Provence

Manœuvre de port : amarrage à la pendille en Méditerranée

Maîtriser l'amarrage à la pendille en Méditerranée : approche, récupération du cordage, écueils et conseils pour débutants en marina du sud.

Résumé

L'amarrage à la pendille est le mode d'arrivée standard dans 90 pour cent des ports de plaisance méditerranéens, de la Catalogne à la Croatie. Le bateau s'amarre par l'arrière au quai et fait passer un cordage récupéré sur la pendille (chaîne mère mouillée perpendiculairement au quai) qu'on tend vers l'avant. La manœuvre se fait en quatre étapes en moins de 3 minutes pour un duo entraîné, mais elle terrorise les débutants à juste titre quand on n'a pas la méthode.

Pourquoi la pendille et pas un anneau

En Méditerranée, le faible marnage (40 cm en moyenne) et la place limitée dans les ports historiques ont conduit à généraliser l'amarrage cul-au-quai. Le bateau utilise l'arrière comme passerelle d'accès terre, avec deux amarres en arrière sur les bittes du quai, et deux pendilles en avant qui empêchent le bateau de heurter le quai. C'est compact (gain de 30 pour cent de places par rapport à un panneau classique), pratique pour la promenade portuaire, mais ça demande un coup de main spécifique.

Le matériel à préparer avant l'arrivée

Avant l'entrée dans la passe, je sors et prépare systématiquement :

  1. Deux amarres arrière de 12 m minimum, prêtes à filer, avec une boucle déjà faite
  2. Une gaffe de 2 m, accrochable au support de balcon arrière, pour saisir la pendille
  3. Des défenses descendues à hauteur de la liste, soit 6 défenses minimum sur un 10 m
  4. Une tape étanche pour smartphone ou une lampe frontale si arrivée de nuit
  5. Un binôme briefé sur ce qu'il doit faire à chaque étape

Sans la gaffe, on récupère la pendille à la main par-dessus le balcon, c'est faisable mais dur quand le pendille est lourd ou prise dans les algues.

La méthode en quatre étapes

Étape 1 : approche en marche arrière contrôlée

J'arrive face au quai à 30 m de distance, je positionne le bateau perpendiculaire à la place visée, puis j'enclenche la marche arrière à régime modéré (1 200 tours pour mon Yanmar 27 cv). La barre se manie peu en marche arrière, le bateau a tendance à dériver à droite ou à gauche selon le sens de l'hélice. Sur mon Sun Odyssey 380 hélice à droite, le tableau arrière dérive vers la gauche en marche arrière franche. J'anticipe en plaçant le bateau légèrement à droite de la place cible.

Étape 2 : saisie de la pendille

Quand je suis à 4-5 m du quai, mon binôme à l'avant repère le cordage de pendille (souvent un bout de 12 mm, parfois jaune, attaché à une bouée témoin proche du quai). Il l'attrape avec la gaffe, le passe par-dessus le balcon, et commence à le tirer en faisant filer entre ses mains. La pendille est lourde car prolongée par une chaîne immergée, il faut sortir 4 à 6 m pour atteindre le maillon de tête.

Étape 3 : envoi des amarres arrière

Pendant ce temps, je continue à reculer doucement. À 1,5 m du quai, je passe au point mort puis je donne deux à trois coups de marche avant courts pour stopper la dérive. Mon binôme arrière (ou moi-même si je suis seul) lance les amarres arrière au pinçard du quai, qui les tourne sur les bittes. Je règle la longueur en marche arrière douce, le bateau se cale entre la traction des amarres arrière et celle de la pendille tendue à l'avant.

Étape 4 : verrouillage et finition

Quand la pendille est tendue à mi-poids et que les amarres arrière retiennent le bateau à 50 cm du quai (suffisant pour la passerelle, ni trop ni trop peu), je tourne la pendille sur le davier ou un winch avant. Je remoteur au point mort, je vérifie qu'aucun cordage ne traîne dans l'eau (risque de prise dans l'hélice), je coupe le moteur. La passerelle se pose, on est amarré.

Les erreurs qui coûtent cher

Erreur 1 : trop de gaz en marche arrière. À 1 800 tours, le bateau prend de la vitesse, on arrive trop vite, on cogne le quai. Toujours rester à régime modéré, le bateau doit garder de l'inertie sans foncer.

Erreur 2 : ne pas anticiper la dérive de l'hélice. Chaque bateau a un comportement différent. Tester en mer ouverte une fois, observer le sens de dérive, et l'intégrer dans son approche. Mauvais réflexe : compenser en barrant trop fort, car la barre n'agit que mollement en marche arrière.

Erreur 3 : prendre la pendille trop tôt. Si le binôme attrape la pendille à 8 m du quai, il devra la tirer pendant toute la fin de l'approche, ce qui ralentit le bateau et fait perdre la trajectoire. Attendre d'être à 4-5 m.

Erreur 4 : oublier le pinçard. Dans 80 pour cent des marinas méditerranéennes, un agent du port aide à l'amarrage avec une perche pour saisir les amarres lancées. Le saluer à la VHF en arrivant et lui dire qu'on arrive sur telle place. Si pas de pinçard, prévenir son binôme qu'il devra sauter sur le quai.

Erreur 5 : pendille emmêlée à la voisine. Quand les pendilles sont mal entretenues, elles s'emmêlent. Si on tire et que ça résiste anormalement, ne pas forcer. Soit demander de l'aide au pinçard, soit replier l'opération et changer de place.

Le cas du vent traversier

Avec un mistral établi à 20 nœuds, l'approche devient sportive. Mon réflexe : approcher avec un cap qui contre la dérive de 15 à 20 degrés, garder un peu plus de gaz (1 400 tours), et ne pas hésiter à abandonner si le bateau dérive trop. Mieux vaut faire un tour dans le bassin et retenter que cogner deux voisins. Dans les ports très exposés (Saint-Tropez, Bandol, Cassis), refuser une place sous le vent fort si une autre est disponible plus à l'abri.

La sortie de la place

C'est la moitié inverse, et souvent plus simple. On largue les amarres arrière, on largue la pendille, on garde la pendille tendue jusqu'à ce que le bateau soit à 4 m du quai en marche avant douce, puis on lâche tout. La pendille tombe à l'eau et se replace toute seule. Veiller juste à ne pas envoyer de la marche avant trop fort tant que la pendille est encore tournée, sinon on arrache la chaîne.

Pour aller plus loin

Pour une escale type sur la Côte d'Azur, lire /blog/port-santa-lucia-avis-2026. Et si la manœuvre vous fait douter, le retour à la mer ouverte est une bonne école, voir /blog/top-mouillages-languedoc-2026 pour des alternatives au mouillage forain.

BoatMap référence pour chaque port méditerranéen le type d'amarrage attendu, les profondeurs et les contacts capitainerie. Téléchargez l'app pour préparer chaque escale sans surprise.

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