Samedi 7 juin 2025, 7h20, parking du quai d'honneur de Port-Camargue. On est six, dont un qui n'a jamais mis les pieds sur un bateau. La glacière fait 28 kilos, le pain est encore tiède, et la météo marine annonce 10 noeuds de secteur sud-est qui doivent tomber dans la nuit. J'adore ces matins-là. C'est le moment où un week-end nautique n'a pas encore commencé à partir en vrille.
Je m'appelle Margaux, je suis kiné à Montpellier, et je loue un semi-rigide à Port-Camargue en juin depuis 2019. Jamais en juillet-août, je n'ai pas les nerfs pour ça. Le mois de juin, on a l'eau à 20 degrés, les plages encore vides en semaine, et les tarifs de location qui n'ont pas pris leur claque estivale. Voici à quoi ressemble un de nos week-ends type, avec ce qu'il coûte et ce qu'on fait vraiment.
En résumé
Deux jours au départ de Port-Camargue, premier port de plaisance d'Europe avec ses 5150 anneaux (source : portcamargue.com). Itinéraire : samedi matin plage de l'Espiguette, déjeuner au mouillage devant Aigues-Mortes (6 à 7 km à vol d'oiseau, moins d'une heure au moteur), retour au port pour la nuit. Dimanche matin plage du Boucanet, midi au mouillage forain devant La Grande-Motte (3 à 5 m de fond sur sable, source : port de La Grande-Motte). Budget location 450 à 550 euros pour un semi-rigide 6 m sur un week-end de juin, hors carburant. Vent à anticiper : tramontane, qui peut forcir en 2 heures sur le Golfe du Lion et transformer le retour en épreuve.
Une bande de copains et un bateau loué, pas une croisière
Je commence par là parce que c'est ce qui change tout. On n'a pas de bateau. Personne dans le groupe n'a envie d'en acheter un. Moi j'ai mon permis côtier depuis 2017, un copain vient de passer le sien, les quatre autres sont passagers. On se cotise à 100 euros par tête pour le week-end, et on ajoute l'essence et la glacière.
Sur Port-Camargue, en juin, un semi-rigide Lomac 600 ou équivalent part autour de 250 euros la journée chez Samboat (source : samboat.fr, consulté en avril 2026), parfois 490 euros pour un 7,75 m avec cabine. En week-end complet samedi-dimanche on a toujours payé entre 450 et 550 euros pour un 6 m. Si on ajoute 60 à 90 euros de carburant selon la journée, on tourne à 100 euros par tête au total. C'est deux menus de restaurant à Palavas. Sauf que là, on passe 16 heures sur l'eau.
Les gens autour de moi, à la salle, me disent toujours : "tu devrais t'acheter un bateau, à force". Je leur réponds que pour nos 4 week-ends par an, ça nous coûterait dix fois plus cher de payer un anneau à l'année, l'hivernage et l'assurance. La question du bateau neuf ou d'occase se pose vite si on sort toutes les semaines. À ce rythme-là, non.
Une chose que je fais toujours avant de réserver : je regarde les prévisions météo à J-5 et à J-3 sur Météo-France marine. Si la tramontane est annoncée à plus de 20 noeuds pour le samedi, on reporte. Quand on loue, c'est nous qui sommes responsables du bateau. Pas de skipper pour rattraper les bêtises.
Samedi 9h : l'Espiguette, parce qu'il n'y a que ça à faire de bien le matin
On sort du chenal de Port-Camargue à 8h45, canal 9 à la capitainerie pour signaler le départ. À moteur doux, 15 à 20 minutes suffisent pour arriver devant la pointe de l'Espiguette et sa plage qui fait 10 km de sable vierge, avec des dunes qui montent jusqu'à 12 mètres selon l'office de tourisme du Gard (source : tourismegard.com). C'est une des plus grandes plages naturelles du nord de la Méditerranée, et en juin à 9h du matin, on est seuls sur l'eau.
Pourquoi l'Espiguette en premier ? Parce que le soleil y est doux avant 11h, parce que la tramontane ne s'est pas levée, et parce qu'on mouille en 2 à 3 mètres de fond de sable blanc, à 80 mètres du bord. On met le bateau cul à la plage, on jette une ancre plate de 6 kilos, on tire 25 mètres de chaîne et bout, et on saute. L'eau à 20 degrés en juin, c'est frais mais pas choquant.
Une anecdote que je ressers à chaque nouvelle recrue du groupe : la première année, en juin 2020, on a mouillé trop près du bord. À marée descendante (elle est faible ici, autour de 30 cm de marnage, mais elle existe), l'ancre est sortie et le semi-rigide s'est retrouvé à toucher le fond. Rien de grave, mais on a perdu une heure à tirer le bateau et à rincer les prises d'eau au retour. Depuis, même en Méditerranée, je mouille à 2,50 m minimum.
