National

La coryphène (mahi-mahi) : biologie, habitat, saisons

Fiche biologique de la coryphène (Coryphaena hippurus) : pélagique tropical, croissance fulgurante, remontées estivales en Méditerranée, techniques de traîne.

Résumé

Coryphène (Coryphaena hippurus), aussi appelée mahi-mahi ou dorade coryphène, poisson pélagique tropical et subtropical. Corps très aplati, couleurs électriques bleu-vert et jaune or, front bombé chez le mâle. Croissance parmi les plus rapides au monde : 50 cm atteints en 6 mois, 1 mètre avant 18 mois. Taille moyenne des individus pêchés en France métropolitaine : 80 à 180 cm, remontée occasionnelle en Méditerranée française de juillet à octobre, liée au réchauffement des eaux de surface.

Un poisson qui grandit plus vite que presque tout le monde

Ce qui frappe en premier chez la coryphène, ce n'est pas la robe électrique ni le front busqué du mâle. C'est la vitesse à laquelle elle pousse. Une larve éclot pélagique, dérive dans les 200 premiers mètres d'eau, et atteint 50 cm en 6 mois. À 1 an, l'individu dépasse souvent 70 cm. À 18 mois, le mètre. Les plus grosses observations sur Coryphaena hippurus montent à 210 cm pour 40 kg, rarement dépassées au-delà de 4 ou 5 ans.

La contrepartie : espérance de vie courte, 4 ans en moyenne, 5 maxi sur les stocks pacifiques documentés par la NOAA Fisheries. Maturité sexuelle à 4-5 mois, taille autour de 35 à 45 cm. Une femelle adulte pond jusqu'à 3 fois par saison, 80 000 à 1 million d'oeufs par ponte. Ce turnover biologique permet aux populations tropicales de tenir face à une pression de pêche mondiale estimée à plus de 100 000 tonnes par an.

Un corps bâti pour la chasse en surface

Corps très comprimé, haute nageoire dorsale qui court du front à la queue, caudale fourchue puissante. La coryphène chasse dans les 30 premiers mètres d'eau. Elle poursuit poissons volants, petits maquereaux, calamars. Vitesse de pointe 90 km/h sur de courtes distances (Hawaii Institute of Marine Biology).

Dimorphisme sexuel net. Le mâle, appelé bull par les anglo-saxons, développe un front vertical carré. La femelle garde un profil arrondi. La différence apparaît vers 50 cm. Les couleurs, bleu électrique sur le dos et jaune or sur les flancs, passent en quelques secondes au gris plombé après la capture.

Habitat : tropical, pélagique, structures flottantes

Toutes les eaux tropicales et subtropicales du globe, entre 20 et 30 degrés Celsius. Particularité : elle s'agrège sous tout ce qui flotte. Bois mort, sargasses, bouées dérivantes, coques à la dérive, dispositifs de concentration de poissons (FAD). Sous une palette de bois perdue en mer, 30 à 50 juvéniles peuvent s'agglutiner en quelques jours. Cette fidélité aux structures rend la traîne lente autour des épaves dérivantes si efficace sous les tropiques.

En Méditerranée, l'espèce est décrite comme "visiteuse saisonnière" par l'Ifremer depuis les années 1990, avec une fréquentation qui augmente. Captures chaque été à Nice, Saint-Tropez, Porto-Vecchio, Marseille, en Catalogne française et marginalement dans le Golfe de Gascogne. Le réchauffement des eaux de surface (au-dessus de 24 degrés en juillet-août) crée des fenêtres où la coryphène remonte en petits bancs de 5 à 15 individus, 80 cm à 1,2 m.

Le calendrier français : juillet à octobre

Oubliez la coryphène en mai-juin sur les côtes françaises. L'eau n'est pas assez chaude. La fenêtre utile s'ouvre courant juillet, pic en août-septembre, fermeture fin octobre.

Juillet. Premières remontées, surtout au sud des îles du Levant, Cap Corse, Porto-Vecchio. Poissons isolés ou petits groupes. Tailles moyennes 80 cm à 1 m.

