Résumé
Un tour de mât annuel passe en revue cadènes, ridoirs, manilles, brins de câble et terminaisons swage. Compter deux heures à terre ou en chaise au mât, un miroir de dentiste, une lampe puissante, une loupe et un carnet pour noter chaque défaut.
Avant de monter
Le tour du gréement dormant ne s'improvise pas. Préparez le matériel à l'avance : chaise de calfat ou chaise harnais, lampe frontale puissante, loupe x10, miroir d'inspection extensible, mètre ruban, carnet plastifié, appareil photo. Et un assistant au pied de mât pour la sécurité, jamais seul.
Idéalement, faites le tour en début de saison sur bateau au ponton, mât en place. Si vous démâtez à l'hivernage, profitez-en pour inspecter le mât couché sur tréteaux, c'est plus confortable.
Étape 1, les cadènes
Au pont, à chaque cadène, recherchez :
Une fissure capillaire au pied de la cadène, là où elle traverse le pont. C'est le défaut le plus dangereux et souvent invisible. Tapotez avec un petit marteau de 200 grammes : un son mat au lieu du son clair est un signe.
Une corrosion de l'inox sous la rondelle ou sous la goupille de boulon. Une coloration brune ou un dépôt blanchâtre signale une corrosion par crevasse, fragile structurellement.
Un déplacement de la cadène par rapport au pont, ou un soulèvement du mastic d'étanchéité. Ces signes annoncent un effort sur le pont qui se transmet mal à la structure.
Vérifiez les boulons d'ancrage par-dessous, dans le coffre ou la cabine. Inspectez les contre-plaques en inox ou alu, leur état de corrosion, leur écrasement éventuel sur le contre-moulage.
Étape 2, les ridoirs
Démontez la goupille de chaque ridoir, débloquez avec WD ou pénétrant si nécessaire, et examinez :
Le filetage : un filetage propre tourne sans point dur, sans coincement. Un filetage galé ou taché de rouge nécessite un démontage et nettoyage à la brosse laiton, voire un remplacement.
L'axe et le corps : un ridoir bien rincé doit présenter un inox brillant. Le moindre point d'oxydation est un avertissement. Sur les ridoirs ouverts, la corrosion par crevasse se cache dans la jonction entre l'axe et le terminal.
Le frein de filetage : tous les ridoirs doivent être goupillés, pas simplement emmanchés. Une goupille manquante est la cause numéro un de démâtage par dévissage progressif sous vibration.
Étape 3, les terminaisons swage
Les sertissages en bas et en haut du câble (swage en haut, ridoir ou Sta-Lok en bas selon le bateau) sont des points faibles classiques.
Inspectez à la loupe x10. Une fissure verticale qui descend depuis l'embouchure du sertissage est un signe de rupture imminente. Aucun gréement ne se navigue avec ce défaut.
La loi des ans : passé quinze ans, même sans défaut visible, on remplace les terminaisons swage en croisière hauturière. Pour la croisière côtière, on tolère un peu plus mais le doute doit pencher vers le remplacement.
Étape 4, les brins de câble
À pleine longueur de câble, passez la main gantée pour sentir un brin cassé qui dépasse. Une seule main coupée par un brin invisible vous fait gagner en humilité.
Comptez les brins cassés. Sur un câble 1x19 typique, un seul brin cassé condamne le hauban : il faut remplacer.
Inspectez les zones de contact avec spreaders, étambrai, ridoirs : ce sont les zones d'usure par friction. Un creux ou une déformation est anormal.
Étape 5, les barres de flèche
En tête de barre de flèche, vérifiez les colliers de retenue (les terminaux qui empêchent le câble de quitter la barre). Une vis perdue laisse le câble glisser, et le mât tombe d'un côté.
Au pied de la barre, regardez la fixation au mât : pas de jeu, pas de fissure, embase propre.
Sur les barres en alu, recherchez la corrosion électrolytique aux points de contact avec l'inox du gréement. Un blanchissement chimique est typique.
Étape 6, la tête de mât
Si vous montez en chaise, prenez votre temps en tête. Inspectez :
L'attache d'étai en V-1 et de pataras. Goupille, manille, frein de manille (un fil mou).
Les girouettes, antennes, feux : pas de fil dénudé, pas de lampe morte.
Les sorties de drisse : poulies de tête, joues de réa, axes. Une poulie qui ne tourne pas use la drisse en quelques sorties.
Étape 7, en pied de mât
À l'étambrai, vérifiez la cale en élastomère qui maintient le mât dans la coque. Si elle est écrasée d'un côté, le mât n'est pas droit.
Sur un mât posé sur quille, regardez l'embase et les drains. L'eau qui stagne au pied corrode l'aluminium en quelques années.
Carnet et photo
Notez chaque défaut, prenez une photo. Au prochain tour annuel, vous saurez si le défaut s'aggrave ou reste stable. Cette traçabilité vous donne aussi un argument à la revente.
Pour tenir le carnet d'inspection du gréement et programmer les remplacements à dix ou quinze ans, BoatMap intègre un suivi d'entretien avec rappels par pièce.
