Résumé
Calibrer un compas magnétique impose un tour de compensateur sur les huit directions cardinales et inter-cardinales, puis l'enregistrement des écarts. Comptez 1 à 2 heures sur eau calme et un compas auxiliaire portable de référence pour la mesure.
Pourquoi compenser
Un compas magnétique embarqué subit deux types de perturbations. La déclinaison magnétique, qui dépend de la zone géographique et se trouve sur la carte. Et la déviation, propre au bateau, qui vient des masses ferreuses, des appareils électriques et des champs magnétiques internes.
La déviation peut atteindre 5 à 15 degrés sur certains caps si le compas n'a jamais été compensé. Sur une route de 50 milles, c'est plusieurs milles d'erreur, ce qui devient critique en situation de visibilité réduite ou en approche de côte. Compenser le compas ramène cette déviation à moins d'un degré sur tous les caps, ce qui est l'objectif d'un travail bien fait.
Cette opération devrait être refaite après tout changement majeur d'équipement à bord, ajout d'un haut-parleur, d'une batterie, d'un ordinateur de bord, de panneaux solaires ou de tout objet ferromagnétique près du compas.
Outillage nécessaire
Un compas auxiliaire portable de référence, type compas de relèvement Plastimo Iris 50 ou Suunto KB14. C'est lui qui sert d'étalon pour comparer aux indications du compas embarqué.
Un tournevis non magnétique, indispensable pour ajuster les correcteurs sans perturber les mesures. Les visseries des compensateurs sont en laiton ou plastique, mais l'outil utilisé doit être amagnétique.
Une fiche de relevé prête à remplir, ou un tableur sur tablette. Il faut consigner tous les écarts mesurés sur les huit directions cardinales et inter-cardinales.
Un compagnon à bord, idéalement, pour barrer pendant que vous opérez sur le compas. Seul, c'est faisable mais pénible.
Préparation du bateau
Avant la session, le bateau doit être configuré dans son état normal de navigation. Tous les équipements branchés et fonctionnels comme à la mer. Téléphones rangés à leur place habituelle. Outils ferreux écartés du compas. Aucune pièce métallique anormale dans les fonds proches.
Choisir une journée de mer calme, vent inférieur à 10 nœuds, courant faible ou nul. La trajectoire doit pouvoir être tenue précisément sur chacun des huit caps de référence. En zone à courant fort comme certains passages bretons, attendre la renverse ou choisir un point géographique abrité.
Naviguer à vitesse stable, généralement 4 à 5 nœuds en voilier moteur, ce qui suffit pour avoir un cap stabilisé sans subir trop de vent.
Le principe du tour de compensateur
Le compas dispose de deux compensateurs internes accessibles à la base, généralement sous une trappe vissée. Un compensateur Nord-Sud et un compensateur Est-Ouest. Chacun corrige les déviations sur les axes correspondants.
La méthode classique consiste à venir successivement aux huit caps cardinaux et inter-cardinaux : 0, 45, 90, 135, 180, 225, 270, 315 degrés. À chaque cap, on compare l'indication du compas embarqué avec la mesure prise au compas portable de référence pris au milieu du cockpit, idéalement avec une visée sur un amer fixe.
L'écart est noté pour chaque cap. Puis on intervient sur les compensateurs aux quatre caps cardinaux, par approximations successives, jusqu'à réduire l'écart à zéro sur les huit directions.
Première passe : Nord et Sud
Mettre le bateau au cap Nord 0 degré, vérifié au compas portable. Lire la valeur du compas embarqué. Si l'indication diffère de 5 degrés vers l'est, par exemple, on note l'écart.
Tourner le compensateur Nord-Sud avec le tournevis amagnétique pour réduire l'écart de moitié. Pas de la totalité, seulement de la moitié. Vérifier la nouvelle indication.
Mettre le bateau au cap Sud 180 degrés. Lire l'écart. Compléter par le compensateur Nord-Sud, à nouveau de moitié, dans l'objectif de répartir équitablement l'erreur entre Nord et Sud.
L'écart résiduel sur Nord et Sud doit être inférieur à 1 degré. Si l'on n'y parvient pas, c'est que la déviation a une composante non symétrique qui demandera une correction logicielle.
Deuxième passe : Est et Ouest
Même méthode sur les caps Est 90 et Ouest 270 degrés, en agissant sur le compensateur Est-Ouest. Méthode des moitiés successives entre Est et Ouest.
À ce stade, les quatre caps cardinaux doivent être à moins de 1 degré d'écart. Si tout est bon, on passe à la vérification des inter-cardinaux.
Troisième passe : inter-cardinaux
Naviguer aux caps 45, 135, 225 et 315 degrés, et noter les écarts résiduels. Sur ces directions, les compensateurs traditionnels n'ont qu'une influence limitée. Si l'écart dépasse 2 degrés, c'est que la déviation a une composante inhérente au bateau qu'on ne peut pas corriger mécaniquement.
Dans ce cas, deux solutions. Soit accepter ces écarts et les inscrire sur une courbe de déviation collée près du compas, qui sera consultée pour corriger les caps lus. Soit utiliser un compas électronique avec correction logicielle automatique, qui mémorise les écarts et les applique en temps réel.
Tableau de déviation
Une fois la compensation mécanique optimale, dresser le tableau définitif des écarts résiduels sur les huit directions cardinales et inter-cardinales, ainsi que sur les axes intermédiaires si l'on veut être précis.
Format type. Cap au compas, déviation E ou W, cap vrai. Coller ce tableau près du poste de barre, plastifié, ou le mémoriser dans le carnet de bord.
Ce travail doit être refait après toute modification majeure du bateau, et au moins tous les 5 ans pour anticiper la dérive lente des éléments magnétiques internes.
Cas particulier des compas électroniques
Les compas électroniques modernes type Raymarine RC400 ou Garmin GHC 50 disposent d'un mode auto-calibration. Le bateau doit faire deux ou trois tours complets sur lui-même à vitesse modérée, et le compas mémorise automatiquement les déviations sur 360 degrés.
C'est plus rapide, plus précis sur les caps intermédiaires, mais demande une zone dégagée pour les rotations. La procédure exacte dépend du modèle, lire le manuel attentivement.
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