Tour d'horizon des zones où la chasse sous-marine en apnée reste autorisée en Corse, avec les profondeurs, les espèces que vous croiserez réellement, et les interdictions à ne pas contourner. Chiffres vérifiés au 19 avril 2026 auprès de la préfecture de Corse, de l'Office de l'Environnement de la Corse, du Parc naturel marin du Cap Corse et des Agriate, et de la FFESSM. Article pour chasseurs qui connaissent déjà les bases : si vous découvrez la discipline, commencez par le mémo national sur la réglementation de la chasse sous-marine.
Pourquoi la Corse, concrètement
Deux raisons objectives, et une subjective.
L'eau, d'abord. Sur la façade ouest (Balagne, golfe de Porto, Sagone, Ajaccio), la visibilité descend rarement sous 15 mètres en été, dépasse régulièrement 25 mètres, et grimpe à 30 mètres les bons jours à la pointe de la Revellata. La température navigue entre 20 et 26 degrés entre juin et octobre. Pour tomber un denti à l'agachon à 18 mètres, ça change la vie par rapport à un fond de Méditerranée continentale à 8 mètres de visi.
Les populations de poissons, ensuite. Entre les moratoires (mérou brun, mérou blanc, badèche, mérou gris, mérou royal et cernier interdits de tir jusqu'au 22 décembre 2033) et les réserves qui font tampon, les sars, saupes, dentis et chapons sont plus abondants qu'en Provence. Le revers : une réglementation dense, en pleine restructuration depuis le décret du Parc marin du Cap Corse de décembre 2024.
Le reste, c'est le paysage, le maquis derrière, et l'odeur de chapelure qui monte du port d'Ajaccio quand on rentre. Ça ne se met pas dans un tableau.
Les règles corses à ne pas confondre
Avant de sortir le fusil du sac, trois couches de réglementation se superposent.
Le cadre national. Âge minimum 16 ans, assurance RC spécifique (licence FFESSM adulte à 48,50 euros pour la saison 2025-2026, ou contrat individuel type APRIL Marine autour de 70 à 120 euros), bouée de signalisation obligatoire avec pavillon Alpha ou rouge à croix blanche, interdiction du scaphandre autonome à bord en même temps qu'un fusil, interdiction de la chasse de nuit. Ça vaut en Corse comme ailleurs.
Le moratoire méditerranéen. La chasse sous-marine des mérous (brun, blanc, gris, royal, badèche) et du cernier est interdite jusqu'au 22 décembre 2033, arrêté ministériel reconduit fin 2023. Pas de tir, pas de détention, même blessé par accident : on relâche, on note, on oublie. Le corb est logé à la même enseigne. C'est le point numéro un sur lequel les vedettes de la gendarmerie maritime contrôlent à Bonifacio et Calvi en août.
Les règles spécifiquement corses. Depuis l'arrêté préfectoral sur le denti, la pêche de cette espèce est interdite du 15 mars au 15 avril (repos biologique). Quota journalier : 1 denti par personne en chasse depuis le rivage, 1 par personne et 2 maximum par bateau en chasse embarquée. Limite générale de capture maintenue à 5 kg par pêcheur par jour. Et depuis le 10 décembre 2024, une autorisation annuelle gratuite est obligatoire pour pratiquer à l'intérieur du Parc naturel marin du Cap Corse et des Agriate, avec déclaration des captures en fin de saison.
Retenez ça : ce n'est pas une question de mauvais esprit, c'est une question de savoir quelle carte avoir dans la poche étanche selon la zone.
Les spots où l'on chasse encore
Six zones par ordre géographique, du nord au sud. Aucune n'est un secret, toutes demandent un minimum de repérage.
1. Cap Corse, face est (entre Macinaggio et Bastia)
Profondeurs : 5 à 20 mètres sur les plateaux rocheux avant de plonger plus loin. La côte orientale est découpée, tombants courts, posidonie par 10 à 15 mètres.
