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Gestion des déchets à bord : bonnes pratiques et réglementation

Que dit la loi française sur les déchets, eaux noires, plastiques à bord. Méthode pratique pour réduire et trier en croisière, avec sanctions et conseils.

Résumé

Le rejet en mer de plastiques, mégots et eaux noires non traitées est interdit par la convention MARPOL et la loi française, sanctions de 750 à 22500 euros. Tous les bateaux de plus de 24 m doivent disposer d'un holding tank, fortement recommandé en dessous. Le tri à bord se gère avec 4 sacs étanches et un compostage simple. Les ports français sont obligés depuis 2003 de fournir gratuitement les bennes de collecte.

Pourquoi ce sujet n'est plus évitable

Pendant longtemps, la mer a servi de poubelle aux marins parce qu'elle paraissait infinie et que les déchets organiques, papiers, verres se diluaient ou se dégradaient. Cette époque est révolue. Les images de tortues étranglées par des sacs plastiques et les études sur la concentration de microplastiques en Méditerranée ont changé le regard collectif. Le droit a suivi et il s'applique aux plaisanciers, pas seulement aux pétroliers.

Cet article fait le point sur trois choses : ce que dit le droit en 2026, ce qu'il faut faire pratiquement à bord, et ce que je fais moi-même après quinze ans à essayer d'être plus rigoureux. Je n'ai pas la prétention d'être exemplaire, je raconte ce qui a marché chez moi.

Le cadre juridique

Trois niveaux de règles s'empilent et il faut les connaître pour ne pas se faire piéger.

Au niveau international, la convention MARPOL annexe V interdit le rejet en mer de tout plastique, peu importe la distance à la côte. Les déchets organiques peuvent être rejetés à plus de 12 milles dans certaines conditions, mais cette tolérance disparaît en zones spéciales comme la Méditerranée. Pour un plaisancier français, il faut considérer que tout rejet est interdit en mer.

Au niveau européen, la directive 2019/883 sur les installations portuaires de réception oblige tous les ports à proposer des bennes de tri et à intégrer le coût dans les redevances portuaires. Concrètement, le tri à bord doit pouvoir être déposé gratuitement à l'arrivée au port.

Au niveau français, le code de l'environnement et le code des transports précisent les sanctions. Un rejet de plastique en mer est sanctionné de 22500 euros maximum, un rejet de macrodéchet de 1500 euros, un rejet d'eaux noires non traitées dans une zone protégée de 22500 euros également. Les agents des Affaires maritimes et les douanes peuvent verbaliser, et leurs vedettes patrouillent en saison.

Eaux noires : le sujet qui fâche

L'eau des toilettes est le déchet le plus mal géré par les plaisanciers français. La règle est pourtant claire :

Les bateaux de plus de 24 m construits après 1980 doivent obligatoirement disposer d'un réservoir d'eaux noires (holding tank) selon la convention MARPOL annexe IV. Le rejet direct est interdit dans les eaux territoriales, soit jusqu'à 12 milles des côtes.

Pour les bateaux de moins de 24 m, l'obligation française est plus floue mais la tendance est à l'extension de l'obligation. Depuis 2008, l'arrêté du 23 novembre exige le holding tank pour tous les bateaux neufs vendus en France. Les bateaux d'occasion antérieurs ne sont pas tenus de se mettre en conformité, mais l'usage du WC à rejet direct dans les ports, mouillages fréquentés et zones protégées vous expose à une amende de 750 à 1500 euros.

En pratique, j'ai installé un holding tank de 80 L sur mon voilier de 11 m en 2018, coût 850 euros pour le réservoir et la pompe de transfert, plus 600 euros de main d'œuvre. C'est un investissement modeste pour la tranquillité réglementaire et la conscience tranquille en mouillage.

Les ports français qui disposent d'une station de pompage eaux noires sont encore minoritaires, environ 35% en 2026 selon ma compilation. Les principaux qui en ont une : La Trinité, Port Olona Sables-d'Olonne, La Rochelle, Port-Camargue, Cannes Vieux Port, Saint-Tropez. Le service est généralement gratuit, parfois 5 euros par pompage.

Le tri à bord en pratique

Sur un bateau de croisière de 4 personnes, comptez 2 à 3 kg de déchets par jour. La gestion à bord se fait en quatre flux distincts.

Flux 1 : les recyclables secs. Bouteilles plastique, canettes, cartons. Sac étanche zip type Ziploc 5 L, vidé tous les 2 jours dans les bennes du port.

Flux 2 : le verre. Sac à part, plus lourd et plus volumineux. Je le compresse dans un sac toilé que je suspends en bouteille extérieure, ça réduit l'odeur et le risque de casse.