Août-septembre. Période optimale. Eaux de surface à 25-27 degrés pendant plusieurs semaines, bancs plus fournis avec les courants chauds. Les pêcheurs de thon blanc et de bonite croisent souvent de la coryphène à la traîne, en prise de surprise.

Octobre. Fenêtre qui se ferme. Quelques belles pièces encore possibles en Corse du Sud et Bouches-du-Rhône, puis les eaux descendent sous 22 degrés.

En Martinique et Guadeloupe, la coryphène est présente toute l'année avec pic de janvier à avril, répartition tropicale permanente.

Techniques : traîne, jigs, leurres de surface

La coryphène se pêche presque exclusivement à la traîne et au leurre. Pas de technique posée au fond.

Méthode reine : traîne lente (4 à 7 noeuds) autour des structures flottantes. Leurres de surface type popper, stickbait ou jet head colorés (chartreuse, rose, bleu-blanc) travaillés à 30-80 mètres derrière le bateau. Quand un banc est repéré sous un objet flottant, lancer au leurre souple ou au jig léger de 40 à 80 g. L'animal est extrêmement curieux et agressif : une fois qu'un banc mord, les captures s'enchaînent tant qu'on ne coupe pas le contact.

Matériel pour la taille moyenne française (1 à 1,5 m) : canne traîne 20-30 lbs, moulinet avec 250 m de tresse en 40 lbs, bas de ligne fluoro 60-80 lbs pour encaisser les coups de tête. Bouche petite mais mâchoire ferme, ferrage franc sans temps mort.

Pas de taille minimale spécifique en métropole

Pour la pêche de loisir en mer sur les côtes françaises métropolitaines, Coryphaena hippurus n'est pas listée dans l'arrêté du 26 octobre 2012 modifié qui fixe les tailles minimales. Aucune taille minimale réglementaire. Le bon sens commande de relâcher les individus de moins de 40-50 cm, encore reproducteurs de premier cycle.

Dans les Antilles françaises et à La Réunion, des tailles minimales locales peuvent s'appliquer via arrêtés préfectoraux. Pour le mémo complet des tailles minimales de capture par espèce, voir le récapitulatif métropolitain.

Pourquoi ses remontées en Méditerranée comptent

Les observations remontent aux années 1940 dans la littérature scientifique, devenues plus fréquentes depuis 2005-2010. L'Ifremer et le programme MEDIAS-Med documentent une tendance à la "tropicalisation" des eaux de surface du Golfe du Lion et du bassin Liguro-Provençal. La coryphène fait partie des espèces sentinelles de ce phénomène, comme la bonite à dos rayé.

Pour un plaisancier qui trouve une coryphène dans son sillage au large de Hyères en août : un poisson de circonstance, pas un stock exploitable. Éthique simple, un individu au barbecue et on passe à autre chose. Pour les techniques pélagiques locales, voir les spots de pêche à la bonite sur la Côte basque.

En bref

  • Espèce : Coryphaena hippurus, pélagique tropical.
  • Croissance : 50 cm en 6 mois, 1 m à 18 mois, 4-5 ans d'espérance de vie.
  • Présence en métropole : juillet à octobre, Méditerranée, occasionnelle en hausse.
  • Technique : traîne lente 4-7 noeuds, leurres de surface, structures flottantes.
  • Réglementation : aucune taille minimale en métropole, prudence biologique en-deça de 40-50 cm.

Sources

  • NOAA Fisheries, species profile Coryphaena hippurus.
  • DORIS FFESSM, fiche coryphène.
  • Ifremer, programme MEDIAS-Med pélagiques, rapports 2018-2024.
  • Hawaii Institute of Marine Biology, études vitesse et croissance.
  • Arrêté du 26 octobre 2012 modifié, Légifrance.

Try BoatMap for free

Nautical charts, 50,000+ marinas and anchorages, marine weather and GPS tracking.

Download on the App StoreGet it on Google Play