Espèces : sars communs et sars à tête noire en nombre, saupes par bancs, quelques dentis solitaires en bordure de posidonie, chapons calés dans les trous des tombants à 12-18 mètres. Les loups suivent parfois la houle sur les pointes.
À savoir : vous êtes dans le Parc naturel marin du Cap Corse et des Agriate. Autorisation annuelle obligatoire, déclaration des captures, zones de protection renforcée interdites (cartographie sur le site du parc). Le Cap Corse est balayé par le libeccio et la tramontane ; fenêtres météo courtes entre avril et juin, meilleures en septembre-octobre quand le monde repart.
Mon retour : j'y suis allé trois fois en septembre 2024, deux jours de libeccio mangé, un seul jour de mer plate. Quand ça passe, c'est beau. Quand ça ne passe pas, on attend.
2. Calvi et pointe de la Revellata
Profondeurs : c'est ici que les chasseurs en forme descendent. La Revellata plonge d'un coup, entre 15 et 35 mètres sur le canyon ouest. Plateaux à 6-10 mètres près du phare, tombants à -18, -25 pour les initiés.
Espèces : dentis réguliers à l'agachon par 15-20 mètres, sars royaux, chapons par 20 mètres, loups isolés au lever du jour, bogues et saupes à ne plus savoir quoi en faire. L'eau est claire, souvent au-delà de 25 mètres de visibilité en juin-juillet.
À savoir : toute la réserve naturelle de Scandola est strictement interdite à la chasse sous-marine. La réserve fait 1 669 hectares (dont 604 marins, 70 en réserve intégrale) et commence au nord de la Revellata, côté Girolata. Vérifiez votre position GPS à chaque rotation : la frontière se franchit sans s'en rendre compte, et un contrôle dans la réserve coûte cher.
Angle bateau : mise à l'eau facile depuis Calvi (6 km jusqu'à la Revellata), mouillage sur ancre dans les criques du sud-ouest de la pointe. Évitez le week-end en août, les semi-rigides de location passent trop près des bouées.
3. Golfe de Sagone et Cargèse
Profondeurs : 4 à 15 mètres sur les plateaux, descentes à 20-25 mètres au large des pointes de Cargèse et de Capo Rosso.
Espèces : sars, oblades, chapons dans les failles, quelques dentis en bordure de posidonie, saupes en bancs dispersés. La pêche au poisson blanc y est moins spectaculaire qu'à la Revellata, mais la régularité est bonne et les pêches à faible profondeur (6-8 mètres) rentables.
À savoir : zone de baignade balisée à proximité des plages de Sagone et Pero (chasse interdite dans la bande des 300 mètres quand les bouées jaunes sont posées, soit grosso modo de juin à septembre). Courants peu marqués mais clapot court quand le mistral forcit. Canton de pêche interdit au sud de Capo Rosso, vérifier la carte préfectorale.
4. Ajaccio et golfe d'Ajaccio
Profondeurs : très variables. Fonds sableux dans le golfe intérieur (2-8 mètres), vrais tombants à la pointe de la Parata (jusqu'à 25-30 mètres). Les îles Sanguinaires posent un plateau rocheux intéressant autour de 10-18 mètres.
Espèces : sars bien représentés, dentis occasionnels autour des Sanguinaires, loups de printemps à l'entrée du golfe, chapons sur les pointes rocheuses. Les saupes sont partout.
À savoir : Ajaccio est dans le sanctuaire Pelagos (87 500 km²), sanctuaire mammifères marins, qui n'interdit pas la chasse sous-marine mais impose de ne pas perturber intentionnellement dauphins et cétacés (arrêté ministériel du 1er juillet 2011). Si un groupe de dauphins passe, on ne tire pas, on remonte, on les regarde, on redescend ensuite. Zones de baignade nombreuses en été, attention aux 300 mètres autour des plages balisées.