Flux 3 : les organiques. Épluchures, restes de cuisine. Soit composteur de bord en seau hermétique avec sciure (formule rurale qui marche), soit sac dédié vidé chaque jour. Les organiques fermentent vite par 25 degrés et il ne faut pas les laisser plus de 24 heures sans aération.

Flux 4 : les déchets ultimes. Lingettes, mouchoirs, plastiques sales, mégots. Sac fermé hermétique, jamais à l'air libre. Mégot dans un cendrier de poche obligatoire (pas par terre, pas dans la mer, pas dans la nature en escale).

Réduire à la source : ce qui marche vraiment

Le meilleur déchet est celui qu'on ne produit pas. Mes habitudes qui ont divisé par deux le volume de poubelle annuel :

Avitaillement réfléchi avant départ. J'achète en gros (riz, pâtes, conserves familiales) plutôt qu'en portions individuelles. Je transvase dans des bocaux verre rigides qui durent 10 ans. Économie déchets et économie financière, environ 30% sur le poste alimentaire.

Eau filtrée à bord plutôt que bouteilles plastique. Filtre à charbon sur le robinet de l'évier, 25 euros la cartouche tous les 6 mois. J'ai fait l'économie de 800 bouteilles plastique sur la dernière saison, soit 24 kg de plastique non rejeté ni à recycler.

Vaisselle réutilisable systématique. Pas d'assiettes en carton, pas de gobelets jetables. Pour les soirées avec invités à terre, j'ai un set de mélamine bambou qui se lave et qui dure.

Lingettes minimales. Une lingette imprégnée se dégrade en 90 ans, c'est l'un des pires déchets bateau. Microfibre lavable plutôt, 4 à 6 microfibres roulent en saison.

Mégot dans un cendrier de poche imperméable. Le mégot est le déchet le plus jeté en mer, le plus toxique par filtre et le plus présent dans l'estomac des poissons selon les études IFREMER 2023. Si on fume à bord, le cendrier est non négociable.

Cas particuliers à connaître

Les huiles de moteur usées sont des déchets dangereux. Vidange uniquement à terre, dans un récipient hermétique, déposé en déchèterie ou dans une benne huile de port. Tous les ports équipés d'une station carburant ont une benne huile, parfois cachée derrière la station.

Les piles et batteries sont des déchets dangereux à part. Bac collecteur dans la plupart des bureaux de port, sinon en déchèterie. Une batterie au plomb pèse 25 kg, ne la jetez pas dans la benne tout-venant.

Les produits chimiques (anti-fouling, white spirit, peintures) sont des déchets dangereux à part. Chantier ou déchèterie obligatoirement.

Les engins de pêche perdus (lignes, filets, hameçons) tuent encore en mer après leur perte. Si vous coupez une ligne accrochée, ramenez-la à terre, ne la laissez pas dériver. Mise en place du filet ramassoir sur les sorties pêche, vraiment efficace.

Sanctions concrètes en 2026

Je liste les amendes que j'ai relevées dans la presse spécialisée et les comptes-rendus des Affaires maritimes :

  • Mégot jeté en mer : 135 euros, contravention de classe 4
  • Sac plastique jeté : 1500 euros
  • Bouteille verre jetée : 750 euros
  • Eaux noires rejetées en port : 1500 euros
  • Eaux noires en parc national ou Natura 2000 : jusqu'à 22500 euros
  • Hydrocarbure rejeté : à partir de 4000 euros, jusqu'à 200000 euros pour les rejets volontaires
  • Filet ou ligne abandonnés : 750 euros

Les contrôles sont quasiment inexistants au large, plus fréquents en zones protégées et à l'entrée des ports. La probabilité d'être pris est faible, mais la responsabilité collective est réelle. Et la honte de se faire prendre devant l'équipage et les voisins de ponton n'a pas de prix.

Mon avis sur la trajectoire

Je suis convaincu que la réglementation va se durcir dans les 5 ans, avec extension de l'obligation holding tank à tous les bateaux et contrôles renforcés en zones sensibles. Mieux vaut anticiper que subir. Les équipements coûtent peu, les habitudes se prennent en deux croisières, et le retour sur investissement environnemental est immédiat.

L'enjeu n'est pas seulement la conformité légale. C'est de pouvoir continuer à mouiller en Méditerranée dans des eaux claires en 2040, de ramener des poissons sains à manger, de transmettre une mer qui ne soit pas un chiffon de plastique flottant. Chacun à bord est un maillon, c'est nous ou personne.

Pour repérer les ports équipés de stations de pompage et les bennes de tri, l'app BoatMap référence les services environnementaux de chaque port français. Voir aussi notre article sur la Réglementation mouillage et posidonies pour la zone Méditerranée.

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