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Dauphins, tortues, cétacés : règles de distance et bonnes pratiques

Distances légales, interdiction de nage, échouage tortues, signalement invasives : les règles à connaître avant de croiser la faune en mer.

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Fiche réglementaire et pratique pour plaisancier qui croise cétacés, tortues ou phoques en mer. Chiffres vérifiés en avril 2026 sur l'arrêté ministériel du 3 septembre 2020, le code de bonne conduite du Sanctuaire Pelagos, les consignes du Réseau Tortues Marines de Méditerranée française (RTMMF), l'Office français de la biodiversité (OFB) et l'application OBSenMER.

Vous barrez au large de Porquerolles, un groupe de dauphins coupe votre étrave, vous mettez les gaz pour les suivre. Erreur, et amende potentielle. Depuis le 1er janvier 2021, approcher volontairement un mammifère marin à moins de 100 mètres dans une aire marine protégée est interdit, et l'ensemble du littoral méditerranéen français est concerné. Ce qui suit est un aide-mémoire terrain : ce que dit la loi, ce qui se pratique vraiment, et les bons réflexes si vous tombez sur une tortue échouée ou une espèce que vous ne reconnaissez pas.

La règle de base : 100 mètres, et c'est pas une suggestion

L'arrêté du 3 septembre 2020 (modifiant celui du 1er juillet 2011) est le texte qui fait référence. Il classe en perturbation intentionnelle le fait d'approcher un cétacé à moins de 100 mètres dans les parcs nationaux, parcs naturels marins et sanctuaires pour mammifères marins (Pelagos en Méditerranée, Agoa aux Antilles). L'arrêté préfectoral 123/2021 de la Préfecture maritime de la Méditerranée a étendu le principe à toute la façade méditerranéenne française depuis le 6 juillet 2021.

Concrètement, 100 mètres c'est à peu près la longueur d'un terrain de foot. Avec un voilier de 10 mètres, une fois que vous voyez le dos luisant, vous êtes déjà trop près si vous avancez encore. La règle qui marche : dès le premier repérage, vous coupez les gaz, vous laissez mourir votre vitesse, vous restez en route parallèle. Si l'animal s'approche de lui-même, vous ne fuyez pas brutalement (ça aussi c'est du dérangement), vous tenez votre cap, constant et lent.

Le code de bonne conduite du Sanctuaire Pelagos, que les navires labellisés High Quality Whale Watching (HQWW) appliquent, va plus loin que la loi :

  • Allure lente et constante dès 300 m de l'animal
  • Pas d'approche sous 100 m, jamais, sous aucun prétexte
  • Durée d'observation maximale : 30 minutes (15 minutes si d'autres bateaux attendent)
  • Pas plus de trois bateaux simultanément sur un même groupe
  • Jamais d'approche frontale ni par l'arrière, toujours de 3/4
  • Moteur au ralenti, pas d'à-coups, pas de marche arrière brutale

Ce code n'a pas force de loi pour un plaisancier individuel, mais il est reconnu par l'OFB comme la référence. Si un garde-jury vous voit couper la route d'un groupe de dauphins à 12 nœuds, c'est ce texte qui cadrera l'appréciation.

Une note sur la perturbation involontaire : si des dauphins viennent faire du surf sur votre étrave pendant que vous naviguez à 6 nœuds en cap constant vers votre destination, vous n'êtes pas en infraction. Ce qui est sanctionné, c'est la poursuite, le changement de cap pour les suivre, l'accélération pour les rattraper. La différence tient dans votre intention et votre route, pas dans la présence de l'animal.

Distances par espèce, en un coup d'oeil

EspèceDistance miniVitesse conseilléeTexte de référence
Cétacés en aire marine protégée100 m5 nœuds sous 300 mArrêté du 03/09/2020
Cétacés hors AMP (recommandation)100 mAllure modéréeCode HQWW Pelagos
Tortues marines en surface50 mPas d'approche moteurGuide RTMMF
Phoques au repos (reposoirs)300 mÉviter drift vers euxParc marin EPMO
Grands cétacés pour navires > 24 mSystème REPCET obligatoire-Article 106 loi 2016

Le tableau vaut pour la Méditerranée et les façades Manche-Atlantique françaises. Outre-mer (sanctuaire Agoa aux Antilles), les règles sont proches mais les acteurs diffèrent. L'article du blog sur la biodiversité en Méditerranée pour plaisanciers détaille le volet Pelagos. Pour la façade ouest, l'atlantique et ses espèces emblématiques complète le tableau.

Nage avec les dauphins : c'est non, depuis 2021

Sauter à l'eau quand un groupe de grands dauphins passe à côté du bateau, c'est tentant. C'est aussi interdit, et les amendes ne sont pas symboliques. En décembre 2022, trois prestataires de la Côte d'Azur ont été condamnés à un total de 26 700 euros d'amende et 4 500 euros de dommages et intérêts pour avoir organisé de la nage commerciale avec les dauphins sauvages. La DGCCRF et les affaires maritimes ont également saisi plusieurs bateaux.

