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Ma VHF est tombée en rade pile au mauvais moment : plan B et leçons

Panne VHF fixe à 12 MN des côtes, relais sur la portative, appel CROSS : ce que j''ai fait, ce qui a marché et les 4 choses changées depuis.

Un samedi de juin 2024, 15 h 40. Je suis à 12 milles au sud-sud-ouest de l'île de Ré, retour de pêche, vent de nord-est mollissant. Je bascule la VHF fixe sur le canal 16 pour faire mon point horaire habituel avec le CROSS Étel que j'avais contacté en partance, et là, rien. Pas de porteuse, pas de scintillement sur l'écran, pas de souffle dans le haut-parleur. Le bouton d'alimentation ne répond plus. Mon fixe Simrad RS40 de 2020 venait de rendre l'âme à 12 MN des cailloux.

Pendant les 20 minutes qui ont suivi, j'ai tout fait dans le désordre : j'ai vérifié le fusible sous le tableau, tapoté sur la façade, débranché la batterie service, rebranché. Puis je me suis assis, j'ai respiré, et j'ai sorti la portative du coffret à cartes. C'est ce qu'il fallait faire dès la première minute. Voici ce que j'en retiens, point par point.

Le bateau, la configuration, les minutes avant la panne

Je navigue sur un cabin de 8,50 m moteur, deux batteries (80 Ah service et 95 Ah démarrage), installation VHF fixe avec antenne en tête, plus une portative Standard Horizon HX890 étanche de secours rangée avec les fusées. J'avais largué La Rochelle ce matin-là vers 8 h 30, pêche au bar autour de la pointe du Grouin, avec deux équipiers (mon frère et un pote). Mer belle à peu agitée, vent travers, rien d'agressif. Je fais cette sortie quatre à cinq fois par saison depuis 2018.

Je rappelle ce paramètre simple qui compte dans toute cette histoire : j'avais déjà contacté le CROSS Étel à 9 h 05 ce matin-là pour déclarer le nombre de personnes à bord, le port de départ, l'heure de retour estimée. C'est un rituel qui prend 90 secondes, qui ne coûte rien, et qui m'a sauvé la mise cette fois-ci. Je conseille à tout le monde de le faire avant chaque sortie hauturière, même courte. J'en avais déjà parlé dans mon retour sur l'usage du canal 16 en VHF : le CROSS préfère largement 10 appels de courtoisie pour rien qu'un appel en détresse sans contexte.

Ce que j'ai essayé qui n'a pas marché

Dans les minutes qui suivent la panne, j'ai enchaîné trois gestes dans l'ordre habituel. Chacun était correct dans son principe, aucun n'a résolu le problème.

Vérification du fusible d'alimentation VHF. Accessible sous le tableau de bord, protégé par un porte-fusible à lames. Fusible intact, 2 A, pas noirci. J'ai même échangé avec le fusible du sondeur au cas où : toujours rien.

Câblage arrière du poste. Connecteur d'alimentation bien vissé. Fil de masse clean. Coaxial PL259 serré, pas d'oxydation visible. Rien de loose, rien de brûlé, aucune odeur. Sur un poste qui a 4 ans d'âge, c'était peu probable, mais je tenais à éliminer l'évidence.

Cyclage alimentation batterie. J'ai coupé le coupe-batterie service 30 secondes, remis en service. Tension batterie 12,7 V mesurée au voltmètre du bord, donc l'alimentation générale était bonne. La VHF fixe restait muette.

Ce que je n'ai pas fait, et que j'aurais dû faire en premier : grimper vérifier la base d'antenne en tête de mât pour voir si un connecteur s'était desserré. C'était impossible à 12 MN en mer seul avec deux équipiers et sans harnais de mât à bord. Donc j'ai arrêté de chercher et je suis passé au plan B.

Ce qui a marché : la portative et la procédure CROSS

20 minutes après le constat de panne, j'avais la portative allumée sur le canal 16, antenne déployée, debout sur le plat-bord arrière pour gagner en hauteur. Sur un HX890 réglé à pleine puissance (6 W contre 25 W pour un fixe), la portée théorique tombe à environ 5 à 7 MN en ligne de vue avec un marin qui a la tête à 2 mètres d'eau. J'ai appelé le CROSS Étel une première fois sans réponse. Seconde tentative 90 secondes plus tard, réponse immédiate.

Procédure exacte que j'ai suivie, et que je recommande :

  1. J'ai signalé mon indicatif (nom du bateau + MMSI pour qu'ils me retrouvent dans leur base), ma position GPS (latitude, longitude), et la nature du problème : "panne de VHF fixe, je vous passe sur la portative, portée réduite".
  2. Je n'ai pas déclaré de détresse, pas de Mayday, pas de Pan-Pan. Je n'étais pas en danger. Juste diminué sur les moyens de communication.
  3. J'ai donné mon heure d'arrivée probable à La Rochelle (19 h), et demandé un point fixe de contact toutes les 30 minutes sur le canal 72 pour ne pas saturer le 16.
  4. Le CROSS a pris la main pour organiser mon retour en relayant si besoin avec les plaisanciers alentour sur l'AIS. Service impeccable. Je suis rentré sans difficulté à 18 h 50.

