Résumé
Un convoyage côtier de 300 milles coûte typiquement 1 800 à 3 200 euros tout compris en faisant appel à un skipper professionnel, ou 600 à 1 100 euros en autoconvoyage avec équipage ami. Le délai standard est de 3 à 5 jours pour 300 milles selon la météo, allure et nombre d'escales. Préparation minimale 10 jours avant départ.
Étape 1 : décider entre autoconvoyage et professionnel
Première question à trancher. Si vous avez le temps, l'expérience, et au moins un équipier autonome, l'autoconvoyage divise le budget par trois. Si vous travaillez à temps plein, ne connaissez pas la zone de navigation, ou n'avez pas le miles dans les jambes pour une nav de nuit, le skipper professionnel est plus raisonnable.
Le skipper de convoyage facture en 2026 entre 280 et 380 euros par jour de mer pour un bateau de 10 à 14 mètres, plus défraiements (transport aller, hébergement, retour). Comptez 1 500 à 2 200 euros pour un Brest-La Rochelle, 2 800 à 3 500 euros pour un Marseille-Bonifacio.
Étape 2 : choisir la fenêtre météo
Un convoyage rate toujours sur la météo. Trois sources à croiser au minimum dix jours avant le départ :
- Modèle GFS (gratuit, vue d'ensemble à 7 jours)
- Modèle ECMWF (plus fiable à 4-5 jours, accessible via Windy Premium)
- Bulletin Météo-France marine côtier ou large selon la zone
La règle empirique : si les trois modèles divergent de plus de 10 nœuds sur le vent moyen prévu, reportez. Si l'écart est sous 5 nœuds et que le sens du vent est cohérent, vous tenez votre fenêtre.
Pour un convoyage à la voile, viser un portant ou un bon plein-largue. Pour un convoyage moteur, viser une mer formée sous 1,5 mètre et un vent sous 20 nœuds, sans quoi la consommation explose et le confort équipage devient médiocre.
Étape 3 : planifier l'itinéraire et les escales
Sur 300 milles, prévoyez 2 à 3 escales d'opportunité : un port refuge à environ chaque 80 à 100 milles. Cette logistique permet de couper en cas de météo qui se dégrade, ou de relayer un équipier malade.
Exemple Brest-La Rochelle (310 milles) : escales possibles aux Sables-d'Olonne (85 milles d'arrivée), à Concarneau (60 milles du départ), à Belle-Île (140 milles du départ). Trois ports refuges suffisants pour basculer en plan B en cas de coup de vent.
Réservez chaque escale visiteur 48h avant. En haute saison, les ports atlantiques (Belle-Île, Sables, La Rochelle) refusent régulièrement les arrivées non réservées en juillet-août.
Étape 4 : composer l'équipage
Convoyer en solo est techniquement possible mais pénible et risqué. La règle minimale est deux personnes pour les courts convoyages côtiers (sous 100 milles), trois pour les nav de nuit ou les passages exposés. Au-delà de 24 heures de mer continue, comptez 3 quarts de 4 heures, ce qui suppose au moins 3 équipiers en plus du skipper.
Vérifiez avant le départ :
- Brevet skipper si professionnel (capitaine 200 voile ou capitaine 200 minimum)
- Assurance bateau couvrant le convoyage (la plupart des contrats l'excluent par défaut)
- Permis hauturier des équipiers susceptibles de prendre la barre seul
- État vaccinal mer (rappel tétanos pour tous)
Étape 5 : préparer le bateau
Une checklist 10 jours avant départ :
- Moteur : vidange si plus de 100 heures, filtres carburant et air vérifiés, courroie alternateur ok
- Voiles (si voilier) : ris testés, drisses et écoutes vérifiées, jeu de voile de mauvais temps embarqué
- Sécurité : feux à main, fusées parachute, gilets gonflables avec déclencheur révisés sous deux ans, radeau de survie en validité
- Électronique : VHF DSC fonctionnelle, AIS testé, GPS de secours embarqué, balise SARSAT vérifiée
- Coque : chasseur d'air, cale moteur sèche, vannes manœuvrables
- Vivres : 1,5 fois la durée prévue en eau, repas froids prévus en cas de mauvais temps
- Carburant : plein avant départ, jerricans secours pour les longues étapes moteur
Comptez une demi-journée minimum de préparation matérielle pour un bateau bien suivi, une journée entière pour un bateau qui sort d'hivernage.
Étape 6 : budget réel
Détail typique d'un convoyage 300 milles, bateau de 12 mètres voile-moteur :
| Poste | Autoconvoyage | Skipper pro |
|---|---|---|
| Carburant (40 % du temps moteur) | 220 € | 220 € |
| Escales 3 nuits | 165 € | 165 € |
| Avitaillement équipage | 180 € | 180 € |
| Skipper professionnel (4 jours) | 0 € | 1 200 € |
| Défraiement skipper | 0 € | 280 € |
| Assurance complémentaire | 90 € | 90 € |
| Imprévus (10 %) | 65 € | 215 € |
| Total | 720 € | 2 350 € |
Ces ordres de grandeur valent pour 2026 en France métropolitaine. Au-delà de 600 milles, ajoutez 50 % au budget skipper.
Étape 7 : formalités
Pas de déclaration préalable pour un convoyage en eaux françaises. Pour un convoyage international (par exemple France-Italie ou France-Espagne), prévoir :
- Acte de francisation à bord (original ou copie certifiée)
- Permis bateau du chef de bord
- Liste d'équipage signée avec coordonnées et numéro de pièce d'identité
- Pavillon courtoisie du pays traversé
- Déclaration TVA si bateau acheté HT non encore mis en navigation
Les contrôles douaniers mer sont rares mais sévères : un défaut de pavillon ou de papiers immobilise le bateau jusqu'à régularisation.
Erreurs fréquentes en convoyage
L'erreur classique : surestimer la moyenne de progression. À 6 nœuds de moyenne (vitesse réaliste sur un voilier cruising en convoyage côtier), 300 milles font 50 heures de mer pleines, soit 5 jours minimum si on respecte 10 heures de mer par 24 heures. Beaucoup de propriétaires partent en s'imaginant 3 jours et finissent en course contre la météo.
Deuxième erreur : skipper pas équipé pour son rôle. Un convoyage demande des outils que la plaisance dominicale ne nécessite pas (longue-vue, tableau de quarts, livret de bord à jour, kit de routage). Un skipper pro embarque tout ; un autoconvoyeur amateur doit y penser.
Troisième erreur : pas de plan B. Quand un coup de vent rentre 12 heures avant l'horaire prévu, il faut savoir où abriter, qui prévenir, comment basculer. Un bon plan de convoyage prévoit toujours deux abris de repli par jour.
Pour aller plus loin
L'app BoatMap permet de planifier les escales potentielles, vérifier les disponibilités visiteurs et enregistrer la trace du convoyage pour le carnet de bord du propriétaire.