Pour un plaisancier individuel, c'est la même logique : mettre volontairement son corps à moins de 100 mètres d'un cétacé est classé perturbation intentionnelle. Que vous soyez à bord ou à l'eau ne change rien à la qualification. L'amende pour destruction ou dérangement d'espèce protégée grimpe jusqu'à 150 000 euros et un an d'emprisonnement dans les cas aggravés (article L. 415-3 du code de l'environnement), même si en pratique les sanctions pour des plaisanciers se situent plutôt autour de 750 à 1 500 euros.

Le raisonnement écologique derrière l'interdiction : un dauphin sauvage habitué à la présence humaine perd sa méfiance, s'approche des bateaux, se fait blesser par des hélices, ou se fait nourrir (autre comportement interdit) par des touristes. Le syndrome est documenté en Mer Rouge et en Polynésie. La Méditerranée, elle, n'a pas encore tout perdu : on peut garder une population de grands dauphins qui reste vraiment sauvage si on n'y touche pas.

Ma règle perso : si le groupe s'intéresse au bateau, je coupe le moteur, je laisse 5 minutes, je regarde. Puis je reprends mon cap sans accélérer brutalement. Aucun besoin de faire mieux.

Tortue marine à la surface ou échouée : le bon numéro à composer

Les tortues caouannes (Caretta caretta) remontent régulièrement respirer. À la voir flotter immobile, on pense blessée ou morte. Neuf fois sur dix, elle dort ou elle digère. On s'écarte, on prend une photo de loin, on note la position GPS, on passe son chemin. Inutile de l'approcher au moteur, encore moins de la toucher.

Si la tortue est clairement en détresse (coincée dans un filet, blessée, avec un hameçon, flottant de façon anormale sans plonger), le réflexe change. Vous appelez le réseau échouage compétent selon votre zone.

  • Méditerranée continentale et Corse : Réseau Tortues Marines de Méditerranée française (RTMMF), basé au CESTMed du Grau-du-Roi et au Centre de Réhabilitation de la Faune Sauvage d'Antibes. Pour une tortue en détresse, appel au 06 64 79 54 23 ou au CROSS Med au 196.
  • Atlantique et Manche : Réseau Tortues Marines d'Atlantique Est (RTMAE), coordonné par le CESTM de l'Aquarium de La Rochelle. Contact via le CROSS Gris-Nez, Corsen ou Étel selon la zone, ou par le 196.
  • Appel général d'urgence maritime : 196 (CROSS), disponible 7j/7 24h/24, gratuit depuis un mobile, en VHF 16 depuis le bateau.

Le CEDRE (Centre de documentation, de recherche et d'expérimentations sur les pollutions accidentelles) n'est pas le point de contact pour une tortue. Le CEDRE traite les pollutions. Pour la faune, c'est CROSS puis réseau échouage. Erreur fréquente à ne pas faire.

Le protocole côté bateau, pendant que vous attendez l'avis du réseau :

  • Noter la position GPS à l'instant exact
  • Noter la taille approximative (dossière en centimètres si vous pouvez estimer)
  • Photographier de loin, sans flash
  • Observer si l'animal plonge, souffle, si vous voyez une blessure visible
  • Ne pas tirer, ne pas embarquer, ne pas donner à boire ou à manger

Si l'animal est emmailloté dans un filet dérivant et que vous êtes capable de couper le filet sans risque pour votre équipage, vous pouvez le faire, mais prévenez le CROSS avant pour avoir un retour dessus. Manipuler une tortue de 60 kilos depuis une annexe, c'est casse-gueule et ça fait plus de mal qu'autre chose dans 80 % des cas.

Phoques en Manche-Atlantique : 300 mètres, pas 100

Souvent oublié des articles sur la faune marine, les phoques français. La Baie de Somme abrite environ 400 veaux-marins (Phoca vitulina) et 200 phoques gris (Halichoerus grypus), la plus grande colonie de France. En Bretagne, l'archipel des Sept-Îles au large de Perros-Guirec héberge une colonie permanente de phoques gris, et on en croise aussi en Manche orientale et sur la façade atlantique.

La règle d'approche n'est pas la même que pour les cétacés. Pour un phoque au repos sur un reposoir (banc de sable, rocher découvert à marée basse), le Parc naturel marin des estuaires picards et de la mer d'Opale demande 300 mètres minimum. Triple de la distance cétacés, parce qu'un phoque dérangé à terre gaspille de l'énergie qui lui sert à allaiter son petit ou à survivre à l'hiver.

Un phoque qui panique et se jette à l'eau, c'est un mauvais signe : on est trop près. Le dérangement intentionnel est puni de 750 euros d'amende selon le code de l'environnement. L'amende n'est pas théorique : les gardes du Parc marin EPMO verbalisent chaque saison des plaisanciers qui ont fait drifter leur bateau trop près d'un reposoir de la Pointe du Hourdel.