Ce passage par la portative avec relais CROSS est le scénario nominal en cas de panne de VHF fixe. Si la portative était tombée en panne aussi, il restait le téléphone portable (couverture 4G jusqu'à 15-20 MN des côtes atlantiques depuis 2022), la fusée rouge parachute pour signaler visuellement à un bateau de passage, et l'EPIRB en dernier ressort. Pour mémoire, la balise se déclenche en cas de détresse, pas en cas de panne technique : voir le guide des balises EPIRB et PLB.

Le principe général : une VHF, c'est une chaîne et elle casse toujours au maillon qu'on a oublié

Après démontage au port le lendemain (un lundi férié j'ai eu le temps), le diagnostic est tombé : carte d'alimentation interne grillée sur le fixe, probablement suite à une surtension temporaire causée par une masse défectueuse sur le démarreur que j'ignorais. Le poste est parti en SAV chez Simrad, 280 euros de réparation hors port et transport, 18 jours sans fixe.

Ce qui m'a frappé à tête reposée, c'est le nombre de pannes possibles que je n'avais jamais inventoriées. Une VHF fixe, ce n'est pas un appareil, c'est une chaîne qui va de la batterie au dipôle en tête de mât. Chaque maillon peut lâcher :

  • la batterie service (tension trop basse, sulfatée)
  • le fusible de protection
  • le câblage d'alimentation (cosse oxydée, serre-câble relâché)
  • le poste lui-même (carte grillée, module HF mort, bouton PTT fatigué)
  • le coaxial (eau qui s'infiltre au connecteur arrière, gaine coupée par un renvoi)
  • l'antenne et ses raccords (fouet cassé par un spi, base oxydée)

Avec 6 ans de plaisance active, je n'avais eu aucune panne VHF. J'en avais entendu parler sur les forums sans y prêter attention. La leçon : une installation qui n'a jamais lâché a une probabilité de panne qui augmente avec l'âge, pas qui diminue. Un poste de 4 ans n'est pas un poste neuf. Un coax de 10 ans ne vaut plus un coax neuf, même s'il est encore étanche. Les plaisanciers sérieux le savent. J'ai mis trop de temps à l'intégrer.

Ce que j'ai changé depuis

Quatre modifications concrètes sur le bateau depuis cette sortie. Rien de spectaculaire, rien de cher, mais un ensemble cohérent.

Un test VHF systématique avant chaque sortie. Appel radio check à 9 h du matin sur le canal 16 au CROSS ou à un autre plaisancier du port. 30 secondes. Si le fixe ne répond pas, je ne largue pas.

La portative rangée à portée de main dans le cockpit, pas au fond du coffre. Dans une pochette étanche accrochée à la descente, batterie chargée vérifiée chaque samedi matin. Si la fixe lâche, je n'ai pas à aller la chercher au plus loin du bateau.

Un tableau de fusibles balisé et documenté. J'ai refait mon tableau électrique avec des étiquettes imprimées et un schéma de l'installation dans la pochette à cartes. En panique, on n'a pas besoin de lire un schéma illisible. Une carte de 20 fusibles étiquetés, c'est 30 secondes pour diagnostiquer un fusible grillé au lieu de 3 minutes à tâtonner.

Un PLB personnel en plus de l'EPIRB du bord. Depuis octobre 2024, je porte sur moi un PLB ACR ResQLink 400 quand je suis sur le pont en navigation hauturière. 280 euros, 7 ans d'autonomie, validité jusqu'en 2031. Détachable du bateau, déclenchable à la main. C'est le seul équipement qui continue de fonctionner même si je tombe à l'eau ET que le bateau coule. La logique, je l'explique dans la révision du matériel de sécurité.

Ce que je ferais différemment la prochaine fois

Une seule chose que je changerais dans la gestion de cette panne : appeler le CROSS à la première minute de constat, pas 20 minutes plus tard. J'ai perdu 20 minutes à chercher un fusible grillé qui n'existait pas. Pendant ce temps, personne à terre ne savait que j'avais un problème.

La règle que j'applique maintenant : si le fixe ne répond plus, je sors la portative dans la minute, je préviens le CROSS en communication de service (pas en détresse), et je garde la veille sur un canal secondaire. Je peux chercher la panne ensuite, posément, avec un filet de sécurité à terre qui sait où je suis et qui je suis.

Une panne VHF en mer n'est pas une urgence vitale dans 95 % des cas. Elle le devient dans les 5 % restants, quand elle s'additionne à une avarie moteur, un homme à la mer, un changement météo brutal. Ces 5 %, c'est pour eux qu'on prépare. Pour le reste, on respire et on applique la procédure.

La configuration complète du bord, avec les références de matériel et les points de contrôle, est enregistrée sur BoatMap comme fiche-bateau pour ne pas avoir à la reconstruire à chaque saison.

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