500 voiliers, 123 kilomètres aller-retour, un samedi de juin, et une ville entière qui regarde la flotte partir depuis le quai. Le Bol d'Or Mirabaud n'est pas la régate la plus connue du grand public français, mais c'est probablement la plus impressionnante par sa densité : la plus grande course de voile en bassin fermé d'Europe, et l'un des plus anciens rendez-vous nautiques de Suisse romande encore en activité. Pour un plaisancier français de Léman ou de Méditerranée, c'est une expérience à part. Pour qui découvre la régate sur lac, c'est une révélation.
Le format
Le Bol d'Or Mirabaud est organisé chaque année à la mi-juin par la Société Nautique de Genève (SNG), avec Mirabaud comme sponsor titre depuis 1995. La course consiste en un aller-retour Genève vers Le Bouveret à l'extrémité est du lac, soit 123 kilomètres au total (66 km à l'aller, 57 au retour selon trajectoire). Pas d'escale, pas de relais, départ samedi matin 10h depuis la rade de Genève, arrivée jusqu'à 24 heures plus tard pour les premiers, dimanche après-midi pour les retardataires.
Quelques chiffres pour situer :
- Plateau habituel : 480 à 550 bateaux engagés selon les éditions
- Trois flottes parallèles : multicoques, monocoques jaugés, monocoques croisière
- Une douzaine de classes au sein de chaque flotte (M2, Surprise, Grand Surprise, Ventilo, Esse 850, Toucan, Luthi, Dériveur lesté, etc.)
- Record absolu en multicoque : 5 heures 1 minute 51 secondes, établi en 2018 par le Décision 35 Realstone
- Record en monocoque : 8 heures 5 minutes, par le Psaros Mobiliar en 2009
- Temps de course typique pour un bateau moyen : 12 à 18 heures
- Limite de course : 24 heures (rentrer dans la rade de Genève avant 10h le dimanche)
Le départ se donne en plusieurs vagues sur 30 minutes. La rade de Genève voit alors la flotte entière s'élancer dans une ambiance unique : les quais bondés, les ferries de la CGN qui s'arrêtent pour laisser passer la course, les hélicoptères de presse au-dessus de la jauge multicoque.
Histoire en bref
La première édition du Bol d'Or se court en 1939, quelques semaines avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. La SNG (fondée 1872) cherche alors un format de course qui valorise les performances en ligne droite plutôt que sur ronds courts. L'idée est simple : un aller-retour intégral du lac, départ samedi matin, retour avant le coucher du soleil le dimanche.
L'épreuve s'interrompt pendant la guerre, reprend en 1947, grandit jusqu'aux années 1980. Dans les années 1990, le Bol prend sa dimension actuelle avec l'arrivée de Mirabaud en 1995 et l'explosion des inscriptions au-delà de 500 bateaux. La montée en puissance des multicoques (Décision 35, M2, Ventilo) a coïncidé avec une médiatisation accrue : course retransmise en direct sur RTS Sport.
Le palmarès est dominé en multicoque par les Décision 35, classe conçue pour le Léman avec foils et plans en T. Côté monocoque, les Psaros et Toucan trustent les premières places, avec quelques victoires récentes des Modulo 105 et Luthi. Yvan Bourgnon, Ernesto Bertarelli, Bernard Stamm ont couru le Bol à différentes époques.
Singularité de l'épreuve : le Bol d'Or accueille tous les voiliers homologués lac, du dériveur lesté de 6 mètres au catamaran de course de 14 mètres. Vous croisez à 11h un D35 à 28 nœuds et un Surprise à 6 nœuds dans la même eau. Cette diversité ne se retrouve dans aucune autre régate d'Europe.
