Résumé
Après cinq saisons avec une Rutland 1200 sur un voilier de 38 pieds, le bilan est mitigé : production correcte au mouillage venté (2 à 3 kWh par jour), fiabilité bonne, mais bruit toujours discutable et entretien régulier. Concurrencée par les modèles plus silencieux récents, elle reste une référence robuste mais vieillissante.
L'achat et l'installation
Décision en 2020 de compléter le solaire (200 Wc à l'époque) par une éolienne, dans la perspective de mouillages prolongés en Bretagne et en Galice. Choix entre Rutland 1200, Silentwind et Aerogen LVM. Choix final : Rutland 1200 pour sa réputation de robustesse et son prix raisonnable (environ 1300 euros à l'époque).
Installation : pylône inox 316 fait sur mesure par un chaudronnier local, 2,5 m de haut, fixé sur le balcon arrière par platines renforcées intérieurement. Câblage en 6 mm² jusqu'au régulateur HRD-X de Rutland, puis vers le parc batterie. Coût pylône et installation : 1100 euros supplémentaires.
La production réelle
Sur cinq saisons d'observations, données moyennes :
Vent 5-10 noeuds : 20 à 80 W, soit 2 à 7 A en 12V. Production marginale, presque pas perceptible sur la batterie.
Vent 10-15 noeuds : 100 à 200 W, soit 8 à 17 A. Production utile, comparable au solaire en plein soleil.
Vent 15-20 noeuds : 250 à 400 W, soit 21 à 33 A. Excellente production, batterie qui remonte vite.
Vent 20-25 noeuds : 400 à 600 W, soit 33 à 50 A. La machine donne son maximum.
Au-delà de 25 noeuds : régulateur qui freine, production plafonnée à 600 W environ.
Sur un mouillage breton typique (vent moyen 12 noeuds 24h/24) : 2,5 à 3,5 kWh par jour. Sur un mouillage méditerranéen calme nocturne : 0,5 à 1 kWh. Sur un mouillage venté Tramontane (25-30 noeuds soutenus) : 6 à 8 kWh par jour, plus que les besoins.
Le bruit, le défaut majeur
C'est le sujet qui revient toujours. La Rutland 1200, avec ses cinq pales, fait du bruit. À 15 noeuds de vent, c'est un sifflement constant, perceptible dans les couchettes même portes fermées.
À 20 noeuds, le sifflement devient roulement profond. À 25 noeuds, certaines orientations de vent transmettent une vibration à travers le pylône qu'on sent dans la coque.
Solutions partielles : isoler le pylône au pied avec un jonc caoutchouc (réduit la vibration transmise), arrêter la machine la nuit au-delà de 18 noeuds (frein électrique sur le régulateur, simple mais efficace).
Sur les modèles plus modernes (Silentwind, Superwind), le bruit est nettement moindre. C'est l'argument numéro un de leurs concurrents.
La fiabilité après cinq ans
Rien de structurel n'a cassé. La peinture des pales s'est dégradée légèrement (UV et sel), un coup de peinture marine en 2024 a remis à neuf. Les roulements ont été remplacés en 2023 (700 euros pièces et main d'oeuvre, accès en haut du pylône à faire avec un harnais).
La génératrice fonctionne sans accroc. Le régulateur HRD-X a tenu sans problème. Pas de panne sérieuse en cinq saisons.
C'est solide. Probablement la principale raison pour laquelle les Rutland se vendent encore : ça dure.
L'entretien
Une fois par an :
- Inspection visuelle des pales (chocs, fissures, usure)
- Graissage léger des charnières du gouvernail (sur les modèles équipés)
- Resserrage des fixations pylône
- Vérification câblage et connexions
- Test de production à un vent connu
Tous les 3 à 5 ans :
- Remplacement roulements génératrice (selon usure)
- Remise en peinture si nécessaire
- Vérification régulateur
Ces opérations demandent un harnais et l'aide d'un coéquipier, c'est de l'inconvenance régulière.
Le placement
Le pylône à 2,5 m de haut suffit dans la plupart des cas. Plus haut donne plus de prise au vent en hauteur (et donc plus de production), mais augmente la prise au vent globale du bateau et l'effet de levier.
Idéalement à l'arrière, pour ne pas être perturbé par le bateau lui-même. Le mât principal créerait des turbulences si l'éolienne était au milieu.
Distance des passagers : la pale doit être à hauteur où personne ne risque jamais d'y mettre la main, surtout pas les enfants. Une pale qui tourne à 1500 tours/min coupe net.
Sécurité
Frein électrique commandé depuis le tableau, indispensable. Pour les coups de vent prévus, on coupe la machine pour éviter de la sur-solliciter. Pour les nuits où on veut dormir au mouillage venté, on freine.
Frein mécanique manuel disponible mais peu utilisé en pratique : le frein électrique suffit dans 99% des cas.
Pour la mer formée en navigation au près, on freine aussi : la machine s'emballe quand le bateau tangue (effet doppler du vent apparent variable), ce qui use prématurément les roulements.
Le rapport prix-bénéfice
Investissement total 2400 euros (machine + pylône + installation), production estimée 800 kWh par an en utilisation type. Sur dix ans, 8000 kWh, soit 0,30 euros par kWh utile. Pas concurrentiel face au quai, mais correct face au groupe électrogène en mouillage prolongé.
L'amortissement par évitement du groupe électrogène est plus pertinent. 100 heures de groupe par an évitées représentent 200 euros de carburant économisés et 1000 heures de groupe en moins sur 10 ans.
Verdict subjectif
Pour un voilier de croisière en zones ventées (Bretagne, Galice, Méditerranée nord), la Rutland 1200 reste une option valable. Robuste, fiable, simple. Le bruit est son défaut majeur.
Pour un projet 2026, je regarderais sérieusement la Silentwind ou la Superwind 350. Plus chères mais nettement moins bruyantes, ce qui change l'expérience à bord.
Pour qui c'est inutile
Méditerranée sud, mouillages calmes : les nuits d'été sont sans vent, l'éolienne ne tourne pas. Le solaire suffit largement.
Bateau qui ne reste jamais au mouillage plus d'une nuit : production limitée par l'absence de continuité.
Bateau dont l'esthétique compte beaucoup : un pylône arrière n'est pas neutre visuellement.
Cas pratique
Voilier 38 pieds, mouillages bretons et galiciens 4 mois par an, traversées Manche-Galice-Maroc une fois par an. Bilan production annuelle : environ 800 kWh dont 600 au mouillage, 200 en navigation. Couvre 60% de la conso annuelle, le reste solaire et alternateur. Sans regret malgré le bruit.
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