On reste deux heures, le temps d'un bain, d'un café au réchaud et d'un début de discussion sur l'itinéraire de l'après-midi. À 11h, je donne le top départ. Il faut bouger avant que les bateaux de Port-Camargue n'arrivent tous ici.
Samedi midi : mouillage devant Aigues-Mortes, côté plage
C'est le plan qu'on n'a découvert qu'en 2022. On remonte vers le nord-est, on passe au large du chenal du Grau-du-Roi, et on cale un mouillage à 500 mètres au large du front de mer, entre le Grau et Aigues-Mortes. On n'est pas dans Aigues-Mortes elle-même, qui est à l'intérieur des terres (la ville médiévale, les remparts, Saint-Louis, tout ça se visite à vélo ou en voiture). On est face aux plages du secteur, avec la silhouette des tours médiévales visible sur l'horizon.
Le fond est sableux, 3 à 4 mètres, ça tient très bien. On jette l'ancre, on déjeune. Taboulé préparé la veille, melon coupé, rosé du Gard servi à l'ombre du taud. Rien de plus. C'est le moment le plus bête et le plus précieux du week-end.
Un conseil très pratique : avant de mouiller, regardez le fond avec le sondeur et repérez les taches sombres. En juin, on a commencé à voir revenir les herbiers de posidonies sur certains secteurs. Le mouillage sur posidonie n'est pas autorisé, et c'est une plante qui met des dizaines d'années à se remettre d'une ancre. Quand le fond est blanc sur le sondeur et que vous voyez du sable à la verticale, c'est OK. Sinon, on recule de 50 mètres.
Vers 14h30, on se baigne une dernière fois et on met le cap sur le retour. La tramontane peut se lever brutalement l'après-midi sur le Golfe du Lion, et je préfère rentrer tranquille avec 8 noeuds établis que me prendre 25 noeuds dans le nez à 16h. Retour au port vers 15h30, plein d'essence à la station carburant de Port-Camargue, bateau rincé, apéro sur le ponton.
Samedi soir : dîner au port, nuit à terre
On dort dans un Airbnb au Grau-du-Roi. Autour de 80 euros la nuit divisés par six en juin, ça reste raisonnable. On dîne au marché nocturne du Grau, poisson grillé et frites, comme tout le monde. Je sais, c'est banal. C'est aussi ce qui fait le charme du week-end de location : on n'est pas en croisière, on est en vacances courtes. Les deux registres sont différents.
Avant d'aller se coucher, je refais un tour du bilan météo pour le dimanche. Et c'est là, en juin 2024, que l'histoire s'est mal finie pour une fois.
Le jour où la tramontane m'a fait changer de plan
Dimanche 16 juin 2024, 7h du matin. Je consulte Météo-France marine frontière espagnole - Port-Camargue. Vent annoncé à 15 noeuds de nord-ouest, rafales à 25 l'après-midi. Sur le Golfe du Lion, ça veut dire que la tramontane descend et que la mer va se creuser en bordure de côte. La tramontane est l'un des vents les plus connus de la région avec le mistral, et elle peut forcer sans prévenir en été (source : meteofrance.com, bulletin marine).
Deux options. Soit on sort quand même avec une météo serrée, on mouille une heure devant le Boucanet protégé par la plage, et on rentre en luttant. Soit on annule la sortie en mer et on fait une journée au canal, paddle et baignade au mouillage dans l'anse protégée du Grau, pas de vent du tout à l'intérieur.
J'ai choisi l'option deux. Personne n'a protesté. Je raconte ce détail parce que je trouve que c'est le vrai test d'un week-end réussi : savoir ne pas sortir. J'ai déjà raconté cet épisode de lecture météo ratée dans mon retour d'expérience sur la nuit de mistral que j'ai mal comprise (signé par une copine, Solène), et la leçon est la même : en Méditerranée, 25 noeuds de vent annoncés sur la côte, ce n'est pas une sortie de bande de copains. C'est une sortie pour marins qui savent.
Pour un vrai week-end type, on va supposer que la météo est clémente et enchaîner sur le dimanche normal.
Dimanche 10h : la plage du Boucanet, douce et familiale
Dimanche matin, 9h45, on sort du port, direction ouest cette fois. Le Boucanet, c'est la plage qui s'étend sur 3 km entre Le Grau-du-Roi et La Grande-Motte (source : abridecamargue.fr). Pavillon Bleu, fond en pente douce, on peut marcher loin dans l'eau sans jamais avoir pied. Pour nous c'est l'opposé de l'Espiguette : moins sauvage, plus fréquenté, mais infiniment plus facile pour approcher.
