Corsica

Ma croisière en catamaran : Ajaccio, Propriano, Bonifacio en 10 jours

Dix jours en Lagoon 40 entre Ajaccio et Bonifacio : mouillages testés, météo jour par jour, budget, les deux ports qui m'ont déçu.

Résumé

Dix jours en septembre 2024 sur un Lagoon 40 loué à Ajaccio, six adultes à bord, 180 milles parcourus en cabotage entre Ajaccio et Bonifacio via Propriano. Budget location 6 800 euros sur la semaine type, 1 420 euros de ports et carburant, 290 euros de paraciosités en caisse commune. Trois mouillages qui restent, un port que je déconseille, une traversée des Bouches qui m'a rappelé que la Corse ne se négocie pas au calendrier. Voici le déroulé jour par jour, sans filtre.

Pourquoi le catamaran, pourquoi en septembre

Je navigue sur monocoque depuis 18 ans (Oceanis 41.1 à Hyères), et je n'avais jamais mené un catamaran sur plus de deux jours. L'occasion s'est présentée avec un groupe de copains d'enfance qui voulaient des cabines doubles et un cockpit utilisable à six. Le Lagoon 40 de 2022 tirait 1,30 m, deux moteurs Yanmar 29 CV, spi asymétrique fourni, annexe Highfield 290 avec un Yamaha 9,9. Loué chez Corsica Yacht Charter à Ajaccio au tarif basse-intersaison (6 800 euros pour 10 jours), avec assurance tous risques incluse (à vérifier au moment de la réservation, les conditions évoluent).

Partir en septembre plutôt qu'en août, c'est un choix assumé. Moins de monde dans les baies, eau encore à 23 degrés, vents mieux établis, tarifs ports divisés par deux par rapport au mois d'août. En contrepartie, la saison charter touche à sa fin, certaines guinguettes ferment dès la deuxième semaine de septembre, et le risque de coup de vent d'ouest remonte à partir du 15.

Nous sommes partis le 7 septembre à 14h d'Ajaccio, retour prévu le 17 à 9h. Ce qui suit est le vrai déroulé, pas la version carte postale.

Jour 1 : Ajaccio, on ne part pas vraiment

Formalités check-in à 9h, briefing technique 2 h (honnête, le skipper du charter insiste sur les GR marins et les bouées Natura 2000 dans les Bouches), avitaillement au Spar d'Ajaccio avec comptabilité partagée, départ effectif vers 14h30. 12 milles seulement jusqu'au mouillage du golfe de Lava, qu'on connaît tous, histoire de caler la navigation en catamaran avant de s'engager plus loin.

Le Lagoon à 7 nœuds moteur consomme 6 à 7 litres par heure sur les deux diesels, soit environ 40 euros aux 10 milles au prix gazole marine 2024 (1,55 euro le litre, à vérifier). Mouillage à Lava sur 6 mètres de fond sable, 35 mètres de chaîne, tenue immédiate. Baignade, apéro, zéro vent, nuit calme. Un démarrage doux, qui permet surtout de comprendre les différences d'ergonomie : les manoeuvres à deux moteurs exigent de recalibrer les réflexes, surtout sur un monocoquien de naissance.

Jour 2 : les Sanguinaires, puis Capo di Muro

Lever à 6h30, départ 7h40 pour doubler la Pointe de la Parata au moteur, vent nul. Les quatre îles Sanguinaires se prennent en laissant Mezzu Mare par tribord. Je recommande le passage côté est : fond de 15-20 m, pas de cailloux traîtres, et les dauphins du coin s'y baladent matin et soir. On en a croisé trois exactement à 8h20, groupe de six bêtes, sur 400 mètres de suivi.

Vers 10h, brise thermique de sud-ouest établie à 12-14 nœuds. On monte le spi asymétrique pour la première fois, pas glorieux sur un Lagoon 40 qui n'est pas le voilier le plus aérodynamique du monde, mais 6,5 nœuds en descente vers le golfe de Peru c'était déjà ça de pris. Mouillage à Capo di Muro dans l'anse nord-est, sur 5 mètres de sable à 14h30. La baie tient bien au sud-ouest, peu fréquentée en septembre (deux autres bateaux seulement), fond translucide.

