National

Espèces invasives en Méditerranée 2026

Poisson-lapin, crabe bleu, ver de feu : les espèces invasives qui transforment la Méditerranée. Identification, impact et conduite à tenir.

Résumé

La Méditerranée fait face à plus de mille espèces non indigènes, dont une centaine considérées comme invasives. Le poisson-lapin, le crabe bleu, le ver de feu et la blennie de Lessepsia transforment les écosystèmes côtiers. Comprendre, identifier et signaler reste la première contribution du plaisancier.

Une mer en transformation

La Méditerranée est devenue depuis trente ans le bassin marin le plus touché au monde par les espèces invasives. Plusieurs causes se combinent. Le canal de Suez, élargi en 2015, a multiplié par deux le passage d'espèces de la mer Rouge vers la Méditerranée orientale (migration lessepsienne). Le réchauffement de l'eau permet aux espèces tropicales de remonter vers le nord-ouest. Les ballasts des cargos transportent des œufs et des larves d'un océan à l'autre.

En 2026, les chercheurs comptent plus de mille espèces non indigènes en Méditerranée, dont environ cent considérées comme invasives. Sur la côte française, une vingtaine ont déjà des effets visibles.

Le poisson-lapin

Deux espèces de poissons-lapins, Siganus luridus et Siganus rivulatus, sont arrivées en Méditerranée par le canal de Suez et progressent vers l'ouest. Présentes en Tunisie, en Sicile, en Sardaigne, premières observations en Corse en 2017, en Provence en 2020.

Le poisson-lapin est un herbivore qui broute les algues sur les substrats rocheux. Là où il s'installe en grand nombre, il peut transformer un fond couvert de macro-algues en désert sous-marin (zone de pâturage), ce qu'on appelle un barren. Les conséquences en cascade sont importantes : disparition des oursins, des crustacés, des poissons herbivores indigènes comme la saupe.

Identification : silhouette ovale comprimée, vingt à trente centimètres, plumage gris verdâtre tacheté. Bouche petite. Épines dorsales venimeuses : ne pas le manipuler à mains nues.

À ce stade, sa progression est lente sur la côte française continentale, mais les eaux qui se réchauffent pourraient l'accélérer. Si vous le voyez, signalez sur Sentinelle de la Mer ou sur l'application BioObs.

Le crabe bleu

Callinectes sapidus, le crabe bleu américain, est arrivé en Méditerranée par les ballasts de navires dans les années 1940. En France, il a explosé dans les années 2010, particulièrement en Camargue et dans les étangs languedociens. Présent désormais sur tout le littoral du golfe du Lion.

Identification : carapace large jusqu'à vingt centimètres, couleur bleu vert avec des pattes bleu vif et la dernière paire en forme de palettes. Pinces puissantes.

L'impact écologique est important. Le crabe bleu est un prédateur opportuniste qui se nourrit de coquillages, de petits poissons, de juvéniles. Dans les étangs camarguais, il a fait s'effondrer les populations d'anguilles et perturbé les pêches traditionnelles.

L'autre face : il est délicieux. Voir l'article dédié au crabe bleu en Camargue. Les pêcheurs amateurs et professionnels développent une filière de capture, qui contribue à limiter la prolifération.

Le ver de feu

Hermodice carunculata, le ver de feu, est une annélide tropicale arrivée en Méditerranée occidentale dans les années 1990. Présente désormais sur toute la côte française et en Corse.

Identification : ver allongé jusqu'à trente centimètres, corps segmenté brun rouge avec des touffes blanches sur les côtés. Vit sur les fonds rocheux et les épaves.

Attention : son contact provoque une vive irritation cutanée pendant plusieurs heures. Les touffes blanches sont des soies urticantes qui se cassent dans la peau. En cas de contact, retirez les soies au scotch ou à la pince à épiler, et appliquez un anti-inflammatoire.

Impact écologique : prédateur des coraux et des éponges, il dégrade les écosystèmes coralligènes, déjà fragilisés en Méditerranée occidentale.

La méduse Rhopilema

Rhopilema nomadica, méduse migrante du canal de Suez, est en cours d'arrivée en Méditerranée occidentale. Présente en Israël, en Turquie, en Grèce, premières observations en Italie. Pas encore signalée en France à grande échelle, mais probable dans la prochaine décennie.

Plus grosse que les méduses méditerranéennes habituelles (jusqu'à soixante centimètres de diamètre), urticante, elle peut former des bancs massifs qui ferment les plages et bouchent les filtres des centrales électriques côtières.

La caulerpe

Caulerpa cylindracea, algue verte invasive originaire d'Australie, présente en Méditerranée depuis les années 1990. Elle forme des tapis denses sur les fonds rocheux, étouffe les espèces indigènes et modifie les habitats.

À ne pas confondre avec Caulerpa taxifolia, l'algue tueuse historique, dont la prolifération a été contenue depuis les années 2000. Caulerpa cylindracea est plus petite, en grappes courtes.

Que faire en tant que plaisancier

Première chose : nettoyer la coque entre deux zones. Les algues et les invertébrés accrochés à votre coque peuvent voyager d'une rade à l'autre.

Deuxième chose : signaler. Plusieurs plateformes collectent les observations.

Sentinelle de la Mer (Méditerranée) accepte les photos et la position GPS. Suivi par les programmes scientifiques.

iNaturalist propose une identification automatique et participative.

BioObs, géré par la FFESSM, est dédié à la plongée mais accepte aussi les observations en surface.

Troisième chose : pas de relâcher d'espèce inconnue. Si vous pêchez un poisson que vous ne connaissez pas, ne le rejetez pas vivant. Photographiez-le, signalez-le, et conservez-le si possible pour analyse.

Pour préparer

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