Participer
Conditions
Pour s'aligner, il faut :
- Bateau homologué Classe Léman (D), avec assurance RC nautique en règle
- Licence Swiss Sailing pour l'équipage (ou licence FFVoile avec extension internationale acceptée)
- Conformité aux règles de sécurité ACVL / ARL pour la classe (gilets, feux, VHF marine selon classe)
- Certificat de jauge à jour pour les classes monotypes ou IRC
Inscription et coûts
Les inscriptions ouvrent fin mars sur le site officiel boldormirabaud.ch et ferment vers le 31 mai, ou plus tôt si la jauge maximale (550 bateaux) est atteinte. Tarifs 2025 :
- Monocoque < 8 m : 95 CHF
- Monocoque 8 à 12 m : 165 CHF
- Monocoque > 12 m : 225 CHF
- Multicoque : 250 à 380 CHF selon longueur
Conversion approximative : 100 CHF correspondent à environ 105 euros à mi-2025.
L'équipage type tourne entre 4 personnes (Surprise) et 8 personnes (Toucan grand format). Les multicoques de course alignent souvent 6 à 9 équipiers selon classe.
Embarquer sans bateau
Si vous habitez Genève, Lausanne ou la rive française du Léman et cherchez à embarquer, le forum officiel publie chaque année des annonces "recherche d'équipiers". Plus de 100 places se trouvent comme ça. Présentez-vous proprement, mentionnez votre expérience régate (même modeste), précisez votre disponibilité dès le vendredi soir pour la pesée et le briefing.
Suivre depuis Genève ou à distance
Le Bol d'Or est probablement la régate la plus accessible au public en France et en Suisse romande.
Depuis le quai de Genève : la rade est ouverte au public, le départ se voit depuis le Jet d'Eau, le quai du Mont-Blanc ou la jetée du Pâquis. Le retour des leaders se vit aussi bien dimanche matin tôt si vous voulez voir un D35 franchir la ligne autour de 7h.
Depuis la côte française : Thonon, Évian, Yvoire offrent des points de vue sur le passage de la flotte. La pointe d'Yvoire voit défiler les leaders multicoques vers 13h-14h sur l'aller.
Tracking en ligne : la SNG met à disposition un suivi cartographique gratuit, avec positions rafraîchies toutes les 5 minutes pour les leaders et toutes les 30 minutes pour le reste de la flotte. RTS diffuse en direct le départ et l'arrivée des premiers.
Pratique
Météo : le Léman a sa propre logique. La brise thermique ne s'installe parfois qu'en milieu de matinée. La risée nocturne (Vaudaire sur la rive sud, Joran sur la rive nord) peut basculer la course après 23h. Pire scénario : le calme plat au retour qui force certains bateaux à abandonner avant la limite des 24 heures.
Voiles légères : en juin sur le Léman, vous courez plus souvent sous 8 nœuds que sous 18. Garde-robe petit temps (gennakers, code zéro) plus rentable qu'un set lourd.
Sécurité : VHF obligatoire, canal de course publié dans l'avis de course. La SNG répartit une trentaine de bateaux d'assistance sur le lac pendant les 24 heures.
J'ai couru un Bol d'Or sur Surprise en 2019. Départ à 10h, retour à 4h17 du matin le dimanche, classement vers le milieu de flotte de la classe. Ce qui reste, ce n'est pas le résultat. C'est la traversée nocturne au près sous spi planté à minuit, avec la lune sur l'eau et 400 bateaux en avant et en arrière, les feux de tête de mât qui dansent sur 20 km. Le Léman n'est pas une mer, mais cette nuit-là il en avait l'ampleur. Pour qui régate sur l'Atlantique ou la Méditerranée, c'est une expérience qui change la vue sur la voile en bassin fermé.
Pour comprendre l'autre grande course du lac, le tour du Léman à la voile couvre la classique du CNM Morges. Et pour situer le Bol d'Or dans le calendrier des grandes régates européennes, le tour des régates populaires en France donne le programme complet de mars à octobre.
Inscriptions ouvertes fin mars sur boldormirabaud.ch.
