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J'ai démarré avec un pare-battage mal attaché : comment un petit détail peut coûter cher

Récit d'une sortie ratée à cause d'un pare-battage mal noeud-houlé. Le détail qui semble bénin et qui finit par coûter une rayure de gel-coat de 80 cm.

Résumé

Première sortie en solo sur mon Sun Odyssey 32, juin 2024, port de Saint-Quay-Portrieux. Je pars confiant après six mois de cours et une saison comme équipier. Trente minutes plus tard, à la sortie de la passe, je découvre qu'un pare-battage tribord est passé dans l'eau, attaché par un nœud raté. Résultat : 80 cm de rayure de gel-coat à 1 200 euros. Voilà ce que j'ai appris ce jour-là sur les nœuds, l'autocontrôle et l'humilité.

Le contexte

Je viens de récupérer mon premier voilier, un Sun Odyssey 32 de 1995 acheté 38 000 euros à Saint-Quay. Six mois de stages aux Glénans en équipage, une saison comme équipier sur le bateau d'un copain, et la conviction tranquille que je connais à peu près mon sujet. Ce samedi de juin, je sors seul pour un aller-retour vers l'île de Bréhat, vingt milles aller, météo idéale, vent de NE 12 nœuds.

Je prépare le bateau en chantonnant. Quatre pare-battages descendus, deux par bord, attachés au filière supérieure. Le coup de feu de la veille (apéro tardif au club) ne m'aide pas à être méthodique. Je fais mes nœuds vite, sans vérifier deux fois.

Ce qui s'est passé

À la sortie de la passe de Saint-Quay, à la première houle un peu forte, je sens un bruit sourd côté tribord. Je passe la tête par-dessus la filière. Un de mes pare-battages cylindriques, un Polyform F2, est passé dans l'eau. Le nœud que j'avais fait au cabestan sur la filière a glissé. Le pare-battage racle la coque sur sa longueur à chaque vague.

Je suis seul, en plein milieu du chenal d'entrée, avec deux ferrys qui manœuvrent à 600 mètres. Je ne peux pas lâcher la barre. Je laisse traîner cinq minutes le temps de sortir de la passe, le temps de mettre en cape sèche, et de remonter le pare-battage à la main.

Une fois à l'abri sous le vent de l'île Saint-Quay, je constate. La rayure fait 80 cm de long, depuis le passavant tribord jusqu'au-dessus de la flottaison, par endroits jusqu'au tissu de verre. La cause : la valve métallique du pare-battage, frottée à pleine vitesse contre le gel-coat sur 30 minutes.

Devis chantier deux semaines plus tard : 1 200 euros pour ponçage, mastiquage, gel-coat neuf et polissage. Mon assurance ne couvre pas, c'est de l'usure ou faute de l'utilisateur selon le contrat.

Le nœud que j'avais raté

J'avais voulu faire un nœud de cabestan classique sur la filière, mais j'ai inversé le sens de passage du dormant. Au lieu de croiser sous-dessus, j'ai fait dessus-dessous, ce qui donne un nœud qui ressemble au cabestan visuellement mais qui glisse sous charge. Avec la fatigue et la précipitation, je n'ai pas vérifié.

Ce que j'aurais dû faire : un cabestan correct (deux tours croisés, le second passe sous le premier), suivi d'une demi-clé de sécurité. Cinq secondes de plus par pare-battage. À multiplier par quatre pare-battages, ça fait vingt secondes de gagnées sur ma routine. Vingt secondes contre 1 200 euros.

Les enseignements concrets

Vérifier physiquement chaque nœud avant de larguer

Maintenant, après avoir fait tous les pare-battages, je tire fort sur chacun, vers le bas, avec mon poids. Si le nœud bouge, je refais. Ce contrôle prend 30 secondes pour quatre pare-battages. C'est négligeable.

Ne jamais sortir avec une journée d'apéro derrière soi

J'ai sous-estimé l'effet d'une fatigue tardive. Les automatismes ne suivent pas. Maintenant, soit je dors 8 heures avant une sortie solo, soit je décale.

Apprendre 3 nœuds, pas 15

Tous les profs vous montrent dix nœuds différents. Vous avez besoin de trois : le cabestan (pour la filière), la demi-clé sur deux tours morts (pour le bollard), et le nœud de chaise (pour boucler une amarre sur soi-même). Maîtrisez ces trois, vraiment, et vous gérerez 95 pour cent des situations.

Le pare-battage à clip ferme

Depuis l'incident, j'ai investi dans des pare-battages à clip ferme (système Fendertex ou équivalent), qui se fixent par mousqueton inox sur la filière sans nœud. 70 euros le clip, 0 risque de ratage. Pour les sorties solo, je prends ça systématiquement.

Le facteur temps de la fatigue

Quand je suis pressé, je rate des nœuds. Maintenant je m'oblige à arriver au bateau 45 minutes avant largage, jamais moins. Le temps de tout préparer sans précipitation.

La leçon plus large

On enseigne aux débutants à monter les voiles, à border et choquer, à manœuvrer au moteur, à mettre une cape sèche. On ne leur enseigne pas assez l'autocontrôle. Vérifier deux fois ce qu'on a fait, c'est ce qui distingue le marin de l'amateur. Une checklist écrite (j'en ai fait une plastifiée que je suis avant chaque sortie) est ridicule en apparence et précieuse en réalité.

Aujourd'hui, deux ans plus tard, j'ai 480 milles au compteur en solo. Plus jamais de pare-battage à la traîne. La rayure du gel-coat est invisible après réparation, mais je m'en souviens à chaque fois que je fais un nœud.

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