Pique-nique à bord, plongées en apnée le long de la falaise est : tombant de 3 à 12 mètres, quelques mérous juvéniles, une raie pastenague aperçue à 4 mètres. Soir : vent tombé, nuit étoilée exceptionnelle parce qu'il n'y a pas un lampadaire à 10 milles à la ronde. C'est probablement le mouillage le plus marquant des 10 jours.

Jour 3 : Capo di Muro vers Propriano

Lever 7h, départ 8h15. 22 milles de route au 190 avec vent portant de nord-ouest 8-10 nœuds, génois seul, 5,2 nœuds de moyenne. Arrivée au port de Propriano à 13h30. On a réservé la veille par VHF canal 9, accueilli par un manoeuvrier qui place les cata sur la panne extérieure nord : 94 euros la nuit pour un 12 mètres en septembre 2024 (tarif à vérifier pour la saison en cours, les prix évoluent annuellement). Eau, électricité, douches correctes, Wi-Fi aléatoire. Le port en lui-même est fonctionnel, sans charme excessif, mais la ville a du caractère pour une escale courte.

Dîner au restaurant U Pescadori sur le quai, addition à 45 euros par personne avec vin, correct sans plus. Bonne nuit en port, zéro roulis.

Jour 4 : Propriano, on prend une journée

Imprévu météo : un creux passe sur Gênes, l'ouest corse bascule en régime d'ouest soutenu 20-25 nœuds annoncé pour 48 h. On décide de rester à Propriano deux nuits plutôt que d'engager le trajet vers Tizzano en pleine bouscule. Nuit supplémentaire au port 94 euros. Location de voiture à six pour 75 euros la journée, cap sur la vallée de l'Ortolo et les bains de Caldane (entrée 6 euros par personne). Bonne coupure, surtout pour les équipiers qui commençaient à ruminer.

Leçon de la journée : ne jamais se tenir à un planning de traversée sur la côte ouest corse en septembre. Le vent d'ouest se lève en 6 heures, la mer suit dans les 3 heures qui suivent, et les mouillages sud-ouest deviennent inconfortables en un rien.

Jour 5 : descente vers Tizzano

Vent retombé à 10 nœuds d'ouest au petit matin, départ 7h15. 18 milles de descente le long de la côte, mer résiduelle de 1 m de sud-ouest, vitesse 5,8 nœuds au moteur plus génois roulé. Mouillage à Tizzano dans l'anse sud, sable à 4 mètres, tenue nette dès le premier essai. Encore une fois : pratiquement vide en cette mi-saison (un voilier allemand, un motor-yacht italien), ce qui paraît presque anachronique pour la Corse en septembre.

Après-midi à terre : montée à pied jusqu'aux ruines du fort génois (30 minutes de marche, pente raide), point de vue sur l'ouest corse jusqu'au cap Senetosa. Dîner à bord avec les pâtes fraîches achetées à Propriano. Nuit tranquille.

Jour 6 : de Tizzano à Roccapina et sa tour

Petite étape de 9 milles, mais qui mérite le détour. La plage de Roccapina et son lion de pierre au sommet sont un classique, et la tour génoise qui domine l'ensemble est à voir. Mouillage sur 5-6 mètres de sable, un peu de courant en fin d'après-midi quand le vent bascule. Plage très peuplée les jours où la route d'accès est pratiquable (août), quasi-déserte hors saison. Nous étions trois bateaux au mouillage le 12 septembre.

La tenue au mouillage est correcte sans être extraordinaire. Éviter si vent du sud-ouest établi, on dérape.

Jour 7 : Roccapina vers la baie de Rondinara

28 milles au portant avec vent nord-ouest 14 nœuds, on monte le spi, on file à 7 nœuds sur une mer douce. Les Bouches de Bonifacio se négocient au portant, carte marine à jour, passage côté ouest de l'île Maestro Maria. Mon ami Antoine a écrit sur les mouillages de Bonifacio et il insiste sur une règle que je confirme : ne jamais sous-estimer le vent dans les Bouches, il lève en 2 h ce qu'il mettrait 5 h à lever en mer libre.