5. Propriano et golfe du Valinco
Profondeurs : plateaux côtiers 3 à 12 mètres sur la majeure partie du golfe, tombants à 18-25 mètres vers la pointe de Campomoro et au sud du golfe.
Espèces : poisson de roche (sars, oblades, marbrés), chapons nombreux dans les failles par 10-15 mètres, dentis plus rares qu'à la Revellata mais présents au sud. Eaux plus troubles que la Balagne en période de forte pluie (le Rizzanese décharge).
À savoir : c'est souvent le spot "abordable" pour les chasseurs basés en Corse-du-Sud, moins fréquenté que Bonifacio par les bateaux de location. Pas de réserve qui vous coupe l'espace. Attention aux engins de pêche artisanale (casiers, filets) au large de Campomoro : 150 mètres de distance, et on ne passe jamais entre deux flotteurs d'un même filet.
6. Bouches de Bonifacio, hors réserve
Profondeurs : 4 à 20 mètres côté ouest de la pointe de Bonifacio, jusqu'à 25-30 mètres sur les tombants. Côté est et archipel, profondeurs très variables à cause des hauts-fonds.
Espèces : les plus belles populations corses de dentis, chapons de belle taille, sars royaux, quelques mérous énormes sous les pitons rocheux (à regarder, pas à tirer).
À savoir, le point sensible : toute la Réserve naturelle des Bouches de Bonifacio (80 000 hectares, créée par décret du 23 septembre 1999) impose des zones de réglementation différentes. Dans les zones de protection renforcée (12 000 hectares) et les zones de non-prélèvement (1 200 hectares), la chasse sous-marine est strictement interdite. Autour des îles Lavezzi, la chasse sous-marine est interdite depuis plus de vingt ans. Dans le reste de la réserve, la chasse reste autorisée à condition de respecter la réglementation générale. Les cartes officielles sont publiées par l'Office de l'Environnement de la Corse.
Pour l'aborder sans drame, deux options : sortir de Bonifacio et rester strictement à l'ouest de la pointe, ou traverser vers le nord de l'archipel en contournant largement les Lavezzi. La GPS en main, pas au feeling.
Pour aller plus loin sur la navigation dans cette zone ventée et cartographiée au mètre près, relisez le passage des bouches de Bonifacio : elle conditionne votre approche des spots du sud.
Quand partir, lire les signes
Saisons idéales, dans l'ordre de préférence des chasseurs qui y habitent.
Septembre-octobre. Mer encore chaude (22-24 degrés), visibilité maximale, touristes repartis, dentis qui remontent vers des fonds plus accessibles. Le meilleur mois. Fenêtres météo plus longues qu'en été, mistral moins fréquent.
Juin. Eau qui s'est réchauffée (19-22 degrés), visibilité qui s'installe, poissons en activité avant la foule. Attention, denti interdit jusqu'au 15 avril, mais tout est ouvert en juin.
Juillet-août. Visibilité top, mer calme plus fréquente, mais contrôles renforcés, bruit, plaisance massive, et parfois fermetures temporaires de zones autour des plages. On chasse tôt, 6h30-9h30, avant que les semi-rigides de location remplissent les mouillages.
Avril-mai et novembre. Possibles si vous êtes sur place, mais eau plus fraîche (15-18 degrés), visibilité irrégulière, et moratoire denti fermé jusqu'au 15 avril. Combinaison 5 mm minimum, plutôt 7 mm en avril.
À éviter : les jours de forte pluie sur la côte ouest, où les torrents troublent l'eau pendant 24 à 48 heures (Sagone, Porto, Valinco sont sensibles).
Sécurité, le rappel qui sauve
La Corse a eu plusieurs accidents de chasse sous-marine ces dix dernières années, la plupart en apnée solo, la plupart par syncope hypoxique à la remontée après un temps sous l'eau trop long.
