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Traiter l'eau du réservoir, méthodes

Méthodes pour traiter l'eau du réservoir bord : chloration, filtres au charbon, hygiène des réservoirs et risques sanitaires à éviter.

Résumé

L'eau stockée à bord se dégrade vite. Chloration légère du réservoir, filtres au charbon en sortie, hygiène stricte du remplissage et nettoyage annuel sont les bases. Sans précautions, l'eau devient impropre en quelques semaines, voire risquée pour la santé après plusieurs mois.

Pourquoi l'eau de bord se dégrade

Trois phénomènes :

D'abord la prolifération bactérienne. Une eau stagnante chaude dans un réservoir à 25 degrés est un milieu favorable. Coliformes, pseudomonas, parfois legionella : tout cela peut se développer.

Ensuite les biofilms. Sur les parois du réservoir, dans les flexibles, dans la pompe : un film bactérien se forme avec le temps. Ce biofilm est plus difficile à éliminer qu'une simple contamination.

Enfin, la qualité d'origine. L'eau de port est de qualité variable. Certains ports ont des bornes peu entretenues, des canalisations anciennes, des risques de contamination locale.

Les signes d'une eau dégradée

Le goût : eau qui prend un goût de plastique, de soufre, de moisi. Premier signe de dégradation.

L'odeur : odeur sulfureuse à la sortie du robinet, particulièrement en eau chaude. Indique souvent une prolifération de bactéries sulfato-réductrices.

L'aspect : eau trouble, particules en suspension, ou voile blanchâtre. Plus rare mais sans ambiguïté.

À l'apparition d'un de ces signes, il faut traiter avant utilisation alimentaire.

La chloration légère

Méthode simple et éprouvée : 1 ml d'eau de Javel à 9% par 100 litres d'eau stockée. Soit 4 ml pour un réservoir de 400 litres.

Cette concentration (environ 1 mg/L de chlore actif) est conforme aux normes européennes pour eau potable. Elle empêche la prolifération bactérienne sans goût notable au robinet.

Ajout : à chaque remplissage du réservoir, ou tous les 15 jours en stockage prolongé. Mélange par agitation naturelle quand on navigue, ou en ouvrant le robinet quelques minutes.

Les pastilles de purification

Aquatabs ou Micropur : pastilles dosées pour l'eau, plus pratiques que la Javel liquide. Une pastille pour 5, 10 ou 100 litres selon les modèles.

Coût : 5 à 15 euros la boîte. Durée d'action : 2 à 4 heures avant consommation.

Inconvénient mineur : goût légèrement chloré qui peut déranger certains utilisateurs.

Les filtres au charbon

En aval du réservoir, sur la sortie vers la cuisine, un filtre au charbon actif retient les goûts résiduels (chlore, plastique, traces) et certains contaminants chimiques.

Filtre standard 10 pouces : 30 à 60 euros, cartouche à changer tous les 6 mois ou 5000 litres. Installation simple sur la canalisation principale.

Le charbon ne tue pas les bactéries. C'est un complément à la chloration, pas un substitut.

Les filtres céramiques

Filtres céramiques (Doulton, Berkey équivalent) retiennent particules et bactéries (jusqu'à 0,2 micron). Plus efficaces sur le plan microbiologique mais plus chers.

Coût : 80 à 200 euros, durée 12 à 18 mois. Installation similaire au charbon.

Pour les voyages au long cours en pays où la qualité d'eau initiale est très variable (certaines escales tropicales), c'est un investissement justifié.

L'osmose inverse en cuisine

Pour les utilisateurs très exigeants, un osmoseur de cuisine retire 95% des contaminants chimiques et bactériens. Coût 200 à 400 euros, encombrement important sous l'évier.

Réservé aux grandes unités. Sur un voilier de plaisance, c'est rarement justifié.

L'hygiène du remplissage

Le tuyau de remplissage du quai, c'est la zone à risque. Un tuyau jaunâtre qui traîne sur le quai, en plein soleil, partagé entre tous les bateaux : il est pollué.

Bonnes pratiques :

  • Avoir son propre tuyau de remplissage, court (3-5 mètres), bouchonné aux extrémités quand pas utilisé
  • Laisser couler 30 secondes avant remplissage
  • Utiliser un filtre de remplissage (filtre à sédiments 5 micron, 30 euros, branché en série sur le tuyau)
  • Éviter les bornes douteuses (rouille, mousse, eau jaunâtre en début de soutirage)

Le nettoyage annuel du réservoir

Une fois par an minimum, vidanger et nettoyer le réservoir. Méthode classique :

Vidanger complètement (robinet bas ou siphonage). Préparer une solution de Javel diluée à 100 ml de Javel 9% pour 50 litres d'eau. Remplir le réservoir à mi-niveau de cette solution. Laisser agir 4 heures. Naviguer ou agiter pour bien mouiller toutes les parois et les canalisations en ouvrant brièvement les robinets.

Vidanger complètement. Rincer deux fois avec de l'eau claire (remplir, vidanger). Remettre en service avec eau de bonne qualité plus chloration légère habituelle.

Cette opération demande une journée mais transforme un réservoir douteux en réservoir propre.

Les réservoirs souples

Beaucoup de plaisance moderne utilise des poches souples (50 à 200 litres). Plus légères que les réservoirs rigides, elles s'adaptent aux espaces irréguliers.

Inconvénient : les biofilms se développent plus facilement dans les replis. Le nettoyage demande plus d'attention.

Solution : agitation manuelle pendant le traitement Javel, et remplacement de la poche tous les 5 à 8 ans.

Les réservoirs en inox

Le top en termes d'hygiène. Inox 316L poli, résistant à la chloration répétée, vidangeable facilement. Coût élevé : 800 à 2000 euros pour un réservoir 200 à 400 litres.

Sur les unités haut de gamme ou refit complet, c'est l'option de référence.

Le chauffe-eau, point critique

Le chauffe-eau (boiler 30-50 litres) maintient l'eau à 50-70 degrés en permanence quand le moteur tourne ou en 230V. Cette zone tiède est idéale pour la prolifération bactérienne, notamment legionella.

Bonnes pratiques :

  • Maintenir le chauffe-eau au-dessus de 60 degrés (au-dessus de la zone Legionella)
  • Vidanger complètement avant tout hivernage
  • Détartrer une fois par an

Les risques sanitaires réels

Une eau de bord mal traitée peut provoquer :

  • Gastro-entérites bactériennes (E. coli, Pseudomonas)
  • Troubles digestifs (flore inhabituelle)
  • Plus rarement, infections urinaires ou cutanées (en cas d'ingestion par contact répété)

La legionellose grave reste rare mais documentée. Les cas surviennent surtout chez les personnes fragiles (immunodéprimés, personnes âgées).

Pour un équipage en bonne santé adulte, le risque sérieux reste faible si l'on traite régulièrement. Pour les enfants et personnes fragiles, vigilance accrue.

Le bon goût retrouvé

Une eau bien traitée, filtrée au charbon en sortie, donne un goût neutre et agréable. Beaucoup de plaisanciers découvrent qu'ils peuvent boire l'eau du réservoir avec plaisir, sans avoir à acheter de l'eau en bouteille.

C'est un confort de bord, et une économie réelle sur des croisières prolongées.

Cas pratique

Voilier 38 pieds, réservoir 400 litres, équipage 4, deux semaines de croisière. Routine : ajout de 4 ml Javel à chaque remplissage, filtre au charbon en sortie cuisine, nettoyage annuel à la Javel. Cinq saisons sans incident sanitaire, eau bue crue par tout l'équipage. Coût annuel : 30 euros (cartouche filtre + Javel).

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