Arrivée à Rondinara vers 16h. La baie mérite sa réputation : sable blanc, 3 à 8 mètres de fond selon où on pose l'ancre (à vérifier sur carte SHOM 7024L), eau d'une clarté qui a fait taire même les plus ronchons du bord. Mais il y avait encore 22 bateaux au mouillage en ce 13 septembre. J'ose imaginer ce que c'est en juillet. On a pris place au nord de la baie, mieux ventilée, moins bondée.

Deux nuits à Rondinara. Le deuxième jour, apnée jusqu'aux herbiers de posidonies du sud-est : attention à ne pas mouiller dessus, amende possible de 150 à 1 500 euros (source : arrêté préfectoral). Le catamaran permet d'accoster en annexe directement sur la plage grâce à son faible tirant d'eau, c'est un vrai confort.

Jour 9 : Rondinara vers Bonifacio

10 milles courts pour terminer sur Bonifacio. On aborde par l'est, on contourne la falaise calcaire qui signe la ville, entrée dans la calanque à 11h après appel VHF canal 9. Place réservée sur ponton visiteurs (pas de place libre sans réservation en septembre), tarif 2024 de 138 euros la nuit pour un catamaran 12 mètres (à vérifier auprès du port de Bonifacio, les tarifs sont révisés chaque année). C'est l'escale chère du voyage, et c'est le port où je dirais franchement qu'on paye surtout la vue. L'infrastructure est correcte, la capitainerie aux ordres, mais on est sur un tarif de prestige plus que de qualité de service.

Montée à la vieille ville par l'escalier du Roi d'Aragon, 187 marches, vue sur la Sardaigne à 12 milles. Dîner chez Da Passano, nettement au-dessus de ce qu'on a mangé à Propriano, 65 euros par personne avec du vin local correct. Nuit au port.

Jour 10 : retour à Ajaccio par le sud-ouest

Départ 6h30 pour couvrir les 58 milles de retour vers Ajaccio au vent debout. Vent nord-ouest 14-16 nœuds, on tire des bords serrés jusqu'à Figari, puis le vent rentre côté est, on finit au portant sur Ajaccio. Arrivée port charter à 17h, pleins faits, check-out sans souci le lendemain matin à 9h.

Les deux ports qui m'ont déçu et le mouillage qui m'a surpris

Propriano (correct) et surtout Bonifacio (cher, prestige) : je ne reviendrai pas y coucher sauf nécessité. Le vrai luxe de cette croisière a été les mouillages presque déserts de Capo di Muro et Tizzano, où j'ai payé 0 euro la nuit et où j'ai vu des levers de soleil dont je me souviens encore. Le catamaran à ce titre est un avantage réel : tirant d'eau faible, annexe qui s'accoste partout, et une vie à bord plus confortable qu'en monocoque quand on est six.

Budget réel par personne pour 10 jours

PosteTotal équipagePar personne
Location Lagoon 406 8001 133
Gazole marine39065
Ports (Propriano x2, Bonifacio)32654
Avitaillement et repas à bord720120
Restaurants à terre (3 soirs)890148
Taxi, excursion Caldane16027
Caisse pourboires, extras29048
Total par personne-1 595

À mettre en face : une semaine type à Ajaccio en septembre avec location Airbnb et voiture tourne entre 800 et 1 000 euros par personne. Le différentiel de 600 à 800 euros payé ici, c'est ce que vaut l'accès aux mouillages isolés et la liberté de décider chaque matin.

Ce que je retiens comme monocoquien converti (à moitié)

Le catamaran n'a pas remplacé mon Oceanis dans mon coeur. Au près, il s'essouffle, et je me suis senti lent plusieurs fois. Mais pour un groupe de 6 en Corse, avec annexe qui accoste partout et tirant d'eau qui ouvre tous les mouillages de sable, la formule fait mouche. Pour comparer avec le même parcours en monocoque, voir mon itinéraire Toulon-Corse où je raconte la traversée.

Si vous partez faire ce circuit, réservez Bonifacio au moins 3 semaines avant même en septembre, et n'achetez pas un aller simple pour Propriano, gardez la flexibilité de sauter des escales. La Corse se navigue à la météo, pas au planning.

Les mouillages testés sur la route sont enregistrés comme marqueurs BoatMap si vous voulez les retrouver.

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