On mouille à 100 mètres du bord, 2 mètres de fond de sable. Une copine qui vient de se faire opérer de l'épaule peut se baigner sans galère, l'eau est calme. On reste une petite heure, parce que la vraie destination de la matinée est devant.
Un point qui compte pour les non-initiés : toujours laisser le bateau à l'ancre avec quelqu'un à bord, ou amarrer à une bouée officielle quand il y en a. Laisser un semi-rigide désert à l'ancre pendant que tout le monde est sur la plage, c'est comme ça qu'on retrouve son bateau 400 mètres plus loin. Vu deux fois dans le secteur, pas envie que ce soit nous.
Dimanche midi : mouillage forain devant La Grande-Motte
C'est le mouillage préféré du groupe, et probablement celui que je recommande le plus à des débutants. À 800 mètres au large de la plage centrale de La Grande-Motte, à l'extérieur de la ligne des 300 mètres obligatoire pour les bateaux, on trouve du sable propre et 3 à 5 mètres de fond (source : port-de-la-grande-motte.fr, informations plaisanciers). Par beau temps, ça tient très bien. Par mauvais temps, on ne mouille pas ici : c'est exposé plein sud.
La skyline pyramidale de La Grande-Motte dessinée par Jean Balladur dans les années 70 (le même architecte qui a conçu Port-Camargue, d'ailleurs) sert de fond de décor. C'est kitsch, c'est années 70 assumées, c'est photogénique. On mange des sandwichs, on repique une tête, quelqu'un sort les masques pour voir les daurades qui viennent parfois traîner autour de la coque.
Pour comparer avec une vraie croisière de plusieurs jours, plus structurée et avec des enfants, l'itinéraire voilier aux îles d'Hyères en 4 jours en famille est ce que je recommande quand des copains me demandent ce que ça donne en mode vacances complètes. Rien à voir avec un week-end de location, beaucoup plus engagé, mais utile pour savoir ce qu'on veut.
On décolle de La Grande-Motte à 15h, cap sur Port-Camargue. 25 minutes de navigation. On passe à la pompe à carburant, on amarre à notre ponton de restitution, on rince, on fait l'état des lieux sortie avec le loueur. Bateau rendu à 16h45, dans les temps.
Ce que le week-end coûte vraiment
Parce que je sais que c'est la question qu'on me pose le plus :
- Location semi-rigide 6 m, samedi-dimanche en juin : 500 euros en moyenne
- Carburant essence, deux journées de navigation modérée : 120 à 150 euros
- Airbnb samedi soir, six personnes : 80 à 100 euros
- Courses pour les deux jours (pique-niques, apéros, petit-déj) : environ 120 euros
- Dîner restaurant samedi soir : 25 euros par personne, soit 150 euros pour six
Total pour le groupe : autour de 950 à 1050 euros. Divisé par six, on tombe à 160 à 180 euros par personne pour deux jours entiers sur l'eau, deux nuits dormies, quatre mouillages, trois bons repas.
Je défends cette formule depuis 2019, et je continue. La propriété, c'est autre chose. Nous, on veut juste pouvoir dire oui quand un ami nous propose de prolonger un week-end en fin de printemps, sans devoir assumer 6000 euros par an d'anneau à Port-Camargue, d'assurance et d'hivernage. Port-Camargue reste le grand port du secteur avec 5150 anneaux, mais pour un loueur occasionnel comme nous, le port décrit en détail sur la fiche BoatMac est plus un point de départ qu'une adresse à l'année.
La règle, si vous voulez emprunter l'itinéraire
Un seul principe qui résume tout : pas de sortie si la tramontane est annoncée à plus de 20 noeuds. Appelez la capitainerie de Port-Camargue sur VHF canal 9 au départ, écoutez le bulletin CROSS MED sur canal 64 pendant la journée. En juin, avec 10 à 15 noeuds établis de secteur sud-est ou est, vous êtes au bon moment de l'année pour faire exactement ce week-end. En août, c'est plus dur : plus de monde, plus de chaleur, et surtout des coups de vent qui n'ont pas lu le calendrier des vacances.
Les quatre mouillages du week-end sont enregistrables comme repères sur BoatMap si vous partez avec l'app en poche. Ça peut servir si vous ne connaissez pas la zone, surtout pour retrouver les fonds sableux et éviter les taches d'herbiers qui deviennent plus fréquentes chaque saison.
