chaudes du bassin.

Le barracuda, l'arrivée la plus visible

Le barracuda méditerranéen (Sphyraena viridensis) était rare dans le golfe du Lion il y a 30 ans, on en croisait des isolés. Aujourd'hui, on rencontre des bancs de 50 à 200 individus en plongée à Banyuls, sur les Lavezzi, autour de Port-Cros. C'est une rencontre spectaculaire, le banc forme une masse argentée mouvante au-dessus des têtes.

Le barracuda n'est pas dangereux pour le plongeur. Il chasse de petits pélagiques. Sa présence en banc dense indique en revanche un changement dans la structure des proies disponibles, notamment l'augmentation des sardines et anchois en certaines zones côtières.

Le poisson-lapin, un problème écologique

Deux espèces de poissons-lapins (Siganus rivulatus et Siganus luridus) sont entrées par Suez. Elles broutent les algues photophiles et les juvéniles de posidonie. Dans plusieurs zones de Méditerranée orientale, elles ont transformé des paysages d'herbiers et de macroalgues en zones rases, sans biodiversité algale.

En Méditerranée occidentale, leur installation est plus récente et reste localisée. On les voit en Sicile, dans le sud de l'Italie, ponctuellement en Corse-du-Sud. La probabilité qu'ils colonisent durablement les côtes françaises augmente avec chaque été chaud.

Mérous tropicaux et raies pastenagues

Plusieurs observations ponctuelles de mérous tropicaux (Epinephelus aeneus principalement) ont été signalées sur les côtes catalanes et provençales. Ces individus errants ne forment pas encore des populations établies en France, mais leur présence indique que la fenêtre thermique le permet.

Côté raies, certaines espèces qui restaient cantonnées à la Méditerranée orientale apparaissent en bassin occidental. Le déplacement des aires de répartition est documenté depuis les années 2000.

Conséquences pour les pêcheurs

Les pêcheurs côtiers le voient avant les scientifiques. Espèces inhabituelles dans les filets, raréfaction de certaines espèces de fond, apparition de poissons que les anciens ne connaissaient pas. Un mérou doré dans un palangre catalan, un poisson-lion dans un caseyer en Corse, c'est devenu raconté en bord de quai.

Pour la pêche récréative, l'identification correcte des espèces nouvelles est un enjeu réel. Certaines sont protégées, d'autres dangereuses (épines venimeuses chez le poisson-lion par exemple). En cas de doute, ne pas manipuler à mains nues, prendre une photo, signaler.

Le suivi citoyen

Plusieurs programmes mobilisent les plongeurs et plaisanciers pour suivre cette tropicalisation. BioObs, le programme Sentinelles de la Mer (région Méditerranée), les programmes d'Andromède Océanologie : ils utilisent les observations de terrain pour documenter ces changements en temps réel. Une photo géolocalisée vaut souvent plus que dix campagnes scientifiques en termes de couverture.

Si vous plongez ou naviguez régulièrement, vos observations comptent. Une photo, une date, une position : c'est suffisant pour alimenter ces bases.

Adapter sa lecture des sites

Un site qu'on connaît depuis 20 ans peut changer de visage en cinq ans. Disparition des grandes nacres (Pinna nobilis) victimes d'un parasite, raréfaction de certains poissons côtiers, apparition de nouveaux concurrents : la lecture d'un site n'est plus figée.

Cela rend l'observation plus riche pour qui prend le temps. Au lieu de chercher les espèces emblématiques d'autrefois, on découvre une mer en transition, qui raconte autre chose mais qui raconte beaucoup.

Ce qu'on peut faire

Réduire le mouillage forain dans les herbiers, limiter le nourrissage des poissons (interdit dans les aires marines protégées), respecter les zones réglementées : ce sont les leviers à portée du plaisancier. À grande échelle, la limitation du réchauffement reste l'enjeu principal, mais les pratiques individuelles atténuent la pression locale.

Perspective

Dans 30 ans, la Méditerranée que nous connaissons aura probablement perdu plusieurs espèces emblématiques et gagné autant de nouvelles. Ce n'est pas neutre, ni nécessairement catastrophique. C'est en revanche un fait à intégrer dans nos pratiques, nos attentes, et notre regard.

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