Pour l'approche en kayak ou à la godille (courant en Baie de Somme), même règle : pas en ligne droite vers l'animal, pas de coupure de sa route vers la mer. Et si vous voyez un petit isolé sur une plage, vous ne le ramenez pas à l'eau. Les mères reviennent souvent. Vous signalez via le 05 46 44 99 10 (CRMM La Rochelle) ou le CROSS compétent.

Signaler ce que vous voyez, c'est utile

La plaisance est un réseau de capteurs gigantesque. Un groupe de rorquals au large de Calvi, un crabe bleu dans un filet de pêche sur l'étang de Thau, une tortue morte sur une plage de la Gironde, ce sont toutes des données qui alimentent la science. Deux canaux méritent d'être installés sur votre téléphone.

OBSenMER (développé par le GECC, utilisé par l'OFB, le WWF, Miraceti) : application gratuite iOS/Android qui collecte observations de mammifères marins, tortues, raies, oiseaux marins, macro-déchets. Couvre Méditerranée, Manche, Atlantique, outre-mer. Interface simple : vous entrez l'espèce, le nombre, la position GPS (auto-captée), une photo si possible. Vos données vont alimenter les études d'abondance et les bilans de la Directive-cadre stratégie pour le milieu marin.

Signalement d'espèce exotique envahissante : pour les suspects du type crabe bleu (Callinectes sapidus), caulerpe, rascasse volante, vous pouvez signaler au centre de ressources EEE (espèces exotiques envahissantes) copiloté par l'OFB et le Comité français de l'UICN, via le site eee.mnhn.fr, ou directement au parc naturel marin compétent. Le crabe bleu est présent en Méditerranée française depuis 2017, l'OFB pilote un programme de connaissance pour réguler l'invasion.

Contribuer n'est pas facultatif quand on prétend aimer la mer. 30 secondes par observation, c'est l'impôt minimum.

Ce que font les gros navires : REPCET et bulletins cétacés

Pour les grands navires (plus de 24 mètres, battant pavillon français, qui transitent au moins 10 fois par an dans le sanctuaire Pelagos), l'article 106 de la loi du 8 août 2016 pour la reconquête de la biodiversité impose l'équipement en système de partage des positions de cétacés. En pratique, c'est REPCET, développé par l'association Miraceti en partenariat avec Corsica Ferries, la SNCM ou la Méridionale.

Le principe est simple et malin : un équipage repère un rorqual, il entre la position dans REPCET, tous les navires abonnés reçoivent l'alerte en temps réel avec une zone de risque calculée selon la vitesse de nage de l'espèce. Résultat : les ferries ralentissent ou dévient, les grands cétacés se prennent moins de coups d'étrave. Les collisions sont la première cause de mortalité non naturelle chez les rorquals communs et les cachalots en Méditerranée ; en été à Pelagos, le risque est 3,25 fois supérieur à la moyenne méditerranéenne selon l'étude WWF 2017.

Un plaisancier n'est pas concerné par l'obligation réglementaire (la loi vise les commerciaux), mais rien ne vous empêche de signaler vos observations via OBSenMER, qui remonte une partie des données au sanctuaire Pelagos.

Ce que je fais en vrai quand je vois un aileron

Pour finir sur du concret, ma routine quand un dos noir apparaît à 200 mètres du bateau (Ligurie, golfe de Saint-Florent, large de Porquerolles, partout où ça arrive) :

  1. Lever le pied immédiat. Je passe de 6 nœuds à 2 ou 3 nœuds, régime pilotage, pas de neutre brutal qui fait bruit d'hélice bizarre.
  2. Cap constant. Je ne tourne pas pour les suivre. Si les animaux veulent voir le bateau, ils viennent. Si non, ils passent.
  3. Tout le monde à l'avant en silence. Pas de cri, pas de flash, pas de drone (le drone sur cétacés est interdit sauf autorisation scientifique, rappel utile).
  4. OBSenMER, position, espèce, nombre. 30 secondes pour enregistrer.
  5. Si le groupe reste plus de 10 minutes à côté, je reprends ma route, même vitesse, même cap. Je ne m'installe pas pour faire un show.

Zéro stress, zéro mauvaise conscience, zéro amende. Et surtout, on laisse l'animal décider. C'est la seule règle qui vaille à long terme.

Sources

  • Arrêté du 3 septembre 2020 modifiant l'arrêté du 1er juillet 2011 sur la protection des mammifères marins (Légifrance, JORFTEXT000042387221)
  • Arrêté préfectoral 123/2021 de la Préfecture maritime de la Méditerranée
  • Code de bonne conduite du Sanctuaire Pelagos et label HQWW (pelagos-sanctuary.org)
  • Réseau Tortues Marines de Méditerranée française (lashf.org/rtmmf), CESTMed Grau-du-Roi (cestmed.org)
  • Parc naturel marin des estuaires picards et de la mer d'Opale (parc-marin-epmo.fr) pour les phoques
  • OBSenMER (obsenmer.org), Office français de la biodiversité (ofb.gouv.fr)
  • Centre de ressources Espèces exotiques envahissantes (eee.mnhn.fr)
  • REPCET et système anti-collision (repcet.com, wwf.fr)

Vérifié le 19 avril 2026.

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