Jamais seul, même sur un plateau à 6 mètres. Un binôme en surface qui surveille, ou à défaut deux chasseurs qui alternent et se gardent mutuellement à vue. La règle "one up, one down" n'est pas négociable.
Bouée visible de loin. Dans les zones de trafic (Ajaccio, Calvi, Bonifacio), privilégiez la planche de chasse avec pavillon et peut-être un petit pavillon de hauteur. Plusieurs accidents par hélices chaque été, souvent des pilotes de location qui ne connaissent pas la signification du pavillon Alpha.
VHF et téléphone étanche. Canal 16 pour les urgences, CROSS La Garde pour la Corse-du-Sud et la façade est, CROSS Med pour la côte occidentale nord. La couverture mobile est bonne sur les côtes ouest et sud, plus mauvaise sur certaines pointes du Cap Corse. Si vous chassez depuis un bateau, ayez une VHF fixe à portée de main au mouillage.
Limites personnelles. La tentation à la Revellata, c'est de descendre à 22-25 mètres parce que "les copains y vont". Si vous n'avez pas 20 à 30 sorties dans les jambes à cette profondeur, n'y allez pas. Un denti à 20 mètres n'est pas un denti à 15 mètres : la marge d'erreur se divise par deux.
Ce qu'on met dans le sac
Liste minimale pour une semaine de chasse en Corse, l'été :
- Combinaison 5 mm (juin et septembre), 3 mm si vous chassez uniquement en juillet-août.
- Paires de palmes longues carbone ou plastique, selon le portefeuille.
- Fusil 90 cm pour la roche, 100-110 cm pour l'agachon au denti.
- Bouée planche avec pavillon Alpha, mousqueton et 20 m de fil.
- Couteau de sécurité à la ceinture (pas dans le sac).
- Licence FFESSM ou attestation RC imprimée, dans un tube étanche.
- GPS avec points des limites de réserves (Scandola, Bonifacio, cantonnements du Parc du Cap Corse).
- Carte officielle papier ou PDF des zones interdites, en complément.
Côté navigation, prévoyez aussi les routes d'approche et les mouillages d'attente. La cartographie marine de l'app BoatMap fonctionne hors-ligne, ça sauve quand la couverture 4G lâche sur la côte ouest.
Sources
- Réserve naturelle de Scandola : décret du 9 décembre 1975, superficie 1 669 ha (604 marins, 919 terrestres). Source : Réserves Naturelles de France, INPN.
- Moratoire mérous et corb : reconduction 10 ans jusqu'au 22 décembre 2033, arrêté ministériel fin 2023. Source : préfecture de Corse, communiqué de presse "Reconduction des moratoires sur la pêche du corb et du mérou pour 10 ans".
- Réserve naturelle des Bouches de Bonifacio : décret du 23 septembre 1999, 80 000 ha. Source : Réserves Naturelles de France, Office de l'Environnement de la Corse.
- Parc naturel marin du Cap Corse et des Agriate : réglementation spécifique pêche de loisir en vigueur depuis le 10 décembre 2024. Source : site officiel du Parc.
- Denti : arrêté préfectoral, repos biologique 15 mars-15 avril, quota 1 par personne au rivage, 1 par personne et 2 par bateau en chasse embarquée. Source : arrêté préfectoral Corse, relais lechasseursousmarin.com.
- Licence FFESSM 2025-2026 : 48,50 euros adulte. Source : grille des tarifs FFESSM, saison 2025-2026.
- Sanctuaire Pelagos : 87 500 km², arrêté ministériel du 1er juillet 2011 sur la perturbation intentionnelle. Source : site sanctuaire-pelagos.org.
- Tailles minimales Méditerranée : denti 23 cm, chapon 30 cm, sar commun 23 cm. Source : règlement UE du 21/12/2006, fiches Calanques-parcnational.fr.
Si vous poursuivez le sujet, voyez aussi la chasse sous-marine en Méditerranée pour comparer les contraintes corses à celles de la Provence et du Languedoc.
